Mardi 6 octobre 2009 2 06 /10 /2009 15:53

I. Marie figurée par la fontaine qui s'élevait de la terre dans le Paradis terrestre et en arrosait la surface.

II. Marie figurée par l'arbre de vie planté au milieu du Paradis.

III. Marie figurée par le Paradis lui-même, arrosé par un fleuve de délices.

IV. Marie figurée par l'arche de Noé, qui sauva la race humaine au temps du déluge.

V. Marie figurée par l'arc-en-ciel que Dieu donna à Noé.

VI. Marie figurée par l'échelle que Jacob vit en songe.

VII. Marie figurée par le buisson qui brûlait sans se consumer.

VIII. Marie figurée par le vase où la manne fut conservée.

IX. Marie figurée par le bâton d'Aaron, qui a porté du fruit contre l'ordre de la nature.

X. Marie figurée par l'étoile et le bâton dont parle Balaam.

XI. Marie figurée par la toison de Gédéon.

XII. Marie figurée par le temple bâti par Salomon et rempli de la gloire de Dieu.

XIII. Marie figurée par Abigaïl, qui rétablit la paix entre Nabal et David.

XIV. Marie figurée par Judith, qui donne la mort à Holopherne et délivre son peuple.

XV. Marie figuré par Esther , qui fit mourir Aman et délivra Mardochée et son peuple.

XVI. Marie figurée par la colombe qui apporta dans l'arche une branche d'olivier à Noé et à ses enfants.

XVII. Marie figurée par l'arbre auquel fut attaché le serpent d'airain dans le désert.

XVIII. Marie figurée par la porte fermée par laquelle nul homme n'a passé.

XIX. Marie figurée par la femme que vit saint Jean dans l'Apocalypse.

CONCLUSION.

 

 

Salut! Lys céleste, Rose épanouie, mère de l'humilité, Reine des anges, Sanctuaire de la divinité. En cette vallée de larmes, donnez-nous le courage, venez à notre secours, vous que le ciel nous offrit pour avocate au milieu de nos crimes.

Tendre Vierge, vous êtes incomparable, car vous avez mérité d'entendre la voix de l'Ange, et de concevoir le Fils de Dieu sous le souffle sacré de l'Esprit-Saint. Vierge avant d'avoir conçu, vous l'êtes encore après. Refuge vraiment unique, hélas ! dans cette vie si inconstante, daignez consoler ceux qui vous servent.

La terre est dans l'étonnement en vous voyant Vierge et Mère à la fois. Notre fragilité ne peut comprendre des merveilles d'une puissance aussi magnifique. Il faut que notre foi s'élève jusqu'aux célestes hauteurs ; et là elle confesse dans la vérité que vous êtes la Mère du Christ , qu'en vous la divinité s'est revêtue de notre chair.

O Mère ! vous avez engendré un fils par excellence ; née dans le temps, vous avez mis au jour celui qui fut votre Père; simple étoile, vous avez produit le soleil; faible créature vous avez donné la vie à celui qui est incréé ; petit ruisseau, vous avez fait jaillir la fontaine qui vous alimente; vase fragile, vous avez formé le potier qui vous créa, et vous êtes demeurée toujours vierge, toujours immaculée; et par vous, Mère du Christ, la vie que nous avions perdue, nous l'avons recouvrée.

Oh! qu'elles sont glorieuses ces entrailles qui devinrent le temple sacré du Seigneur! Qu'elles sont saintes ces mamelles qu'il daigna sucer ! Qu'il est suave ce lait dont il voulut être nourri ! Mère vraiment digne d'un salut de grâce, vous qui régnez au plus haut des cieux , délivrez-nous de la malédiction de la mort éternelle; délivrez-nous de tout malheur.

Rose pure, rose d'innocence, rose nouvelle et sans épine, rose épanouie et féconde, rose devenue pour nous un bienfait de Dieu, vous avez été établie Reine des cieux ; il n'est personne qui puisse jamais vous être comparé; vous êtes le salut du coupable, vous êtes le soutien de toutes nos entreprises.

La loi vous a montrée en ses figures; les pages saintes du Testament ancien vous ont annoncée par de nombreuses énigmes, et l'alliance nouvelle vous a rendue grande entre toutes les femmes; elle vous a élevée au-dessus de toute créature.

Avant l'origine du monde le Seigneur vous a choisie, alors que dans sa sagesse il jetait les fondements du ciel. Dès ce jour il arrêta, dans le secret de ses pensées , de combler par vous, Vierge et Mère, l'abîme ouvert par le péché de notre premier père.

Réjouissez-vous, ô Vierge ! ô Mère ! réjouissez-vous. C'est par vous que le monde voit ses ruines se réparer. Mêlez les accents de votre joie u ceux dont le ciel retentit. C'est à vous que la gloire est donnée de payer à Dieu sans réserve le prix de notre rançon; à vous qu'il a été accordé de délivrer l'homme des malheurs de la ruse infernale dont il fut la victime ; et cette gloire est au-dessus de tout éloge.

 
I. Marie figurée par la fontaine qui s'élevait de la terre dans le Paradis terrestre et en arrosait la surface.

Vous répandez sur le monde une rosée toute nouvelle. Le prodige inouï de votre fécondité montre à nos yeux des choses ineffables, sous un aspect inconnu jusqu'alors. Tout en vous brille d'une splendeur admirable. Par un effet de la céleste bonté, vous vous élevez avec honneur comme une fontaine jaillissante; vous arrosez la terre des feux de votre charité, et vous allez croissant en l'amour de votre Dieu.

 
II. Marie figurée par l'arbre de vie planté au milieu du Paradis.

Vous êtes l'arbre de vie, le bois spirituel planté au milieu du Paradis, cet arbre dont le fruit répand l'allégresse en tous les cœurs. Non , jamais il n'y eut sur la terre un arbre semblable et si précieux; jamais aussi nous ne le verrons disparaître du milieu de nous.

III. Marie figurée par le Paradis lui-même, arrosé par un fleuve de délices.

Vierge sans tache, un fleuve de délices a répandu ses eaux en vous lorsque le Fils de Dieu fixa sa demeure en votre sein. C'est alors que notre terre produisit son fruit avec abondance , et que Dieu réforma notre nature en la comblant de ses dons.

Le Seigneur a placé son Fils, devenu homme, dans le jardin de délices; il en a établi gardien votre corps vénérable et sacré. Lorsqu'il vint vous visiter par l'entremise de Gabriel, il nous montra Jésus comme notre Rédempteur glorieux.

IV. Marie figurée par l'arche de Noé, qui sauva la race humaine au temps du déluge.

Noé se fit une arche de bois soigneusement assemblés, et il y entra pour se sauver, ainsi que sa femme et ses enfants. Le Seigneur, ô Marie! vous a formée pour être sa Mère, du sang de parents vénérables, et entrant en vous, il vous préserva des atteintes du péché.

V. Marie figurée par l'arc-en-ciel que Dieu donna à Noé.

Aux jours anciens, Dieu promit à nos pères qu'en signe d'alliance il ferait briller par sa vertu divine son arc au milieu des nuages. Telle est la promesse céleste adressée à l'univers; une paix assurée est donnée à tous les hommes.

La crainte et la douleur s'enfuient quand l'are d'alliance brille à nos yeux. L'espérance et la joie naissent au cœur du pécheur infortuné lorsque, repentant de son crime , il élève ses regards vers ce signe auguste; il sent la consolation se répandre en son âme en voyant le gage promis des cieux.

L'azur qui resplendit au sein de l'arc, c'est l'image de la virginité; la pourpre dont il se teint nous re-présente la charité, et l'eau qui le pénètre nous rappelle, ô Marie, votre pureté sans tache, et cette humilité que le Seigneur aima par-dessus tout en vous.

Vous êtes l'arc qui brille dans les cieux , l'arc qui nous illumine, l'arc qui éclaire ceux dont le cœur est dépravé. A tous vous offrez un modèle qui ravit.

Vous êtes la ruine de toute erreur; et l'hérétique trouve en vous sa perte assurée, quand vous nous donnez le ciel et la terre réunis en Jésus.

Arc insurmontable, arc puissant et fort, are plein de douceur et d'amour, arc ouvert aux faveurs du Ciel, ô Vierge vénérable, quand nous aurons subi les coups inévitables de la mort , faites donc que noua puissions entrer en possession de votre gloire.

VI. Marie figurée par l'échelle que Jacob vit en songe.

Jacob s'endormit, et, durant son sommeil , il vit une échelle qui s'élevait jusqu'aux cieux. Sur son extrémité le Seigneur se tenait appuyé, et les anges descendaient vers la terre. Alors il reçut du Très-Haut la promesse que la Terre-Sainte deviendrait son partage; alors il fut béni.

O Marie! cette échelle, c'est vous; ou plutôt, vous êtes plus élevée encore : l'Ange s'incline devant vous, et vous devenez la Mère du Dieu qui se fait homme. Vous êtes placée par les anges au-dessus de toutes les vertus célestes : « c'est vous qui délivrez le genre humain; votre bonheur l'emporte donc sur toute félicité.

VII. Marie figurée par le buisson qui brûlait sans se consumer.

O Mère! votre virginité nous est montrée par le buisson de la montagne d'Horeb, dont la verdeur fut au-dessus des atteintes du feu. Ainsi votre intégrité virginale demeure inaltérable , alors que le Seigneur vient s'unir en votre sein à notre humanité.

VIII. Marie figurée par le vase où la manne fut conservée.

Quand la manne fut donnée à Israël , un vase en reçut une portion pour être conservée, et ce vase n'en fut point altéré. En vous, ô Marie, Jésus-Christ est conçu par l'action de l'Esprit-Saint, et la gloire de votre virginité n'a rien perdu de son éclat. Vous nous avez conservé d'une manière ineffable la manne miraculeuse , la manne qui met un terme aux ombres, la manne vraiment et miséricordieusement figurée par celle qu'il répandait chaque jour pour être le soutien d'Israël.

La grâce nouvelle dont vous êtes comblée a mis un terme à la première manne. Les figures anciennes ont disparu; une lumière inconnue jusqu'alors s'est répandue sur ceux qui se soumettent à ses lois. Les ténèbres ont cessé ; cette clarté ineffable a pénétré , purifié et dissipé l'obscurité des premiers temps.

L'Auteur suprême de toutes choses a fait de vous un vase glorieux , un vase d'excellence et vraiment admirable, un vase digne de notre amour et de nos louanges, un vase que tous vos serviteurs contemplent avec respect, afin que vous fussiez digne de servir aux hommes une nourriture délectable, la pain qui sustente les habitants des cieux.

Oui! vous servez aux hommes le véritable pain des anges, ce pain qui est né de vos entrailles pour être le salut des pécheurs. C'est là le pain du voyageur, qui ne doit point être la pâture des chiens; il est le salut du malheureux et il l'emporte sur tout autre aliment.

Il est le pain délicieux, le pain qui ravit nos cœurs, le pain qui engraisse nos âmes et mérite tout notre amour; le pain par excellence et digne de nos hommages ; l'aliment qu'il faut préférer à tout et dont la douceur est incomparable.

Il répare nos forces, il réjouit et renouvelle notre cœur. Il est pour notre âme un attrait; il la dirige et se l'unit. Il augmente en nous tout bien, il éloigne tout mal. Il est vainqueur, il règne, il commande, il fait croître, il nourrit et conduit à un état parfait.

Il est le pain vivant, le principe de nos forces, la voie, la vérité, la vie; il est le pain de l'immortalité et sa bonté est infinie. C'est lui qui environne de sa splendeur la nouvelle Epouse qu'il s'est choisie, tandis que la Synagogue disparaît et que les ombres de la loi s'évanouissent.

La manne a cessé, et le pain venu du ciel nous est offert; un pain véritable et vivifiant nous vient des célestes hauteurs. Mais ce pain mystique n'est accordé qu'aux seuls chrétiens; le vrai pain des anges devient pour eux la nourriture de chaque jour.

IX. Marie figurée par le bâton d'Aaron, qui a porté du fruit contre l'ordre de la nature.

Moïse voulant faire connaître celui que Dieu avait élevé au ministère de ses autels, plaça dans le tabernacle le bâton d'Aaron. Elle poussa des tiges , se couvrit de fleurs et porta des fruits par un miracle éclatant du ciel. Ainsi le sacerdoce d'Aaron fut établi dans Israël.

C'est là, en effet , une chose admirable , un prodige vraiment nouveau : une branche desséchée se conforme de fleurs; un bois impuissant et stérile se charge de fruits. Non , jamais jusqu'à ce jour, rien de semblable n'avait frappé les regards de l'homme.

Mais ce bâton brillant de fleurs, ce bâton chargé de fruits en dehors des lois de la terre, et par une pure faveur de Dieu, il nous annonçait qu'un jour, par un prodige nouveau, vous deviez concevoir, ô Vierge, et donner à la terre un fruit vraiment inconnu jusqu'alors; et que, devenue mère , votre virginité persévérerait immaculée.

O Vierge-Mère ! vous avez vraiment produit la fleur qui orne nos campagnes, lorsque vous mîtes au monde le Verbe de Dieu le Père. Vous avez donné à la terre celui qui doit la racheter, et votre pureté s'est toujours conservée glorieuse et sans tache alors que vous répandiez sur la terre cette rosée de charité qui rafraîchit le monde desséché.

X. Marie figurée par l'étoile et le bâton dont parle Balaam.

La voix prophétique nous annonce qu'une étoile nouvelle doit sortir un jour de Jacob; elle nous montre un bâton qui doit naître d'Israël et frapper Moab.

Vous êtes, ô Marie! ce bâton d'où la nature, pleine d'étonnement, verra naître le Christ.

Cette étoile brillante dont le rayon ne saurait altérer la pureté; cette étoile dont la lumière se répand sans nuage plus éclatante que le cristal le plus éblouissant, c'est vous, Vierge toujours immaculée , que votre Fils laissa pure et sans tache lorsqu'il naquit de votre sein virginal.

Vous êtes le bâton fleuri, le bâton prophétique qui croit au milieu d'Israël; vous êtes la Vierge glorieuse promise par le ciel; c'est mystérieusement qu'on vous donne le nom de bâton. Vous vous élancez puissante et forte de la tige de Jessé; vierge et mère à la fois, vous donnez à la terre une fleur merveilleuse.

Vous êtes le bâton, vous êtes l'étoile, vous êtes le fleuve de la grâce. Vous êtes la demeure sans tache de la divinité. Vous êtes la Mère de celui que nous appelons la fleur, le rayon qui répand des célestes hauteurs le miel de la charité, et qui préserve le monde des tempêtes de la douleur.

Salut! Tige plus fertile que tous les arbres de la terre. Salut! Etoile plus brillante que les astres du firmament; Vierge qui l'emportez par vos actions, vos vertus, vos paroles, sur toutes les créatures ; gardienne et protectrice plus sûre que tous les hommes réunis.

XI. Marie figurée par la toison de Gédéon.

Vous êtes la toison que le ciel, dans sa bonté, offrit â Gédéon, toute humide et remplie d'une rosée divine; la toison qu'il pressa sous ses doigts. Les eaux dont vous fûtes arrosée sont demeurées toujours inaltérables, et vous êtes devenue la consolation de ceux que le malheur éprouve, alors que la terre entière se trouvait desséchée.

La rosée véritable , descendue du fleuve céleste, a pénétré le manteau de votre pureté, alors que, par la faveur du Dieu suprême, vous fûtes remplie du soleil de justice; que vous devîntes la Mère de Dieu et de l'homme, et que la fleur de votre virginité réunit sans les altérer ses parfums à ceux de la maternité.

XII. Marie figurée par le temple bâti par Salomon et rempli de la gloire de Dieu.

La gloire du Roi suprême remplit le temple que la sagesse de Salomon éleva en l'honneur du Seigneur. Ainsi, Vierge Marie, la grâce céleste vous remplit lorsque la voix de Gabriel vous proclama la Mère que Dieu consacrait à son Fils.

Salomon, le roi pacifique, est ici la figure du Fils de Dieu, qui, comme un artiste céleste, s'est élevé un trône vraiment royal, lorsque l'Ange envoyé des cieux, aidant à notre salut, vint lui préparer une demeure sur la terre, et annoncer aux hommes des joies véritables.

Marie, mère de la grâce, mère et source de bonté, mère de miséricorde , fontaine et fournaise de la charité ; Marie, sanctuaire de la divinité, mère du soleil de justice, accordez-nous la lumière des splendeurs éternelles, la lumière de la céleste gloire.

XIII. Marie figurée par Abigaïl, qui rétablit la paix entre Nabal et David.

L'épouse de Nabal calme David par des présents, et par ses prières pleines de bénignité, elle rétablit une paix durable entre lui et son époux , alors que ce dernier, par ses discours et ses actes insensés, avait mérité de finir honteusement sa vie au milieu des tourments.

Nabal, se livrant avec les siens aux joies de splendides festins, soupirant après les biens et les honneurs de la terre, s'adonnant aux plaisirs de la table, nous offre l'exemple du pécheur qui se répand en injures contre les serviteurs de Dieu , et dont les crimes ont mérité la mort.

David, dont la beauté réjouit les cœurs; David, roi incomparable, puissant et belliqueux, plein de clémence, de tendresse et d'amour, c'est Jésus-Christ, roi immuable, roi toujours glorieux et toujours admirable en ses saints.

Et vous, Marie, vous êtes la sage Abigaïl qui portez vos présents à David et formez , par vos prières, alliance entre lui et Nabal , lorsque vous offrez avec amour à Jésus le lait de votre sein, qui doit le sustenter. C'est ainsi que par vos mérites vous rendez tolérables le crime du pécheur.

Vierge reine , issue du sang des rois, née de la race de David , vous êtes la Mère et la fille de Dieu ; vous donnez le jour à Jésus, et le Sauveur obéit à votre voix; vous êtes notre mère; vous êtes l'allégresse et la félicité de notre loi , le bouclier invulnérable du pécheur , son éclat, son honneur et sa gloire.

En vous seule repose l'espérance du genre humain ; par vous seule est détruit le péché du vieil Adam. Vous êtes pour les malheureux le port de la vie ; par vous on obtient le salut. Et celui qui vous suit avec amour, est étranger aux souillures du crime.

Heureux donc celui qui se soumet à vos lois; celui qui , disposant son cœur à la vertu , se conduit selon vos désirs ; car ceux qui vous servent s'élèvent sûrement vers les cieux, et mis en possession de la vie , ils règnent avec vous pour toujours.

XIV. Marie figurée par Judith, qui donne la mort à Holopherne et délivre son peuple.

Le prince barbare des Assyriens voulant soumettre le monde à son empire, rassemble une armée sanguinaire, et déjà il assiége dans Béthulie la grande nation des juifs, résolu dans sa pensée impie de livrer à une mort cruelle tous ses habitants.

Alors la pieuse Judith se prépare à sauver son peuple. Durant la nuit elle sort de sa demeure, appelle sa servante et s'avance sans retard ; elle se présente à Holopherne pour conjurer le péril de sa race, le frappe à mort , et délivre ses frères du glaive suspendu sur leurs têtes.

Béthulie, c'est la ville assiégée par la dissension , par la perfidie de l'enfer et les piéges de l'hérésie; c'est l'Eglise, notre mère. Unie à votre Fils, ô Marie! vous la préservez par la force de votre bras, vous la fortifiez par la puissance de votre grâce.

Vous êtes la vraie Judith éclatante de beauté, vous qui délivrez l'Eglise de la cruauté d'Holopherne, vous qui brisez par la grâce du ciel la perfidie de l'erreur, et répandez dans l'âme de vos enfants une espérance inébranlable.

Dans sa miséricorde, l'Esprit de sagesse et de douceur, l'Esprit de conseil et de science, l'Esprit de crainte et de force, le flambeau de la divinité vous a remplie de toute grâce, afin que vous soyez pour l'homme la source du pardon.

XV. Marie figuré par Esther , qui fit mourir Aman et délivra Mardochée et son peuple.

Esther est unie à Assuérus par les liens sacrés du mariage; elle entre dans le palais des rois, y reçoit la couronne et se voit établie au-dessus de tous. Vasthi est déposée; elle perd le trône et la puissance; la superbe Vasthi est rejeté bien loin, et Esther voit tout assujéti à son empire.

Esther est la figure du cœur humble et brisé par la douleur, du cœur doux et aimable, du cœur qui aime dans la vérité et s'élève par la contemplation ; Vasthi, au contraire , est l'image du cœur fragile qui s'exalte pour son malheur, du cœur superbe et indocile.

Où trouver, ô Marie, dans toute l'étendue de la terre, une âme qui vous soit comparable par son humilité ? Qui égalera jamais en douceur, en tendresse , celle qui fait cesser et détruit tout schisme et toute inimitié. Les Livres saints nous l'annoncent : vous êtes en grâce incomparable , et votre pureté l'emporte sur toute pureté.

C'est donc vous qu'Esther nous désigne, vous, la plus humble, la plus belle, la plus suave, la plus aimable, la plus douce de toutes les créatures, et ainsi la plus élevée que le ciel offre à nos hommages.

La perversité d'Aman, excitée par l'envie, s'agite contre le peuple juif ; sa perfidie cruelle et pleine de fourberie dicte la sentence de mort; mais la bénignité de Mardochée adresse à Esther un langage plein d'amour , afin que les décrets barbares approuvés par le roi soient révoqués sans retard.

A ce récit, Esther s'attendrit sur les enfants issus de sa race; elle va trouver le roi , dont les méchants ont surpris la bonne foi ; les crimes d'Aman sont dévoilés ; il en reçoit le prix, et ses complices sont livrés à la mort.

Vous êtes cette Esther, vous qui réprimez avec puissance la perfidie d'Aman; vous dissipez avec amour les malheurs qui pèsent sur ceux qui vous servent. Divinement fiancée par la grâce au Roi suprême, couronnée pour l'éternité, vous avez en vos mains une puissance vraiment royale.

Aman, c'est l'ennemi du genre humain, c'est le serpent impur et cruel, chassé avec justice des hauteurs célestes, condamné aux tourments des enfers; c'est l'accusateur inique que vous foulez et broyez sous vos pieds, alors que vous calmez la colère de Dieu.

Vous conservez comme la prunelle de vos yeux vos serviteurs. Vous êtes en ce monde la consolation des enfants du Roi suprême, et le refuge de votre troupeau. Epouse glorieuse du Maître souverain, vous brisez la tête du méchant. Vous êtes le vrai livre de de la loi et l'arche du tabernacle.

Vous êtes la fleur du printemps, la fleur embaumée du lis , la fleur des fleurs , la gloire de la virginité, la source inépuisable de la force , la gardienne des hommes. La douceur de vos parfums a attiré le Seigneur, l'Ange du grand conseil, et l'a porté à mettre un terme à nos malheurs.

XVI. Marie figurée par la colombe qui apporta dans l'arche une branche d'olivier à Noé et à ses enfants.

Lorsqu'après le déluge la colombe rapporte en son bec un rameau couvert de feuilles et de fleurs, elle ramena la joie dans l'âme de Noé et des siens , en faisant. briller à leurs eux attristés par les malheurs de la terre l'espérance du salut.

XVII. Marie figurée par l'arbre auquel fut attaché le serpent d'airain dans le désert.

Au milieu du désert un arbre reçut le serpent d'airain , afin que le juif blessé par une morsure envenimée, élevant ses regards jusqu'à lui, y trouvai le salut par un bienfait admirable de Dieu, car une vertu secrète combattait le poison des serpents envoyés par le ciel.

Vous êtes, ô Marie, plus simple que la colombe; vous êtes la défense des humbles et le salut infaillible des hommes; vous avez apporté la joie à la terre lorsque vous donnâtes au monde le Fils de Dieu ; vous êtes plus puissante que le venin le plus mortel ; vous êtes la médecine du péché, et vos effets sont plus rapides que ceux produits par le serpent du désert.

XVIII. Marie figurée par la porte fermée par laquelle nul homme n'a passé.

Vous êtes la porte fermée dont parle le Prophète , la porte qui ne s'ouvrit jamais pour donner un passage à l'homme. Par cette porte la sagesse seule de Dieu est entrée et sortie sans effort, et sans en rompre les sceaux.

Votre virginité est cette porte dont l'éclat a pénétré les cieux ; et celui qui descend sans abandonner les célestes hauteurs , c'est le Messie , le Fils de Dieu. Il est conçu, il se revêt d'une faible chair, il prend un corps exempt de tout péché; et c'est en vous qu'il accomplit ces merveilles, Vierge par excellence.

De même que l'astre s'anime lorsque le soleil y projette sa lumière, et que la clarté qui s'en échappe ne saurait nuire à son intégrité , ainsi le Christ est conçu, et votre corps demeure toujours pur ; il naît miraculeusement , et votre virginité persévère immaculée.

XIX. Marie figurée par la femme que vit saint Jean dans l'Apocalypse.

Jean vit dans les cieux un signe mystérieux et admirable, un signe prophétique et frappant. Jamais rien de semblable ne s'offrit aux regards des Prophètes: jamais rien de si merveilleux n'avait annoncé à l'avance les bienfaits du Seigneur.

En présence de la cour céleste était une femme revêtue de la lumière du soleil ; elle pressait la lune sous ses pieds; une couronne de douze étoiles environnait son front, et elle portait en son sein un fruit tout divin.

A nulle autre qu'à vous, ô Marie, ce tableau que le Prophète déroule à nos yeux ne saurait convenir aussi bien. C'est en vous qu'est conçu , c'est de vous que naît le vrai soleil de justice, et c'est par lui que brille à nos yeux le royaume de la patrie bienheureuse.

La lune est placée sous vos pieds et la milice des cieux est soumise à votre empire. La gloire des douze Patriarches a été bénie par vous ; elle orne votre front, et les triomphes des apôtres forment votre diadème.

Vous êtes remplie de la plénitude de toutes les grâces. En vous se trouve l'abondance de toutes les vertus et de la pénitence; vous êtes la beauté par excellence . la lumière exempte de la tache du péché ; la splendeur de la gloire qui embellit le monde de l'éclat de ses rayons.

Tout ce que la voix des Prophètes et les énigmes de la loi ont annoncé de vous , ô Vierge, s'accomplit. Tout ce que la parole de l'Ange vous a promis après les prophètes et la loi , tout s'exécute fidèlement à la face du monde.

Salut! Consolation des hommes, étoile brillante de la mer. Salut! Remède de nos crimes, Vierge vraiment unique. Etrangère à l'homme, vous avez conçu et donné au monde le Seigneur; vous êtes la pierre angulaire qui met un terme aux figures de la loi.

Elevée au-dessus des cieux , vous régnez à la droite de Dieu; près de votre Fils et reine de son empire, vous êtes toute-puissante. C'est de là que vous affermissez les âmes sans vertu, et que vous leur prodiguez vos secours ; c'est de là que votre providence s'étend sur vos enfants, et que vous leur obtenez les grâces du salut.

En effet, la simple raison nous enseigne que là où se trouve environnée de gloire cette chair innocente que le Fils de Dieu prit en vous, là aussi doit se trouver le trône de votre splendeur, placé au milieu d'une  gloire incomparable. C'est là, ô Mère, qu'élevée au-dessus de toute créature, unie à votre Fils. Nous jouissez dans la céleste patrie , des entretiens de l'adorable Trinité; là votre grâce bienfaisante nous offre une couronne de bonheur ineffable, la gloire et la récompense des saints.

CONCLUSION.

Méditez ces louanges, vous qui mettez votre bonheur en la Vierge sacrée. Vénérez la tendre Marie, et efforcez-vous de la célébrer dignement.

En méditant ces figures, qui vous rappellent la Vierge immaculée, gardez-vous de passer sans lui dire : Je vous salue, ô Marie!

Vous trouverez grâce et miséricorde toutes les fois qu'en présence de la Vierge vous vous écrierez : Je vous salue, Marie, pleine de grâce, etc.

Homme formé d'une vile poussière, secouez-les ténèbres de la mort, maintenant que l'espérance brille encore à vos regards; hâtez-vous de sortir du danger.

Secouez cette poussière, aujourd'hui qu'il est temps encore de courir au remède; levez-vous, marchez pour saisir la couronne , alors qu'elle s'offre encore à vos efforts.

Cherchez la voie que vous avez quittée; souvenez-vous des malheurs passés; retournez à votre patrie avec le fils prodigue et pénitent.
 

source: http://www.abbaye-saint-benoit.ch/bibliotheque.htm

 

Par Olivier Rolland - Publié dans : Textes de grands auteurs
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Dimanche 27 septembre 2009 7 27 /09 /2009 08:07

Merci à la Paroisse Saint Léon (Paris 15°) pour cette belle compilation

 

« Adorer, c'est se laisser regarder et aimer par Jésus. »

 

 

« Acceptons, acceptez de vous offrir à Celui qui nous a tout donné, qui est venu non pour juger le monde, mais pour le sauver (Jn 3,17), acceptez de reconnaître la présence agissante en vos vies de Celui qui est ici présent, exposé à nos regards. Acceptez de lui offrir vos propres vies !

Marie, la Vierge Sainte, Marie, l'Immaculée Conception, a accepté, voici deux mille ans, de tout donner, d'offrir son corps pour accueillir le Corps du Créateur. Tout est venu du Christ, même Marie ; tout est venu par Marie, même le Christ. (...)

Une foule immense de témoins est invisiblement présente à nos côtés. Nous ne les voyons pas, mais nous les entendons qui nous disent, à chacun et à chacune d'entre nous : « Viens, laisse-toi appeler par le Maître ! Il est là ! Il t'appelle (cf. Jn 11, 28) ! Il veut prendre ta vie et l'unir à la sienne. Laisse-toi saisir par Lui. Ne regarde plus tes blessures, regarde les siennes. Ne regarde pas ce qui te sépare encore de Lui et des autres ; regarde l'infinie distance qu'Il a abolie en prenant ta chair, en montant sur la Croix que Lui ont préparée les hommes et en se laissant mettre à mort pour te montrer son amour. Dans ses blessures, Il te prend ; dans ses blessures, Il te cache (...), ne te refuse pas à son Amour ! »

Benoît XVI à Lourdes le 14 septembre 2008

 

 

« Adorer, c'est se rendre présent à l'Amour. »

 

«  Il est bon de s'entretenir avec Lui et, penchés sur sa poitrine, comme le disciple bien-aimé (Jn 13,25), d'être touchés par l'amour infini de son cœur. Si, à notre époque, le christianisme doit se distinguer surtout par « l'art de la prière », comment ne pas ressentir le besoin renouvelé de demeurer longuement, en conversation spirituelle, en adoration silencieuse, en attitude d'amour, devant le Christ présent dans le Saint-Sacrement ? Bien des fois, chers frères et sœurs, j'ai fait cette expérience et j'en ai reçu force, consolation et soutien ! »

Jean-Paul II (Ecclesia de Eucharistia, 25)

 

 

 « Adorer, c'est reconnaître Jésus comme son Roi. »

 

« La dernière Cène nous pousse à faire un pas dans les différents sens que le mot "adoration" a en grec et en latin. Le mot grec est proskynesis. Il signifie le geste de la soumission, la reconnaissance de Dieu comme notre vraie mesure, dont nous acceptons de suivre la règle. Il signifie que liberté ne veut pas dire jouir de la vie, se croire absolument autonomes, mais s'orienter selon la mesure de la vérité et du bien, pour devenir de cette façon, nous aussi, vrais et bons. Cette attitude est nécessaire, même si, dans un premier temps, notre soif de liberté résiste à une telle perspective. Il ne sera possible de la faire totalement nôtre que dans le second pas que la dernière Cène nous entrouvre. Le mot latin pour adoration est ad-oratio - contact bouche à bouche, baiser, accolade et donc en définitive amour. La soumission devient union, parce que celui auquel nous nous soumettons est Amour. Ainsi la soumission prend un sens, parce qu'elle ne nous impose pas des choses étrangères, mais nous libère à partir du plus profond de notre être. »

Benoît XVI, JMJ de Cologne 2005

 

 « Adorer, c'est ouvrir son c œur à Jésus. »

 

« Mes enfants très chers, Jésus veut que je vous dise encore combien il a d'amour pour chacun d'entre vous, au-delà de tout ce que vous pouvez imaginer. Je m'inquiète de ce que certains d'entre vous n'aient pas encore vraiment rencontré Jésus seul à seul : vous et Jésus seulement. Nous pouvons certes passer du temps à la chapelle, mais avez-vous perçu – avec les yeux de l'âme – avec quel amour il vous regarde ? Avez-vous vraiment fait connaissance avec Jésus vivant, non à partir de livres mais pour l'avoir hébergé dans votre cœur ? Avez-vous entendu ses mots d'amour ? Demandez-en la grâce : il a l'ardent désir de vous la donner... Il veut vous dire non seulement qu'il vous aime, mais davantage qu'il vous désire ardemment. Vous lui manquez quand vous ne vous approchez pas de lui. Il a soif de vous. (...)

Mes enfants, vous n'avez pas à être différents de ce que vous êtes dans la réalité pour que Jésus vous aime. Croyez simplement que vous lui êtes précieux. Apportez vos souffrances à ses pieds et ouvrez seulement votre cœur pour qu'il vous aime tels que vous êtes. Et lui fera le reste. »

Mère Teresa

 

« Adorer, c'est contempler le Christ dans son offrande. »

 

Adorer le Christ, c'est accepter qu'il ne se passe rien, c'est accepter dans la foi que sa présence ne s'impose pas. C'est accepter de tenir quand je ne sens rien, c'est accepter de résister au désir de fuir, c'est accepter de tenir ma place simplement parce que je suis là non seulement en mon nom propre mais au nom de tous les hommes et toutes les femmes de la terre. Je suis devenu un intercesseur et je n'ai pas le droit de partir. L'adoration du Christ est d'abord un acte de foi, c'est un acte de silence.

Venir contempler l'Eucharistie, c'est venir contempler le Christ dans l'offrande qu'il fait de sa vie, c'est-à-dire dans l'acte suprême d'offrande à son Père, c'est-à-dire dans l'acte ultime d'amour pour les hommes. Que pourrions-nous éprouver d'autre qu'une joie très intense à reprendre conscience de cette communion étroite qui unit le Père et le Fils et à laquelle l'Esprit que nous avons reçu nous donne de participer ? Que pourrions-nous éprouver d'autre qu'une joie très intense à contempler le Christ livrant sa vie par amour pour nous ? Comment ne serions-nous pas confondus de joie devant cette révélation extraordinaire : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a envoyé son Fils pour le sauver. » ?( cf Jn 3,17)

Mgr André Vingt-Trois, juin 2006

 

« Adorer, c'est ne pas pouvoir détacher les yeux de Jésus. »

 

Mon Créateur, mon Père, mon Bien-Aimé. Vous qui êtes là,  à trois mètres de moi, sous l'apparence de cette Hostie, mon Dieu, daignez me donner ce sentiment continuel de Votre présence, de Votre présence en moi et autour de moi... et, en même temps, cet amour craintif qu'on éprouve en présence de ce qu'on aime passionnément, et qui fait qu'on se tient devant la personne aimée, sans pouvoir détacher d'elle les yeux, avec un grand désir et une volonté de faire tout ce qui lui plaît, tout ce qui est bon pour elle et une grande crainte  de faire, dire ou penser quelque chose qui lui déplaise ou qui lui fasse du mal... En Vous, par Vous et pour Vous. Amen

Bienheureux Charles de Foucauld

 

« Adorer, c'est se nourrir d'amour et d'espérance. »

 

Adorer le Dieu de Jésus Christ, qui, par amour s'est fait pain rompu, est le remède le plus valide et radical contre les idolâtries d'hier et d'aujourd'hui. S'agenouiller devant l'Eucharistie est une profession de liberté : qui s'incline devant Jésus ne peut et ne doit pas se prosterner devant aucun autre pouvoir terrestre, si fort fût-il. Nous, chrétiens, nous ne nous agenouillons que devant le Saint-Sacrement, parce que nous savons et nous croyons qu'en lui l'unique vrai Dieu est présent, lui qui a créé le monde et l'a tant aimé qu'il lui a donné son Fils unique.

Nous nous prosternons devant un Dieu qui le premier s'est incliné vers l'homme comme un bon Samaritain, pour le secourir et lui redonner la vie.

Adorer le Corps du Christ veut dire croire qu'en lui, dans ce morceau de pain, il y a réellement le Christ, qui donne un vrai sens à la vie, à l'immense univers et à la créature la plus petite, à toute l'histoire humaine comme à la plus brève existence. L'adoration est prière qui prolonge la célébration et la communion eucharistique et dans laquelle l'âme continue à se nourrir : à se nourrir d'amour, de vérité, de paix ; à se nourrir d'espérance, parce que Celui devant lequel nous nous prosternons ne nous juge pas, ne nous écrase pas, mais nous libère et nous transforme.

Benoît XVI, mai 2008

 

« Adorer, c'est unir son âme à celle de Jésus. »

 

Mon heure de ciel, c'est celle-ci, mon Jésus, c'est mon heure d'adoration ; l'heure pendant laquelle, agenouillé devant vous, nous nous regardons mutuellement ; l'heure où vous me bénissez tandis que je suis anéanti à vos pieds.(...) Je viens ici, mon Jésus, pour vous ouvrir mon c œur et vous découvrir mes misères, pour vous parler et pour écouter votre douce voix, pour vous prendre dans mes bras et vous presser contre mon c œur. Je viens vous raconter mes peines secrètes pendant cette adoration d'amour et pleurer avec vous et pour les mêmes causes. (...) Pendant cette heure, le monde n'existe plus pour moi : je n'ai plus ni parents, ni famille, ni amis, ni rien d'autre. Rien que vous et moi, mon Jésus Eucharistie ! Vous et moi unissant, identifiant nos âmes, nos c œurs et nos volontés ! Une seule chose, pendant ces minutes précieuses peut entrer dans mon c œur pour y accompagner l'amour, c'est la douleur : douleur de vous avoir offensé et si peu aimé, douleur de ne pouvoir travailler pour vous comme je le voudrais, douleur de voir tant d'âmes se perdre. Et la considération de votre amour, ô Jésus adoré, augmente encore cette douleur. (...)

C'est ici, Seigneur, que vous m'animez à suivre vos traces, à porter sans cesse la Croix. C'est ici que vous me fortifiez et que vous me pardonnez mes fautes ! C'est ici que vous me rappelez mes misères et m'enseignez le moyen d'y porter remède. C'est ici que vous m'entrouvrez votre C œur, asile assuré des coupables, lieu de repos pour les âmes fatiguées, fraîche oasis pour ceux qui traversent le désert du monde. Ô amoureux Jésus qui vivez en aimant, qui aimez en mourant, qui aimez éternellement !

Conchita Cabrera de Armida (Mexique, 19° s.)

 

 « Adorer, c'est s'exposer à l'Amour Miséricordieux. » 

 

Lors de la communion qui est une gâterie qui vient de l'extérieur, Jésus est bien en nous, agissant puissamment, mais une fois notre action de grâces achevée, nous avons tôt fait d'oublier sa divine Présence en nous. Nous ne sommes plus présents à Lui, repris par le quotidien.(...)

Dans l'adoration, nous nous exposons à Lui longuement, sans rien faire, sans rien dire ou presque, exposés à ses rayons d'amour miséricordieux. Il peut alors nous guérir en profondeur. Pour que l'Esprit-Saint agisse, il faut du temps. Nous lui donnons gratuitement ce temps durant lequel Il va nous combler à sa manière. C'est la plus grande action de grâces que nous pouvons Lui rendre. (...) Jésus nous mendie ce temps pour nous remplir de sa puissance eucharistique, qui dépasse notre personne et peut atteindre les frères et s œurs.

L'adoration est la source de tout amour, de toute fécondité. L'adoration doit précéder toute action, car c'est Dieu Lui-même alors qui agira à travers nous.

L'adoration n'est pas une simple dévotion, elle est le culte que l'on doit rendre à Dieu, car Lui seul peut être adoré. Voilà pourquoi l'adoration est guérissante pour nous-mêmes et pour nos frères et s œurs. Nous sommes face à la Source, à la Vie, à la Lumière, à la Vérité.

Une ermite contemporaine

 

 « Adorer, c'est offrir sa pauvreté au Seigneur. » 

 

Dans votre prière, prenez courage car la compassion de Jésus au Saint Sacrement est infinie. C'est souvent le fruit d'un subtil amour propre, de l'impatience ou de la lâcheté de ne pas vouloir aller à Notre Seigneur avec sa propre misère ou sa pauvreté humiliée ; et c'est cependant ce que Notre Seigneur préfère à tout ; c'est ce qu'il aime, ce qu'il bénit.

Vous êtes dans l'aridité, glorifiez la grâce de Dieu sans laquelle vous ne pouvez rien ; ouvrez alors votre âme vers le ciel comme la fleur ouvre son calice au lever du soleil pour recevoir la rosée bienfaisante.

Vous êtes dans l'impuissance la plus entière : l'esprit est dans les ténèbres, le cœur sous le poids de son néant, le corps souffrant : faites alors l'adoration du pauvre, sortez de votre pauvreté et allez demeurer en Notre Seigneur, ou offrez-lui votre pauvreté pour qu'il l'enrichisse : c'est un chef d'œuvre digne de sa gloire.

Mais vous êtes dans l'état de tentation et de tristesse, tout se révolte en vous, tout vous porte à quitter l'adoration sous prétexte que vous offensez Dieu, que vous le déshonorez plus que vous ne le servez. N'écoutez pas cette spécieuse tentation : c'est l'adoration du combat, de la fidélité à Jésus contre vous-même. Non, non, vous ne lui déplaisez pas, vous réjouissez votre Maître qui vous regarde et qui a permis à Satan de vous troubler. Il attend de nous l'hommage de la persévérance jusqu'à la dernière  minute que nous devions lui consacrer.

St P J Eymard

 

 « Adorer, c'est veiller devant Jésus au nom de l'humanité.» 

 

Il est précieux de s'entretenir avec le Christ, et, penchés contre Jésus comme le disciple bien-aimé, nous pouvons être touchés par l'amour infini de son C œur qui répand l'Esprit. Nous apprenons à connaître plus profondément Celui qui s'est donné totalement pour devenir disciple et pour entrer, à notre tour, dans ce grand mouvement de don, pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Nous sommes appelés à nous mettre à son école, pour être peu à peu configurés à Lui, pour laisser l'Esprit agir en nous et pour réaliser la mission qui nous est confiée. En particulier, l'amour du Christ nous pousse à travailler sans cesse à l'annonce de l'Evangile et pour le service des hommes.

(...) Ainsi, la proximité avec le Christ, dans le silence et la contemplation, n'éloigne pas de nos contemporains mais, au contraire, elle nous rend attentifs et ouverts aux joies et aux détresses des hommes, et elle élargit le c œur aux dimensions du monde. Elle nous rend solidaires de nos frères en humanité, particulièrement des plus petits, qui sont les bien-aimés du Seigneur. Par l'adoration, le chrétien contribue mystérieusement à la transformation radicale du monde et à la germination de l'Evangile. Toute personne qui prie le Sauveur entraîne à sa suite le monde entier et l'élève à Dieu. Ceux qui se tiennent devant le Seigneur remplissent donc un service éminent ; ils présentent au Christ tous ceux qui ne le connaissent pas ou ceux qui sont loin de lui ; ils veillent devant lui, en leur nom.2  

Jean-Paul II  1. Presbyterorum Ordinis ; 2. Lettre à Mgr Houssiau

 

« Adorer, c'est glorifier le Fils de Dieu.»

 

Saint Joseph, après la Très Sainte Vierge, a été le premier et le plus parfait adorateur de Notre-Seigneur. Il l'adorait avec une vertu de foi plus grande que celle de tous les saints, avec une humilité plus profonde que celle de tous les élus, avec une pureté plus pure que celle des anges, avec un amour qu'aucune autre créature, angélique ou humaine, n'eut et ne put avoir pour Jésus, avec un dévouement aussi grand que son amour. Comme le Verbe incarné devait être glorifié par les adorations de Marie et de Joseph, qui le dédommageaient de l'indifférence et de l'ingratitude de ses créatures ! Saint Joseph adorait le Verbe incarné en union avec sa divine Mère, en union avec toutes les pensées, les actes d'adoration, d'amour, de louanges de Jésus pour son Père et de charité envers les hommes pour lesquels il s'était incarné. L'adoration de saint Joseph suivait le mystère présent et actuel, la grâce, l'esprit, la vertu de ce mystère. Dans l'Incarnation, il adorait l'anéantissement du Fils de Dieu; à Bethléem, sa pauvreté ; à Nazareth, son silence, sa faiblesse, son obéissance, ses vertus, dont il avait une connaissance très grande, dont il voyait l'intention, le sacrifice à l'amour et à la gloire du Père céleste. Saint Joseph adorait, intérieurement du moins, tout ce que Jésus disait et pensait. Le Saint-Esprit le lui manifestait, afin qu'il pût s'y unir, et glorifier le Père céleste en union avec son divin Fils notre Sauveur. De sorte que la vie de saint Joseph fut une vie d'adoration de Jésus, mais d'adoration parfaite.  Je m'unirai donc bien à ce saint adorateur, afin qu'il m'apprenne à adorer Notre-Seigneur et à me faire entrer en société avec lui, afin que je sois le Joseph de l'Eucharistie comme il a été le Joseph de Nazareth.

St Pierre-Julien Eymard

 

 « Adorer, c'est se laisser toucher par Jésus.» 

 

«  Voici que je me tiens à la porte et que je frappe. » C'est vrai ! Je me tiens à la porte de ton cœur, jour et nuit. Même quand tu ne m'écoutes pas, même quand tu doutes que ce puisse être moi, c'est moi qui suis là. J'attends le moindre petit signe de réponse de ta part, le plus léger murmure d'invitation, qui me permettra d'entrer en toi. Je veux que tu saches que chaque fois que tu m'inviteras, je vais réellement venir. Je serai toujours là, sans faute. Silencieux, invisible, je viens, mais avec l'infini pouvoir de mon amour.  
Je viens, apportant tous les dons de l'Esprit Saint. Je viens avec ma miséricorde, avec mon désir de te pardonner, de te guérir, avec tout l'amour que j'ai pour toi ; un amour au-delà de toute compréhension, un amour où chaque battement du cœur est celui que j'ai reçu du Père même. Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Je viens, assoiffé de te consoler, de te donner ma force, de te relever, de t'unir à moi, dans toutes mes blessures.
Je vais t'apporter ma lumière. Je viens écarter les ténèbres et tous les doutes de ton cœur. Je viens avec mon pouvoir capable de te porter toi-même et de porter tous tes fardeaux. Je viens avec ma grâce pour toucher ton cœur et transformer ta vie. Je viens avec ma paix, qui va apporter le calme et la sérénité à ton âme. Je te connais de part en part. Je connais tout de toi. Même les cheveux de ta tête, je les ai tous comptés. Rien de ta vie n'est sans importance à mes yeux. Je t'ai suivi à travers toutes ces années et je t'ai toujours aimé, même lorsque tu étais sur des chemins de traverse. Je connais chacun de tes problèmes. Je connais tes besoins et tes soucis.

Mère Teresa

 

  « Adorer, c'est reconnaître Jésus comme notre souverain.» 

 

Dans cet adorable Sacrement, Jésus réside en souverain, manifestant ses adorables perfections sous les dehors du plus total anéantissement. Il est le Dieu parfait et l'homme parfait ; l'infiniment grand et le Dieu de toute majesté, et s'il se réduit dans l'hostie aux proportions de l'atome, de l'infiniment petit, étant tout entier, dans chaque parcelle visible de l'hostie, il ne perd rien de sa souveraine grandeur, il appelle tous nos respects, nos dévouements et notre amour. Grâce à cette adorable petitesse, le plus petit de nos membres lui est un chemin spacieux pour arriver jusqu'au centre de nous-mêmes.

L'hostie, c'est le chef-d'œuvre entre tous les chefs-d'œuvre de l'art d'un Dieu ; osons le dire, c'est la miniature de la beauté éternelle, pour l'âme de foi qui sait percer les voiles et découvrir son éclat ! Quoi de plus simple à l'extérieur ? Quoi de plus ordinaire ? Un peu de pain ! Mais sous cette apparence vulgaire, résultat de l'humilité et de la simplicité du Verbe incarné, quoi de plus merveilleux, de plus transcendant, de plus sublime que l'union de deux choses si opposées, dans le plus étonnant des mystères ?

(...) Jésus au Très Saint Sacrement est tout à la fois grand et petit, riche et pauvre, triomphant et humilié, fort et faible, puissant et dépendant, libéral et indigent, immense et renfermé, immuable et changé, jouissant et souffrant d'une manière mystique, vivant et immolé, glorieux et dans l'ombre, beau et sans éclat, assis à la droite de son Père et enseveli dans le linceul des saintes espèces. 

Sœur Marie-Aimée de Jésus (1839-1874)

 

 « Adorer, c'est contempler Celui par qui tout a été fait. »

 

Seigneur Jésus, tu es là ! (...) Voici deux mille ans, tu as accepté de monter sur une Croix d'infamie pour ensuite ressusciter et demeurer à jamais avec nous tes frères, tes sœurs ! (...) Nous contemplons Celui qui, au cours de son repas pascal, a donné son Corps et son Sang à ses disciples, pour être avec eux « tous les jours, jusqu'à la fin du monde ». Nous adorons Celui qui est au principe et au terme de notre foi, Celui sans qui nous ne serions pas là ce soir, Celui sans qui nous ne serions pas du tout, Celui sans qui rien ne serait, rien, absolument rien ! Lui, par qui « tout a été fait », Lui en qui nous avons été créés, pour l'éternité, Lui qui nous a donné son propre Corps et son propre Sang, Il est là, ce soir, devant nous, offert à nos regards. Nous aimons - et nous cherchons à aimer davantage – Celui qui est là, devant nous, offert à nos regards, à nos questions peut-être, à notre amour. Que nous marchions – ou que nous soyons cloués sur un lit de souffrance, que nous marchions dans la joie – ou que nous soyons dans le désert de l'âme, Seigneur, prends-nous tous dans ton Amour : dans l'Amour infini, qui est éternellement celui du Père pour le Fils et du Fils pour le Père, celui du Père et du Fils pour l'Esprit, et de l’Esprit pour le Père et pour le Fils.

L'Hostie Sainte exposée à nos yeux dit cette Puissance infinie de l'Amour manifestée sur la Croix glorieuse. L'Hostie Sainte nous dit l'incroyable abaissement de Celui qui s'est fait pauvre pour nous faire riches de Lui, Celui qui a accepté de tout perdre pour nous gagner à son Père. L'Hostie Sainte est le Sacrement vivant, efficace de la présence éternelle du Sauveur des hommes à son Église.

Benoît XVI Lourdes, septembre 2008

 

 « Adorer, c'est reconnaître Jésus ressuscité. »

 

Marie Madeleine se tenait en pleurant près du tombeau quand Jésus  lui demande : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? ». Jésus se tenait juste là, et pourtant elle ne le reconnaissait pas : comme aujourd'hui Jésus est juste là au Saint Sacrement, et tant de personnes ne le reconnaissent pas. « Jésus lui dit : 'Marie' ! Se retournant, elle lui dit en hébreu : 'Rabbouni', ce qui veut dire 'Maître' » Jésus pousse Marie Madeleine à 'se retourner' une nouvelle fois : c'est un appel à une nouvelle conversion dans sa relation avec le Seigneur.

(...) Il en est de même pour nous : 'retournons-nous' comme Marie Madeleine pour approcher le Ressuscité présent aujourd'hui dans le sacrement de l'Eucharistie. Dieu nous a choisis pour demeurer en sa présence, et Il nous fait entendre sa voix comme Il le fit en s'adressant à Marie Madeleine : 'Marie' ». Mais ce n'est pas par les sens que nous Le percevons et entrons en contact avec Lui. C'est par la foi et l'amour que nous reconnaissons le Seigneur sous les apparences de l'Hostie consacrée. Ouvrons donc nos cœurs et soyons humbles pour rencontrer dans la foi le mystère de la présence du Christ. 

(...) De la rencontre personnelle et intime avec le Maître, tout doute, toute peur, toute affliction sont chassés par la puissance de sa Résurrection, laissant ainsi la place à la joie de Le reconnaître vivant au milieu de nous. Alors libres d'aimer, nous pouvons à la suite de Marie Madeleine, annoncer qu'Il est vraiment ressuscité et qu'il demeure parmi nous, plein de grâce et de vérité.

Père Florian Racine

 « Adorer, c'est contempler Jésus avec les yeux de Marie. »

 

La Vierge très sainte est Maîtresse dans la contemplation du visage du Christ. (...) Par sa vie tout entière, Marie est une femme « eucharistique ». L'Eglise regardant Marie comme son modèle, est appelée à l'imiter aussi dans son rapport avec ce Mystère très saint. Si l'Eucharistie est un mystère de foi qui dépasse notre intelligence au point de nous obliger à l'abandon le plus pur à la parole de Dieu, nulle personne autant que Marie ne peut nous servir de soutien et de guide dans une telle démarche.

(...) Marie a exercé sa foi eucharistique avant même l'institution de l'Eucharistie, par le fait même qu'elle a offert son sein virginal pour l'incarnation du Verbe de Dieu. A l'Annonciation, Marie a conçu le Fils de Dieu dans la vérité même physique du corps et du sang, anticipant en elle ce qui dans une certaine mesure se réalise sacramentellement en tout croyant qui reçoit, sous les espèces du pain et du vin, le corps et le sang du Seigneur. Il existe donc une analogie profonde entre le 'fiat' par lequel Marie répond aux paroles de l'Ange et l''amen' que chaque fidèle prononce quand il reçoit le corps du Seigneur. A Marie, il fut demandé de croire que celui qu'elle concevait 'par l'action de l'Esprit-Saint' était le 'Fils de Dieu'. Dans la continuité avec la foi de la Vierge, il nous est demandé de croire que, dans le Mystère eucharistique, ce même Jésus, Fils de Dieu et Fils de Marie, se rend présent dans la totalité de son être humain et divin, sous les espèces du pain et du vin.

Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia, ch VI

 

 « Adorer, c'est se laisser brûler par le Feu de l'Esprit. »

 

L'Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L'Esprit lui-même intervient pour nous par des cris inexprimables. Et Dieu qui voit le fond des c œurs, connaît les intentions de l'Esprit : il sait qu'en intervenant pour les fidèles, l'Esprit veut ce que Dieu veut.

Rm 8,14-17

Tous ceux qui se laissent conduire par l'Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. L'Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur; c'est un Esprit qui fait de vous des fils ; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l'appelant « Abba! ». C'est donc l'Esprit Saint lui-même qui affirme à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers ; héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, à condition de souffrir avec lui pour être avec lui dans la gloire.

Rm 8, 26-27

Ne le savez-vous pas ? Votre corps est le temple de l'Esprit Saint, qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu ; vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car le Seigneur vous a achetés très cher. Rendez gloire à Dieu dans votre corps.

1 Co 6, 19-20

Voici ce que produit l'Esprit : amour, joie, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi. Puisque l'Esprit nous fait vivre, laissons-nous conduire par l'Esprit.

Ga 5,22-25

 

 «Adorer, c'est demeurer dans l'Esprit du Père et du Fils.»

 

O mon Dieu, Trinité que j'adore, aidez-moi à m'oublier entièrement en Vous, immobile et paisible comme si mon âme était déjà dans l'éternité. Que rien ne puisse troubler ma paix ni me faire sortir de Vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m'emporte plus loin dans la profondeur de Votre Mystère. Pacifiez mon âme, faites-en Votre ciel, Votre demeure aimée et le lieu de Votre repos. Que je ne Vous y laisse jamais seul, mais que je sois là tout entière, tout éveillée en ma foi, tout adorante, toute livrée à Votre action créatrice.

Ô mon Christ aimé, crucifié par amour, je voudrais être une épouse pour Votre C œur, je voudrais Vous couvrir de gloire, je voudrais Vous aimer ... jusqu'à en mourir ! (...)

Ô Verbe éternel, Parole de mon Dieu, je veux passer ma vie à Vous écouter, je veux me faire tout enseignable afin d'apprendre tout de Vous. (...)

Ô Feu consumant, Esprit d'Amour, survenez en moi afin qu'il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe: que je Lui sois une humanité de surcroît, en laquelle Il renouvelle tout son Mystère.

Et Vous, ô Père, penchez-Vous vers Votre pauvre petite créature, couvrez-la de Votre ombre, ne voyez en elle que le Bien-Aimé en lequel Vous avez mis toutes vos complaisances.

Ô mes Trois, mon Tout, ma Béatitude, Solitude infinie, Immensité où je me perds, je me livre à Vous comme une proie. Ensevelissez-Vous en moi, pour que je m'ensevelisse en Vous, en attendant d'aller contempler en Votre lumière l'abîme de Vos grandeurs.

Bienheureuse Elisabeth de la Trinité

 

 « Adorer, c'est contempler et accueillir le Pain de Vie. »

 

Ô pain vivant engendré du ciel, fermenté dans le sein de la Vierge, cuit sur le gibet de la croix,  déposé sur l'autel, caché sous les espèces sacramentelles ! Confirme mon c œur dans le bien et assure ses pas dans le chemin de la vie ; réjouis mon âme et purifie mes pensées.

Voici le pain, le vrai pain, consommé, mangé, mais non pas transformé ; il assimile et il ne s'assimile pas ; il renouvelle sans s'épuiser ; il perfectionne et conduit au salut ; il donne la vie, confère la grâce, remet les péchés, affaiblit la concupiscence ; il nourrit les âmes fidèles, éclaire l'intelligence, enflamme la volonté, fait disparaître les défauts, élève les désirs...

N'approche donc pas, homme, de cette table sans une dévotion respectueuse et un fervent amour. Pleure tes péchés et souviens-toi de la Passion. Recours au bain de la confession ; que le fondement de la foi te porte ; que l'incendie de la charité te consume.          

St Thomas d'Aquin

 

 « Adorer, c'est demeurer dans le Cœur de Jésus. »

 

Il me semble que le grand désir que Notre Seigneur a que son Sacré Cœur soit honoré par quelque hommage particulier, est afin de renouveler dans les âmes les effets de la Rédemption. Car son Sacré Cœur est une source inépuisable qui ne cherche qu'à se répandre dans les c œurs humbles, vides, et qui ne tiennent à rien, pour être toujours prêts à se sacrifier à son bon plaisir. Ce divin Cœur est une source intarissable, où il y a trois canaux qui coulent sans cesse : premièrement, de miséricorde pour les pécheurs, sur lesquels découle l'esprit de contrition et de pénitence. Le second est de charité, qui s'étend pour le secours de tous les misérables qui sont en quelque nécessité, et particulièrement pour ceux qui tendent à la perfection ; ils y trouveront de quoi vaincre les obstacles. Du troisième découlent l'amour et la lumière pour les parfaits amis qu'il veut unir à lui, pour leur communiquer sa science et ses maximes, afin qu'ils se consacrent entièrement à lui procurer de la gloire, chacun en sa manière. Ce divin Cœur est un abîme de bien, où les pauvres doivent abîmer leurs nécessités ; un abîme de joie, où il faut abîmer toutes nos tristesses ; un abîme d'humiliation pour notre orgueil, un abîme de miséricorde pour les misérables, et un abîme d'amour, où il nous faut abîmer toutes nos misères.      

Ste Marguerite Marie Alacoque

 

 « Adorer, c'est demeurer humblement aux pieds de Jésus. »

 

Ne manquons pas d'adorer le très saint Sacrement qui est la principale et la plus grande dévotion, celle que tous les chrétiens doivent avoir. Acquittez-vous-en donc avec plus de soin et de fidélité que jamais, avec une nouvelle ferveur, ardeur et amour pour Jésus-Christ dans ce précieux mystère.

Soyez fidèles à demeurer en la présence de Dieu sans vous mettre en peine de ne pouvoir rien faire… N'ayez point de répugnance d'être en la présence de Dieu sans rien faire, puisqu'Il ne veut rien de vous que le silence et l'anéantissement, vous ferez toujours beaucoup lorsque vous vous laisserez et abandonnerez sans réserve à sa toute-puissance. Soyez fidèles en ce point, ne vous affligez pas de vos distractions, laissez-les passer et demeurez humblement aux pieds de Jésus.

Catherine de Bar (1614-1698)

fondatrice des Bénédictines du Saint-Sacrement

 

 

 

 


Prières

 

§         Prière à Notre Dame du Sacerdoce

 

Vierge Marie, Mère du Christ-Prêtre, Mère des prêtres du monde entier, vous aimez tout particulièrement les prêtres parce qu'ils sont les images vivantes de votre Fils Unique. Vous avez aidé Jésus par toute votre vie terrestre, et vous l'aidez encore dans le Ciel. Nous vous en supplions, priez pour les prêtres ! « Priez le Père des Cieux pour qu'il envoie des ouvriers à sa moisson. » Priez pour que nous soyons nous-mêmes toujours des témoins et que nous ayons toujours des prêtres qui nous donnent les Sacrements, nous expliquent l'Evangile de Jésus-Christ et nous enseignent à devenir de véritables enfants de Dieu !

Vierge Marie, demandez vous-même à Dieu le Père les prêtres dont nous avons tellement besoin ; et puisque votre C œur a tout pouvoir sur lui, obtenez-nous, ô Marie, des prêtres qui soient des saints ! Amen !

(Mission Thérésienne)

 

§         Seigneur Jésus Christ, Bon Pasteur de nos âmes, qui connais tes brebis et sais comment rejoindre le cœur de l'homme, ouvre l'esprit et le cœur des jeunes qui cherchent et attendent une parole de décision et de paix pour leur vie.

Fais-leur comprendre que c'est dans le mystère de ton Incarnation qu'ils trouveront la pleine lumière.

Réveille le courage de ceux qui savent où chercher la Vérité mais craignent que ta demande ne soit trop exigeante.

Mets en mouvement l'âme de ces jeunes qui voudraient te suivre mais ne savent pas ensuite surmonter les incertitudes et les peurs et finissent par suivre d'autres voies et d'autres sentiers sans débouché.

Toi qui es la Parole du Père, Parole qui crée et sauve, Parole qui illumine et soutient les cœurs, triomphe par ton Esprit des résistances et des atermoiements des âmes indécises ; suscite chez ceux que tu appelles le courage de la réponse d'amour : « Me voici, envoie-moi ! ».

Vierge Marie, jeune fille d'Israël, soutiens de ton amour maternel ces jeunes à qui le Père fait entendre sa Parole. Soutiens ceux qui sont déjà consacrés. Qu'ils répètent avec toi le « oui » d'un don de soi-même joyeux et irrévocable. Amen.

Jean-Paul II

 

 

§         Seigneur Jésus, toi qui es le Bon Pasteur,

depuis les apôtres, tu appelles des hommes à devenir prêtre

pour continuer ton œuvre de salut à travers les temps,

pour rassembler ton Peuple par l'annonce de la Parole

et la célébration des sacrements.

Merci pour les prêtres que tu donnes à l'Eglise.

Accorde à chacun de nous de répondre à sa vocation.

Nous t'en prions, fais se lever parmi les jeunes chrétiens

des prêtres selon ton cœur pour les besoins du monde

que tu aimes et que tu veux sauver.

Aide nos communautés à proposer de devenir prêtre.

Apprends-nous à soutenir ceux qui accueillent cet appel.

Nous te le demandons

à toi qui règnes avec le Père et le Saint-Esprit,

maintenant et pour les siècles des siècles. Amen !

Service des Vocations – septembre 2008

 

 

§         « Seigneur Jésus, par ta Parole et ton Pain partagé,

sacrement de ton Amour, tu nous donnes la vie.

Fais de ton Eglise un peuple de prêtres,

signe, en ce temps, de ton Alliance,

et donne-lui des ministres pour la servir.

Donne-lui des prophètes, témoins inlassables de l'Espérance

qui ouvre un avenir à tant de vies blessées.
Donne-lui des serviteurs, artisans de justice et de paix

pour que le monde croie en ta Bonne Nouvelle.
Père de tous les hommes, donne-nous ton Esprit

pour oser notre vie avec Jésus le Christ. »

Service National des Vocations

 

 

§         Prière pour les prêtres

Marie, Mère de Jésus Christ et Mère des prêtres, reçois ce titre que nous te donnons pour célébrer ta maternité et contempler près de toi le Sacerdoce de ton Fils et de tes fils, sainte Mère de Dieu !

Mère du Christ, tu as donné au Messie Prêtre son corps de chair par l'onction de l'Esprit Saint, pour le salut des pauvres et des hommes au c œur contrit, garde les prêtres dans ton c œur et dans l'Eglise, Mère du Sauveur !

Mère de la foi, tu as accompagné au Temple le Fils de l'homme, accomplissement des promesses faites à nos pères, confie au Père, pour sa gloire, les prêtres de ton Fils, Arche de l'Alliance ! Mère de l'Eglise, au cénacle, parmi les disciples, tu priais l'Esprit pour le peuple nouveau et ses pasteurs, obtiens à l'ordre des prêtres la plénitude des dons, Reine des apôtres !

Mère de Jésus Christ, tu étais avec Lui au début de sa vie et de sa mission, tu l'as cherché, Maître parmi la foule, tu l'as assisté, élevé de terre, consommé pour le sacrifice unique éternel, et tu avais près de toi Jean, ton fils. Accueille les appelés du Seigneur, lors de leurs premiers pas sur leur chemin, protège leur croissance, accompagne dans la vie et dans le ministère ceux qui sont tes fils, ô toi, Mère des prêtres ! Amen!

Jean Paul II (1992)

 

 

§         Prière des prêtres à saint Joseph au moment de monter à l'autel  

Joseph, toi qui as protégé la fragile présence du Christ sur terre, je te consacre mes mains au moment de monter à l'autel. Garde-les pures et fortes, pour bénir, consacrer et protéger.

Joseph, toi qui as contemplé la beauté de l'Enfant Dieu, je te consacre mes yeux au moment de monter à l'autel. Garde-les clairs et lumineux, de la lumière du Mystère que je vais célébrer.

Joseph, toi qui as reçu de Marie ta sagesse et ta tendresse, je te consacre mon c œur au moment de monter à l'autel. Garde-le chaste, bon et courageux, pour offrir à ce monde l'amour du Père.

P Nathanaël

 

Par Olivier Rolland - Publié dans : prier
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Lundi 14 septembre 2009 1 14 /09 /2009 15:28

Saint Augustin d’Hippone

SERMON IX  : LE DÉCACHORDE OU LES DIX COMMANDEMENTS[1].


ANALYSE. — Dans ce long et magnifique discours où saint Augustin semble avoir voulu concentrer tous les devoirs de la vie chrétienne et combattre surtout le vice de l’impureté, on peut distinguer trois idées principales. Le grand docteur insiste d’abord sur la nécessité de penser à.la justice de Dieu en même temps qu’à sa miséricorde, et sur la nécessité d’observer toute la loi divine pour échapper aux éternels tourments. Il veut en second lieu qu’on observe cette loi, non pas seulement avec crainte, comme les Juifs, mais surtout avec amour ; car elle a pour but de nous rendre semblables à Dieu, de nous délivrer de la tyrannie des vices, de nous porter à nous conduire envers autrui et envers Dieu lui-même, comme nous désirons qu’on se conduise envers nous. Mais pour arriver à cette fidélité, il faut, et c’est la troisième partie du discours, s’exercer aux bonnes œuvres, éviter avec soin les péchés graves, et effacer chaque jour les péchés légers de chaque jour en faisant d’abondantes aumônes. Combien hélas ! on se méprend sur les péchés légers ! On ne les redoute pas à cause de leur légèreté  ; mais ne devraient-ils pas faire trembler à cause de leur quantité ? Qu’on s’empresse donc d’y porter remède, surtout par les œuvres de charité qui assurent le salut.

 

1. Le Seigneur notre Dieu est clément et compatissant, il est lent à s’irriter et plein de miséricorde et de vérité : mais autant il prodigue la miséricorde dans ce siècle, autant il menace d’un jugement sévère dans le siècle futur. Les paroles que je viens de prononcer sont écrites et des autorités toutes divines disent expressément que « le Seigneur est clément, compatissant, lent à punir, plein de miséricorde et de vérité[2]. » Ce qui plait singulièrement aux pécheurs et aux amis de ce siècle, c’est que « le Seigneur est clément et compatissant, lent à punir et plein de miséricorde. » Mais si tu es si heureux de ces doux traits sous lesquels il se peint, redoute aussi ce dernier  : « et plein de vérité. » S’il était dit seulement  : « Le Seigneur est clément, compatissant, lent à punir, et plein de miséricorde, » tu pourrais songer peut-être à l’impunité, à la sécurité, à la licence du mal, faire ce que tu veux, user du siècle autant qu’il est permis ou que la passion t’y porterait. Si alors de sages avertissements essayaient, par le reproche et la terreur, de t’engager à ne point te laisser aller sans frein à tes passions et à l’oubli de ton Dieu, tu pourrais interrompre ces importuns, lever hardiment le front, citer une autorité divine et lire en quelque sorte dans un livre sacré  : Pourquoi me faire peur de notre Dieu  ? « Il est clément, compatissant et plein de miséricorde. » Nais pour ôter aux hommes ce prétexte, le prophète ajoute un dernier mot  : « Et plein de vérité, » dit-il. Ainsi il tarit la joie d’une téméraire présomption et invite à la crainte de la pénitence. Que la miséricorde de Dieu provoque donc nos transports, mais que sa justice nous pénètre de frayeur. Il épargne tant qu’il se tait. Il se tait, mais il ne se taira point toujours[3]. Écoute lorsqu’il parle aujourd’hui et crains de ne pouvoir te dispenser de l’entendre lorsqu’il parlera au moment du jugement.

2. Tu peux aujourd’hui songer à ta défense ; songes-y avant le suprême jugement de ton Dieu. Sur quoi pourrais-tu établir une fausse confiance  ? Lorqu’il paraîtra, tu ne pourras produire ni faux témoins pour le tromper, ni avocat pour le surprendre par sa faconde  ; tu n’essaieras même pas de corrompre ton juge. Mais que faire auprès de ce juge que tu ne saurais ni décevoir ni séduire ? Il y a pourtant quelque chose à faire. Celui qui jugera alors ta cause sera le témoin actuel de ta vie. Nous venons de chanter et de le bénir  ; songeons à notre défense. Celui qui voit nos œuvres a entendu nos chants. Que ces chants ne soient pas vides de sens et ne deviennent pas des gémissements.

Il est temps de faire promptement la paix avec ton adversaire. Dieu est patient à voir et à punir l’iniquité  ; mais aussi son jugement viendra bientôt. La vie humaine trouve long ce qui n’est qu’un moment pour Dieu. Eh  ! quelle consolation peut-on trouver dans ce qui parait de Longue durée à ce siècle et au genre humain  ? Quand l’humanité devrait vivre longtemps encore, le dernier jour de chacun de nous tardera-t-il beaucoup  ? Combien d’années se sont succédées, depuis Adam  ? combien se sont écoulées et s’écouleront encore  ? Celles qui restent ne sont pas en si grand nombre  ; cependant elles passeront jusqu’à la fin des siècles comme ont passé les autres. — Le peu qui reste semble long, mais ce qui est écoulé ne doit-il pas nous montrer en perspective la fin des temps  ? Depuis l’origine jusqu’à ce jour, il y a eu constamment un jour qu’on a pu appeler aujourd’hui ce qui alors était de l’avenir n’est-il pas maintenant du passé  ? Il est comme s’il n’avait pas été. Ainsi en sera-t-il de ce qui doit s’écouler jusqu’à la fin.

Admettons toutefois que ce temps sera long, aussi étendu que tu peux le penser, le dire, l’imaginer, plus long que ne l’enseigne l’Écriture ; diffère donc ce jour du jugement autant que ton esprit en est capable  : s’ensuit-il que tu puisses retarder ton dernier jour, le dernier jour de ta vie, celui où tu dois quitter ce corps  ? Si tu le peux, mais qui le peut  ? assure-toi de la vieillesse. Hélas ! dès qu’il.commence à vivre, l’homme n’est-il point exposé à mourir  ? L’assujettissement à la mort ne vient-il pas du commencement de la vie  ? Pour n’être pas, sur cette terre et parmi le genre humain, exposé à la mort, il faut n’être pas encore entré dans la vie. Tu ne peux donc te promettre sûrement aucun jour ; et si tu ne peux te promettre aucun jour, accorde-toi avec ton adversaire pendant qu’il chemine avec toi, c’est-à-dire pendant qu’il est avec toi dans cette vie où tous passent et où demeure cet adversaire.

3. Quel est donc cet adversaire  ? Ce n’est pas le diable, car l’Écriture ne t’engagerait point à t’accorder avec lui. Il est donc un autre adversaire que l’homme lui-même a rendu son ennemi. D’ailleurs quand même le diable serait ton ennemi, on ne pourrait pas dire qu’il chemine avec toi.,Cependant pour t’accorder avec lui, il faut que ton adversaire chemine avec toi, car il sait que si tu ne t’entends avec lui sur la voie, il pourra te livrer au juge, le juge au ministre et le ministre te jeter en prison[4]. Ces paroles sont de l’Évangile et ceux qui les ont lues ou entendues se les rappellent comme nous.

Quel est donc ton adversaire,  ? La parole de Dieu  ; oui la parole de Dieu est ton adversaire. Pourquoi  ? Parce qu’elle ordonne le contraire de ce que tu fais. Elle dit  : « Ton Dieu est unique, adore un seul Dieu » Et toi, abandonnant Dieu, le légitime époux de ton âme, tu te livres à la fornication avec les démons. Ce qui est plus grave encore, tu ne parais ni abandonner ni répudier ouvertement ton époux, à la manière des apostats  ; tu demeures en quelque sorte dans sa maison, et tu accueilles des adultères  ; comme chrétien tu ne sors pas de l’Église, et tu consultes les devins, les aruspices, les augures, les sorciers  : âme prostituée, tu ne quittes pas la demeure de ton mari et tout en lui restant unie tu te souilles avec d’autres. On te dit : « Ne prends pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu » parce que le Christ a pris l’humanité créée, n’estime point qu’il soit une créature. Et tu le méprises quand il est égal au Père et un seul Dieu avec lui[5].

On te dit d’observer spirituellement le sabbat et non comme l’observent les Juifs  : ils gardent le repos du corps pour se livrer à leurs jeux et à leurs débauches. Ah ! mieux vaudrait que le Juif s’occupât utilement dans son champ que d’exciter des séditions au théâtre  ; mieux vaudrait que leurs femmes travaillassent la laine que de danser avec impudeur tout le jour sur leurs galeries. On te dit donc d’observer spirituellement le sabbat, dans l’espoir du futur repos que Dieu te promet. On peut se fatiguer sans doute lorsqu’on fait tout ce que l’on peut en vue dé ce repos. Si néanmoins on rapporte tout à la foi de ce repos promis, on le possède déjà, non en réalité, mais en espérance. Et toi, tu veux te reposer pour travailler, quand tu devrais travailler pour te reposer  ?

On te dit  : « Honore ton père et ta mère. » Et tu infliges à tes parents des injures que tu ne voudrais pas endurer de la part de tes enfants  ?

On te dit  : « Tu ne tueras point. » Et tu veux mettre à mort ton ennemi ; et si tu ne le fais pas, n’est-ce point la crainte du juge humain plutôt que la pensée de Dieu qui t’en détourne ? Ignores-tu que Dieu lit dans ton cœur et qu’il te voit homicide dans l’âme, quoique celui dont tu diffères la mort soit encore au nombre des vivants ?

On te dit  : « Tu ne commettras point d’adultère[6] » c’est-à-dire tu n’iras point à une femme autre que la tienne. Tu dois l’emporter en vertu sur une femme ; or là chasteté est une vertu. Et pourtant tu tombes au premier choc de la passion  ! Tu veux que ton épouse en triomphe, et tu gis vaincu  ! Tu es le chef de ta femme , et elle te précède devant Dieu  ! Veux-tu que dans ta maison la tête soit en bas  ? L’homme est le chef de la femme  ; mais partout où la femme est plus sage que l’homme, la tète de la maison est en bas. Si l’homme est le chef, sa vie doit être meilleure, il doit, par toutes sortes de bonnes œuvres, devancer sa femme et celle-ci devrait n’avoir qu’à imiter son mari, à suivre son chef. Le Christ est le chef de l’Église et il est commandé à l’Église de suivre son chef et de marcher sur ses traces ; ainsi dans toute famille l’homme est comme le chef et la femme comme le corps[7]. Où conduit le chef, là le corps doit suivre. Pourquoi donc ce chef veut-il aller où il ne veut pas être suivi par son épouse  ?

Parce que la parole divine donne ces ordres, elle est l’adversaire ; car les hommes ne veulent pas faire ce qu’elle commande. Et pourquoi dire qu’en donnant ces ordres la divine parole est l’adversaire  ? En parlant ainsi, ne le suis-je pas moi-même pour quelques-uns  ? Eh  ! que m’importe  ! Celui dont la crainte m’inspire de parler me fortifiera assez pour ne pas redouter les plaintes des hommes. Ceux qui ne veulent pas, et ils sont nombreux, garder la fidélité à leurs épouses, voudraient que je ne dise rien de ce sujet. Mais, qu’ils y consentent ou s’y opposent, j’en parlerai. Car si je ne vous engage point à vous accorder avec l’adversaire, je demeurerai moi-même en guerre avec lui. Celui qui vous commande d’agir, nous commande de parler. Si vous êtes ses adversaires en ne faisant pas ce qu’il vous commande de faire  ; nous resterons aussi ses adversaires en ne disant pas ce qu’il nous commande de dire.

4. Me suis-je beaucoup arrêté aux autres points que j’ai déjà touchés  ? Nous présumons de votre charité que vous adorez un seul Dieu. Nous présumons de votre foi catholique que vous croyez le. Fils de Dieu égal à son Père, et que vous ne prenez pas en vain le nom du Seigneur votre Dieu en regardant son Fils comme une créature. Toute créature en effet, est soumise à la vanité[8]. Vous croyez sans doute que le Fils de Dieu est égal à son Père, Dieu de Dieu, Verbe en Dieu, Verbe et Dieu par qui tout a été fait, lumière de lumière, éternel et unique comme Celui qui l’a engendré. Vous croyez que ce Verbe a pris une nature créée, qu’il a reçu de la Vierge Marie une nature mortelle, et qu’il a souffert pour nous. Nous lisons cela et nous le croyons pour être sauvés. Je ne me suis pas arrêté non plus à vous exciter à faire vos œuvres en vue de l’espérance à venir. Je sais que toute âme chrétienne s’occupe du siècle futur. N’y pas penser et n’être pas chrétien dans le but de recueillir ce que Dieu promet à la fin, c’est n’être encore pas chrétien.

Je ne me suis pas arrêté non plus à ce commandement divin  : « Honore ton père et ta mère. » La plupart honorent leurs parents et il est rare que nous recontrions des parents se plaignant de la méchanceté de leurs enfants. Il en est pourtant encore , mais c’est chose rare et il a fallu passer brièvement sur, ce point. Je n’ai pas voulu m’arrêter non plus à ce précepte « Tu ne tueras point. » Je ne crois pas voir ici une assemblée d’homicides.

J’ai dû m’occuper davantage d’un mal qui se répand au loin, d’un mal qui irrite au plus haut degré l’adversaire ; cet adversaire crie, mais c’est pour devenir ami. Ce sont chaque jour des plaine tes, et pourtant les femmes n’osent plus eu faire de leurs maris. Hélas  ! cette coutume funeste envahit tout, on l’observe comme une loi ; et les femmes ne sont-elles pas persuadées que ce qui leur est défendu ne l’est point à leurs maris  ? Elles apprennent que des femmes sont conduites au tribunal pour avoir été surprises peut-être avec des esclaves ; jamais elles n’ont entendu dire qu’un homme ait été traduit pour avoir été surpris avec une servante. Toutefois le péché est le même et ce qui fait paraître l’homme moins coupable quand il commet ce péché, ce n’est point la vérité divine, c’est l’humaine corruption. S’il voit aujourd’hui plus de mécontentement dans sa femme  ; si elle murmure avec plus de liberté, après avoir appris à l’Église que son mari ne peut ce qu’elle lui croyait permis  ; s’il voit, dis-je, sa femme se plaindre plus librement et lui dire  : Ce que tu fais n’est pas permis  ; nous avons entendu la même parole, nous sommes chrétiens, accorde-moi ce que tu exiges de moi  :je te dois la fidélité, tu me la dois, nous la devons tous deux au Christ  ; si tu me trompes, tir ne trompes pas notre commun Seigneur, celui qui nous a rachetés  ; si donc cet homme entend ces observations et d’autres semblables qu’il n’est pas accoutume à entendre, cri refusant de se guérir il devient furieux contre moi, il s’irrite, il maudit, peut-être ira-t-il jusqu’à dire  :Pourquoi cet autre est-il venu ici  ? Pourquoi ma femme est-elle allée ce jour-là à l’Église ? Je crois au moins qu’il pensera cela ; car il n’ose se plaindre hautement, n’y eût-il là que son épouse. S’il éclatait devant elle ne pourrait-elle pas répondre  : Pourquoi critiquer après avoir applaudi  ? Nous sommes époux ; comment pourras -tu t’accorder avec moi, si tu es en désaccord avec toi-même  ?

 Pour nous, frères, nous considérons vos dangers et non vos volontés. Quel médecin guérirait le malade, s’il faisait attention à sa volonté  ? Qu’on ne fasse donc pas ce qui n’est pas à faire, qu’on ne fasse pas ce que Dieu défend. Qui croit en Dieu, entend de lui ce que nous disons ici ; et s’il en est quelques-uns qui refusent de se corriger, mieux vaudrait pour eux sans aucun doute que nous ne soyons pas venus pour parler ainsi, ou qu’après être venus dans ce dessein nous ne l’exécutions pas.

5. Je me souviens de l’avoir dit avant-hier à votre sainteté  : si nous étions musiciens ou si nous montrions au public quelques-uns de ces spectacles auxquels prend goût votre légèreté et auxquels nous vous prions de renoncer, velus nous retiendriez, vous nous engageriez à vous donner un jour, et chacun concourrait aux honoraires selon ses moyens. Mais pourquoi mettre notre plaisir dans de vains chants qui ne sont d’aucune utilité et dont la douceur momentanée doit se changer pour toujours en amertume  ? Ces chants obscènes n’énervent-t-ils pas l’âme humaine en la flattant  ? Elle y perd son énergie pour se laisser aller à des turpitudes ; ces turpitudes la conduisent à la douleur, et il lui faut digérer avec un profond dégoût ce qu’elle a bu avec un plaisir éphémère. Ah  ! ne vaut-il pas mieux vous faire entendre aujourd’hui ce qui, désagréable pour le moment, vous remplira d’éternelles délices ? Pour toute récompense il nous suffit que vous fassiez ce que nous disons ; ou plutôt que vous ne le fassiez pas si c’est nous qui le disons. Mais si nous sommes simplement les organes de Celui qui ne craint personne et qui nous accorde, pour l’honneur de son nom et la gloire de sa miséricorde,de ne craindre personne nous-mêmes, puisque nous l’avons tous entendu, faisons tous ce qu’il dit, accordons-nous tous avec notre adversaire.

6. Figurez-vous que je suis un musicien. Que puis-je vous chanter encore  ? Voyez, je porte avec moi un psaltérion à dix cordes ; n’en avez-vous pas joué vous-mêmes avant que je prenne la parole  ? Vous êtes mon chœur de musiciens, car vous venez de chanter  : « O Dieu, je vous chanterai un chant nouveau, je vous célébrerai sur le psaltérion à dix cordes[9]. » Je touche maintenant ces dix cordes. Qu’y aurait-il de désagréable dans le son rendu par ce divin psaltérion ? « Je vous chanterai sur le psaltérion à dix cordes. »

Mais en chantant je ne vous dispense point d’agir.

Le décalogue comprend dix préceptes, distribués de façon que trois se rapportent à Dieu et sept aux hommes. J’ai rappelé déjà les trois premiers. Notre Dieu est unique, nous ne devons pas essayer de faire rien qui lui ressemble, ni prostituer un cœur qui lui est consacré. Il est le Dieu unique, car le Christ, Fils de Dieu, est un seul et même Dieu avec son Père. Aussi gardons-nous de le prendre en vain, de croire qu’il ait été t’ait ou qu’il soit une créature  ; car c’est par lui que toutes choses ont été faites, et il est un seul Dieu avec le Père et le Saint-Esprit. C’est dans le Saint-Esprit, le vrai Don de Dieu, que nous est promis l’éternel repos et nous en avons reçu un gage. Écoutez l’Apôtre  : « Pour gage il nous a donné l’Esprit[10]. » Mais si nous avons reçu ce gage, c’est pour commencer à être tranquilles dans le Seigneur notre Dieu, à être doux en notre Dieu et en lui patients. Ainsi nous serons éternellement en repos dans Celui qui nous a été donné pour gage, et par suite de ce même repos accordé ici par l’Esprit-saint, le repos éternel sera comme le sabbat des sabbats. Envisageons donc en un sens tout spirituel ce troisième précepte accompli charnellement par les Juifs.

Ce précepte appartient donc à l’Esprit- Saint pour ce motif Dieu a sanctifié le septième jour, après avoir achevé toutes ses œuvres, comme nous lisons dans la Genèse. Là en effet il n’est parlé de sanctification que le jour où il est dit  : « Dieu se reposa après ses œuvres[11]. » S’il est écrit : « Dieu se reposa après ses œuvres, » ce n’est pas qu’il fut fatigué  : c’est à toi qu’il promet le repos après le travail. Dieu a terminé d’abord ses excellentes œuvres , alors il est dit de lui qu’il s’est reposé  : entends par là qu’après tes bonnes œuvres tu te reposeras et que tu te reposeras éternellement. Après tout ce qui précède, c’est-à-dire après tous les autres jours il est parlé d’un soir : il n’en est pas fait mention après le septième, après le jour où.Dieu sanctifie le repos. Il est bien dit au commencement de ce jour : vint le matin ; il n’est pas dit : arriva le soir. Ce jour eut ainsi un matin sans avoir de soir, pour signifier qu’il n’aurait point de fin. Ici donc notre repos commence, comme le matin ; il ne finit point, car notre vie sera éternelle. Observer le sabbat, c’est rapporter toutes nos œuvres à cette espérance. Telle est la troisième corde de ce Décalogue, de ce psaltérion à dix cordes, dont les trois premières rappellent les préceptes relatifs à Dieu.

7. Après nous avoir dit  : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit » si l’on ne parlait pas du prochain, nous aurions un trichorde plutôt qu’un décachorde. Mais le Seigneur a ajouté : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » puis résumant tout  : « Ces deux préceptes renferment la loi et les prophètes[12]. » Toute la loi est comprise dans deux commandements  : l’amour de Dieu et l’amour du prochain. A l’amour de Dieu et à l’amour du prochain se rattache donc le Décalogue tout entier : A la première partie, les trois premières cordes, car Dieu est Trinité. Les sept autres cordes, à la seconde partie, à l’amour du prochain et à la manière de vivre parmi les hommes.

Cette seconde partie, avec ses sept commandements, comme avec sept cordes, commence à l’honneur dû aux parents. « Honore ton père et ta mère, est-il dit[13]. » C’est en effet sous le regard de ses parents que chacun ouvre les yeux, et cette vie est due à leur amour. Mais à qui pourra obéir celui qui ne sait honorer ses parents  ? — « Honore ton père et ta mère, reprend l’Apôtre, c’est le premier commandement[14]. » Comment le premier, puisqu’il est le quatrième  ? N’est-ce point parce qu’il est le premier des sept  ? Il est le premier de la seconde table, relative à l’amour du prochain. Voilà pour quel motif la loi a été gravée sur deux tables. Dieu donc sur le mont Sinaï, donna à son serviteur Moisé deux tables qui contenaient les dix préceptes de la Loi, c’est notre psaltérion à dix cordes ; sur la première étaient les trois commandements qui se rapportent à Dieu, et sur la seconde les sept qui concernent le prochain. Sur cette dernière on lisait donc  : premièrement  : « Honore ton père et ta mère  ; » secondement  : « Tu ne commettras point d’adultère  ; » troisièmement  : « Tu ne tueras point  ; » quatrièmement  : « Tu ne prendras point le bien d’autrui  ; » cinquièmement  : « Tu ne feras point de faux témoignage ; » sixièmement  : « Tu ne convoiteras point la femme de ton prochain  ; » septièmement  : « Tu ne convoiteras point le bien de ton prochain. » Pour chanter le cantique nouveau sur le psaltérion à dix cordes, joignons ces sept préceptes aux trois premiers qui regardent l’amour de Dieu ;

8. Que votre charité se rende attentive à ce que me suggère le Seigneur. Le peuple juif reçut cette loi, ce décalogue, et il ne l’observa point. Ceux qui la pratiquaient agissaient par crainte du châtiment, non par amour de la justice ils portaient le psaltérion, et ne chantaient. pas ; carte chant est un plaisir, la crainte un fardeau. Aussi le vieil homme ne fait pas le bien où il le fait par crainte ; non par amour de la sainteté, non par affection pour la chasteté, la tempérance, la charité, mais par crainte, C’est le vieil homme, et le vieil homme peut chanter le vieux cantique, pas le nouveau. Pour chanter le nouveau cantique, il faut qu’il devienne l’homme nouveau.

Mais comment devenir homme nouveau  ? Apprends-le, non de moi, mais de l’Apôtre. « Dépouillez, dit-il, le vieil homme et revêtez le nouveau. » Il craint toutefois que d’après ces mots  : « dépouillez le vieil homme et revêtez le nouveau, » quelqu’un ne vienne à s’imaginer qu’il faut réellement déposer une chose pour en reprendre une autre, tandis qu’il s’agit du changement de l’homme même. — C’est pourquoi il ajoute  : « Aussi quittant le mensonge, dites la vérité[15]. » Voilà ce que signifie  : « dépouillez le vieil homme et revêtez le nouveau  ; » c’est-à-dire, changez de mœurs  : vous aimiez le siècle, aimez Dieu  ; vous aimiez les futilités iniques, les plaisirs temporels, aimez le prochain. En agissant par amour, vous chantez le cantique nouveau  ; en agissant par crainte, vous agissez sans doute, vous portez le psaltérion, mais sans chanter, vous rejetez même ce psaltérion si vous n’observez pas les préceptes. Mieux vaut encore le porter que de le rejeter, mais aussi mieux vaut chanter avec plaisir que de le porter avec peine  ;et on ne chante le cantique nouveau qu’en le chantant avec plaisir, car on est encore sous le vieil homme lorsqu’on porte avec peine ce psaltérion.

Mais que dis-je, frères ? attention ! Être encore sous l’empire. de la crainte, c’est n’avoir pas fait l’accord avec son .adversaire  ; car on craint de voir Dieu venir et d’être damné. On n’aime pas encore la chasteté, on n’aime pas encore la justice et si l’on règle sa conduite, c’est qu’on redoute le jugement divin plutôt qu’on ne condamne la concupiscence qui fait sentir ses atteintes. On n’aime pas encore ce qui est hon  ; on n’a point encore de plaisir à chanter le cantique nouveau  : le vieil homme fait que l’on craint le châtiment, enfin on n’a point fait l’accord avec son adversaire.

9. En effet les hommes ainsi disposés succombent souvent à cette pensée  ; il disent  : Dieu ne devrait-il pas s’abstenir de nous menacer, de faire entendre par ses prophètes ce qui est de nature à détourner de lui  ? Ne devrait-il pas, avant de venir, user d’indulgence envers tous, pardonner à tous, venir ensuite et ne jeter personne dans l’enfer  ? Ainsi, parce que tu es injuste, tu veux que Dieu le soit ! Dieu veut te rendre semblable à lui, et tu travailles à rendre Dieu semblable à toi  ? Aime donc Dieu tel qu’il est, et non tel que tu veux qu’il soit. Car tu es mauvais et tu désires due Dieu soit comme toi plutôt que comme il est. Mais si tu l’aimes tel qu’il est, tu te corrigeras, et tu soumettras ton cœur à cette règle dont s’écarte aujourd’hui ta difformité. Aime Dieu tel qu’il est, chéris le tel qu’il est  : pour lui il ne t’aime pas, il te hait plutôt tel que tu es. Sa compassion consiste à te haïr tel que tu es pour te rendre ce que tu n’es pas encore et non ce qu’il est lui-même ; il ne promet pas en effet de te rendre ce qu’il est.

Il est vrai, tu seras ce qu’il est, mais dans une certaine mesure  ; tu l’imiteras comme le peut une image, mais une image bien différente de son Fils. Parmi nous en effet il y a images et images. Un fils est l’image de son père, il est ce qu’est son père, homme comme lui. Mais ton image dans un miroir est bien loin de toi. Elle est autrement dans ton fils et autrement dans un miroir. Elle est en ton fils dans l’égalité d’une même nature ! Qu’elle est loin, dans un miroir, d’avoir ta nature et cependant c’est ton image, si différente qu’elle soit de celle que porte ton fils. L’image de Dieu dans la créature est aussi fort différente de ce qu’elle est dans son Fils, dans son Fils qui est son égal, le Verbe même de Dieu par qui tout a été fait. Reçois donc cette divine ressemblance que tu as perdue par tes crimes. L’image de l’Empereur n’est-elle pas aussi sur la monnaie autrement que dans son fils  ? Il y a image de part et d’autre  ; mais elle est imprimée différemment sur la monnaie, différemment dans le fils  ; il y a aussi sur un sou d’or une autre image de l’Empereur. Et toi, tu es la monnaie de Dieu ; mais tu l’emportes sur la monnaie proprement dite, parce que tu as l’intelligence et une sorte de vie, parce que tu peux connaître Celui dont tu portes l’image et à l’image de qui tuas été créé ; au lieu que ta monnaie ignore qu’elle est ornée de l’image de l’Empereur.

 Dieu donc, comme j’avais commencé à le dire, te hait tel que tu es, mais il t’aime comme il veut que tu sois  ; aussi t’excite-t-il à changer. Accorde-toi avec lui  ;commence par bien vouloir et par te haïr tel que tu es  : oui commence ta paix avec la parole de Dieu en commençant à te haïr tel que tu es. Après avoir commencé à te haïr tel que tu es et tel que Dieu. te hait, tu commenceras déjà à l’aimer lui-même tel qu’il est.

10. Considère un malade. Il se hait en tant que malade et par là il commence à s’entendre avec le médecin, qui le hait aussi comme malade. Si en effet il combat en lui la fièvre, c’est qu’il vent le guérir  ; il lutte contre le mal, pour en délivrer celui qui l’endure, L’avarice et l’amour déréglé, la haine et la concupiscence, la luxure et la folie des spectacles sont aussi comme les fièvres qui dévorent ton âme, et tu dois les haïr avec le médecin. En cela tu es d’accord avec lui, tu joins tes efforts aux siens, avec plaisir tu écoutes ses ordonnances, tu les suis avec plaisir et tu commences à aimer tes devoirs à mesure que ta santé se rétablit.

Combien il en coûte aux malades de prendre de la nourriture  ! Il préfèrent le moment de leur accès au moment où il faut manger. Cependant ne s’efforcent-ils pas comme le veut le médecin  ? et malgré toute leur répugnance il se domptent pour accepter quelque chose. Mais une fois guéris, quel plaisir ils éprouveront à manger ce que dans leur maladie ils peuvent toucher à peine ! Et d’ou vient cette victoire remportée par eux  ? De ce qu’ils haïssaient leur fièvre, aussi bien que la haïssait le médecin, de ce que médecin et malade la combattaient ensemble.

Nous aussi, lorsque nous parlons de la sorte, nous ne détestons que vos vices  ; ou plutôt ils sont détestés en nous par cette parole de Dieu avec laquelle vous devez vous entendre. Hélas que sommes-nous ; sinon des malheureux qui avons besoin d’être délivrés avec vous et avec vous guéris  ?

11. Ne me regardez donc plus, considérez seulement la divine parole et ne vous emportez point contre ce remède salutaire. Je n’ai point trouvé d’autre transition, et me voici arrivé à la cinquième des dix cordes de mon psaltérion. Devais-je ne point toucher cette cinquième corde  ? Je dois au contraire la faire résonner sans interruption. Ici effectivement je vois le genre humain abattu presque tout entier  ; je le vois ici (46) plus malade. Que dire en frappant cette corde  ? Ne commettez point d’adultère au mépris de vos épouses, puisque vous ne voulez point qu’elles en commettent au mépris de vous-mêmes. N’allez point où vous n’aimez pas qu’elles vous suivent. Vaine excuse que de dire  : Est-ce que je vais à une femme étrangère  ? je me contente de ma servante Veux-tu donc que ton épouse puisse te dire  : Je ne vais point au mari d’une autre  ; mon serviteur me suffit. Tu dis : celle que je fréquente n’appartient à aucun homme. Veux-tu qu’on te réponde : Celui que je fréquente n’appartient à aucune femme ? A Dieu ne plaise que ton épouse tienne ce langage ! Mieux lui vaut de te plaindre que de t’imiter. Elle est une femme chaste, sainte et vraiment chrétienne ; elle gémit de l’inconduite de son mari  ; elle en gémit ; non par amour charnel mais par charité. Si elle ne consent pas à tes désordres, ce n’est point parce quelle s’en garde elle-même, mais parce qu’ils te sont nuisibles. Car si elle ne s’en abstenait que pour te porter à t’en abstenir, elle s’y livrerait dès que tu t’y livres. Elle doit à Dieu, elle doit au Christ ce que tu exiges d’elle, elle te l’accordera pour ce motif  ; et malgré tes adultères elle observe pour Dieu la chasteté que Dieu lui commande.

Le Christ en effet parle au cœur des saintes femmes, il leur parle dans ce sanctuaire intime où n’entend rien l’oreille d’un homme débauché, parce qu’il n’est pas digne d’y entendre ; le Christ leur parle donc intérieurement, et il adresse à sa fille ces paroles consolantes : Tu souffres des injures que te fait ton époux  ; quel n’est pas en effet son crime contre toi  ? Plains-le, mais ne l’imite pas : ne fais point le mal qu’il fait, amène-le à faire le bien comme toi. Dans ses égarements ne le considère point comme ton chef, mais plutôt moi qui suis ton Dieu. S’il était ton chef dans ses égarements, comme le corps doit suivre la tète, vous vous précipiteriez tous deux dans l’abîme. Le corps ne doit donc pas suivre son chef tant qu’il est mauvais, il doit s’attacher au Christ, le chef de toute l’Église. Une femme lui doit sa chasteté, elle doit lui conserver son honneur  ; que son mari soit absent ou présent, elle ne pèche pas, car il ne s’absente jamais Celui à qui elle doit de rester sans péché.

12. Voilà donc, mes frères, ce que vous devez faire pour vous accorder avec votre adversaire. Il n’y a point d’amertume dans ce que je dis, et s’il y en a, elle est salutaire. Tout amère que soit cette potion, qu’on la boive  ; si elle est amère, c’est que les entrailles sont malades. Qu’on la boive donc  : mieux vaut un peu d’amertume dans la bouche qu’un éternel tourment. dans les entrailles. Changez : vous qui ne pratiquez point cette belle chasteté, pratiquez-la désormais. Ne dites pas  : C’est impossible. Il est honteux, mes frères, il est humiliant pour un homme de dire impossible ce que l’ait une femme. C’est un crime pour un homme de dire  : Je ne puis pas  ; je ne puis pas ce que peut une ; femme  ! N’a-t-elle point un corps de chair  ? N’a-t-elle pas été, la première, séduite par le serpent  ? Vos chastes épouses vous montrent qu’il est possible de faire ce que vous ne voulez pas  : et vous dites que c’est impossible  ?

Mais objecteras-tu, elle a plus de facilité parce qu’elle est environnée de nombreux gardiens, le commandement de Dieu, la vigilance de son mari, la peur même des lois publiques . il n’y a pas jusqu’à la réserve et la pudeur de son sexe qui ne soient pour elle un fort rempart. — Si ces secours nombreux rendent `une femme plus chaste, que l’homme trouve au moins dans son caractère la force de pratiquer la chasteté. Si la femme a reçu des secours plus abondants, c’est qu’elle est plus faible. Elle rougit devant son mari, et tune rougis pas devant le Christ  ? On te laisse libre, parce que tu es plus fort  ; on te laisse à toi-même, parce qu’il t’est plus facile de remporter la victoire. Je vois veiller sur elle l’œil du mari, la menace des lois, la coutume et plus de réserve naturelle  : sur toi je ne vois que Dieu, Dieu seul. Il n’est que trop facile, hélas ! de rencontrer dès hommes qui se ressemblent et devant lesquels tu n’as point à rougir parce qu’ils font ce que tu fais. Telle est même la corruption de l’humanité, qu’on peut craindre de voir un homme chaste rougir devant des impudiques. Aussi je ne cesse de frapper sur cette cinquième corde  ; la coutume perverse et comme je l’ai déjà dit, la corruption de tout le genre humain m’en font un devoir

Si, ce qu’à Dieu, ne plaise, on commet un meurtre au milieu de vous, vous voulez chasser le coupable de son pays, le bannir à l’instant même, quand il est possible. Vous détestez le voleur et refusez de le voir. Un faux témoin est pour vous un objet d’abomination, il ne vous parait plus un homme. Oit estime comme un ravisseur et un injuste celui qui convoite les propriétés d’autrui. On aime au contraire et on caresse celui qui se prostitue ‘avec ses servantes ; ici le crime n’est qu’un jeu  ; et s’il se rencontre un homme qui se prétende chaste, exempt d’adultère et le soit manifestement, il rougit de paraître devant qui ne l’imite point, il craint d’être insulté, tourné en dérision et de passer pour n’être pas un homme. Ainsi la perversité humaine en est venue à faire considérer comme un homme celui qui est vaincu par la passion, tandis qu’elle regarde comme n’en étant pas un celui qui en est vainqueur. Les uns tressaillent de leur victoire et ils ne sont pas des hommes  ! les autres demeurent abattus dans la défaite et ils sont des hommes  ! Si tu étais au spectacle, le gladiateur étendu sous les pieds du lion te paraîtrait donc plus fort que le gladiateur qui fait tomber le lion sous son glaive

13. Mais vous refusez la lutte intérieure et vous aimez les combats extérieurs : c’est pourquoi vous n’êtes pas du cantique nouveau où il est dit « C’est lui qui forme mes mains au combat et mes doigts à la guerre[16]. » Il est une guerre que l’homme se fait à lui-même, lorsqu’il met un frein à l’avarice, lorsqu’il brise l’orgueil, qu’il étouffe l’ambition et qu’il égorge l’impureté. Livre ces secrets combats et à l’extérieur tu n’éprouveras point de défaite. C’est pour ce motif qu’on forme vos mains à la lutte et vos doigts à la guerre. On ne voit rien de pareil sur vos théâtres. Là en effet le gladiateur est différent du musicien, l’un ne fait pas ce que fait l’autre. Dans nos divins spectacles, au contraire, les fonctions sont les mêmes. En touchant le décachorde tu mets à mort les lions, tu fais deux aloses en même temps. Tu touches la première corde en adorant Dieu ; je vois tomber la superstition. Tu touches la seconde corde en ne prenant pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu  ; je vois tomber les fausses et abominables hérésies qui ont fait de lui une créature. Tu touches la troisième corde en faisant toutes tes couvres en vue de l’éternel repos, et le plus cruel de tous tes ennemis, l’amour de ce siècle rend le dernier soupir. Cet amour.en effet inspire les hommes dans toutes leurs entreprises. Pour toi, agis constamment, non pour l’amour de ce monde, mais pour l’éternel repos que Dieu nous promet Reconnais donc comment en touchant les cordes tu mets à mort ton ennemi ; comment tu es à la fois musicien et gladiateur. Et vous n’aimez peint cette sorte de spectacles où nous attirons, non les regards du spectateur, mais les regards du rédempteur ?

« Honore ton père et ta mère. » C’est la quatrième corde  ; en la touchant, en honorant tes parents, tu fais tomber l’impiété. « Tu ne commettras point d’adultère. »Touche cette cinquième corde, et voilà que tombe l’amour impur. « Tu ne tueras point. » Touche cette sixième corde, c’est la mort de la cruauté. « Tu ne déroberas point. » En touchant cette septième corde, tu mets fin a l’instinct rapace. «Tu ne feras point de faux témoignage. » En frappant sur cette huitième corde, tu fais tomber le mensonge. « Tu ne convoiteras pas l’épouse de ton prochain. » Frapper sur cette corde, c’est détruire toute pensée adultère  ; car autre chose est de manquer à ce que l’on doit à sa femme et autre chose de désirer la femme d’autrui. Aussi y a-t-il deux préceptes ; celui de ne pas commettre d’adultère, et celui de ne pas convoiter l’épouse d’autrui. « Tu ne convoiteras pas le bien de ton prochain. » Touche cette dixième corde et voilà toute cupidité renversée. En faisant tomber de cette manière tous les vices, tu vivras avec sécurité et avec innocence dans l’amour de Dieu et dans la société des hommes. Mais en touchant ces dix cordes, combien d’autres vices anéantis ! Car chacun de ces vices en comprend beaucoup d’autres  ; et frapper une corde c’est frapper des multitudes entières. — Voilà donc comment tu pourras chanter le cantique nouveau avec amour et non avec crainte.

14. Ne dis point, lorsque tu veux t’abandonner à quelque acte d’impureté  : Je n’ai pas d’épouse, je fais ce qu’il me plaît, je ne manque point à ma femme. Ne sais-tu pas à quel prix tu as été racheté, de qui tu t’approches, ce que tu manges, ce que tu bois, ou plutôt qui tu bois et qui tu manges  ? Évite toute espèce de fornication et ne me dis pas  : Je vais aux lieux publies ; c’est une fille de j oie, une prostituée que je fréquente. Je ne viole point le précepte qui défend l’adultère  ; puisque je n’ai point d’épouse je ne l’outrage point. Je n’enfreins pas non plus le précepte qui interdit de convoiter la femme de son prochain. : en fréquentant une fille publique, quelle est la loi que je blesse  ?

Ici , mes frères, ne trouverons-nous pas une corde à toucher, n’en trouverons-nous pas une  ? Comment retenir ce fugitif  ? Arrête, voici pour l’enchaîner. Cependant aime, et ce ne sera point une chaîne mais un ornement. Jusqu’alors en effet nous n’avons point trouvé de chaînes, nous  n’avons vu que des ornements dans le décachorde. Ses dix préceptes se rapportent en effet, comme nous l’avons entendu, au double commandement de l’amour de Dieu et du prochain ; et ces deux derniers à cet autre : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse[17]. » Dans ce seul précepte sont compris et les dix et les deux.

15. Tu diras  : En dérobant je fais ce que je ne veux pas endurer  ; je le fais aussi en mettant à mort. Si je refuse d’honorer mes parents comme je veux être honoré de mes enfants, je fais ce que je ne veux pas souffrir  ; je le fais aussi en commettant ou en essayant de commettre quelque adultère, car il n’est personne qui consente à ce que son épouse en commette. En convoitant la femme de mon prochain, je ne veux pas que fon convoite la mienne et je fais ce que je ne veux pas qu’on me fasse. En convoitant aussi ce qui appartient à mon prochain, je ne veux pas qu’on dérobe mon propre bien et je fais à autrui ce que je ne veux pas pour moi. Mais si je vais à une fille de joie, qui en souffre  ? Qui  ? Voici ce qui est plus grave, c’est Dieu même.

Votre sainteté le comprendra. Cette recommandation  : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse, » se rapporte à deux préceptes. Comment  ? Si tu ne fais pas à un homme ce que tu ne veux pas endurer de la part d’un homme, tu observes le commandement qui concerne le prochain, l’amour du prochain, les sept cordes. Mais si tu veux faire à Dieu même ce que tu ne voudrais pas endurer de la part d’un simple mortel, quoi  ?ne fais-tu pas à autrui ce que tu ne veux pas souffrir  ? Préfères-tu l’homme à Dieu ?

Comment, dis-tu, puis-je faire souffrir Dieu même ? — En te corrompant ? - Et comment puis-je outrager Dieu en me corrompant  ? — De la même manière que t’outragerait celui qui s’aviserait de lapider le tableau où est peinte ton image, vaniteuse me fit appendue dans ta demeure, également incapable de sentir, de parler et de voir. Ne serait-ce pas t’injurier que de la lapider  ? Et quand par les impuretés et les débordements de la passion tu corromps l’image de Dieu, qui n’est autre que toi-même ; tu observes que tu n’as point fréquenté la femme d’autrui,, que tu n’as point manqué à ta propre femme, que tu n’as point de femme  ! Tu ne vois donc pas de qui tes passions déréglées et tes débauches ont souillé l’image  ? Dieu sait ce qui peut t’être utile ; c’est vraiment pour leur avantage et non pour le sien qu’il gouverne ses enfants  ; il n’a pas besoin de leurs secours, c’est à toi que l’appui du Seigneur est indispensable. Or ce Dieu qui connaît ce qui t’est nécessaire, t’a accordé une épouse, rien de plus. Ce qu’il défend, ce qu’il interdit, c’est que des plaisirs coupables ne renversent point son temple, et tu as commencé à devenir ce temple. Est-ce moi qui parle ainsi ? Écoutez l’Apôtre  : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » C’est à des Chrétiens, c’est à des fidèles qu’il adresse ce langage  : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu. et que l’Esprit de Dieu habite en vous  ? Or, si quelqu’un détruit par la corruption le temple de Dieu, Dieu le détruira[18]. » Voyez quelle menace ! Tu ne veux point qu’on renverse ta maison , et tu renverses la maison de Dieu  ? Tu fais sûrement à autrui ce que tu ne veux pas endurer.

Ainsi point d’échappatoire  : voilà retenu celui qui croyait ne pouvoir l’être. Tous les péchés des hommes sont des actes qui corrompent ou des crimes qui nuisent. Parce que tu ne peux nuire à Dieu par tes crimes, tu l’offenses par tes impuretés, tu l’outrages par la corruption, tu l’injuries en toi-même ; car tu insultes à sa grâce, tu violes sa demeure.

16. Si tu avais un serviteur, tu voudrais qu’il te servit  : sers donc un Maître meilleur, sers ton Dieu. Tu n’as point créé ton serviteur, c’est Dieu qui t’a créé comme lui. Tu veux être servi par celui avec qui tu as été formé et tu ne veux pas servir Celui qui t’a formé  ? Mais en exigeant le service de cet homme, sans vouloir servir le Seigneur ton Dieu, ne fais-tu pas à Dieu ce que tu ne veux pas souffrir  ?

Ainsi donc ce précepte unique en renferme, deux, ces deux en comprennent dix, et ces dix, tous les autres. Chantez donc le cantique nouveau sur le psaltérion à dix cordes  ; et pour chanter ce’ chant nouveau, soyez des hommes nouveaux Aimez la justice  : elle a sa beauté. Si vous ne voulez , point la contempler, c’est gaie vous ne l’aimes pas  ; car vous la verriez si vous n’aimiez pas, autre chose. Pourquoi loues-tu la fidélité lorsque tu la réclames de ton serviteur  ? C’est une belle chose que la fidélité  ! Mais tu la trouves belle quand tu la demandes à ton serviteur ; tu la vois quand tu la revendiques, et quand on la requiert de toi tu ne la vois plus. Tu vois l’or, tu ne vois pas la fidélité ; mais autant brille l’or aux yeux du corps, autant brille la fidélité aux regards de l’esprit. Tu lui ouvres ces yeux du cœur quand tu veux que ton serviteur la pratique envers toi. S’il le fait, tu le loues, tu l’exaltes, tu t’écries  : J’ai un bon, j’ai un grand, j’ai un fidèle serviteur. Et tu ne rends pas hommage à Dieu de ce que tu loues dans ce serviteur ! Ce qui ajoute à ton crime, c’est que tu exiges de lui ce que tu n’accordes pas à Dieu ; car c’est Dieu qui lui ordonne d’être bon envers toi. Il commande à ton épouse de ne pas commettre l’adultère lors même que tu t’en rendrais coupable, ainsi il commande à ton serviteur de t’obéir, quand même tu n’obéirais pas à ton Seigneur.

Fais en sorte néanmoins, que tout ceci aide à t’instruire, non à te perdre. C’est pour, Dieu et non pour toi que ce serviteur sert un indigne, c’est-à-dire fait bien et fidèlement son service et l’aime sincèrement malgré ton dignité. Accomplis donc ce qui est dit  : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse[19]. » Mais par autrui entends à la fois Dieu et le prochain. Chanté surie psaltérion à dix cordes, chante le cantique nouveau. Accorde-toi avec la parole de Dieu tant qu’elle chemine avec toi. Accorde-toi au plus tôt avec ton ennemi afin qu’aucun différend ne t’amène devant le juge. En faisant ce qui t’est dit, tu t’entends avec lui  ; en ne le faisant pas, tu contestes et tu ne pourras t’accorder qu’en te soumettant.

17. Pour vous accorder, éloignez-vous de ces détestables impuretés, des études détestables, des astrologues et des aruspices, des sorciers, des augures et des sacrilèges  ; éloignez-vous aussi, autant que possible, des folies des spectacles. Si parfois les plaisirs du siècle se glissent dans votre âme, exercez-vous à la miséricorde, exercez-vous au jeûne, à la prière. On se purifie, par ces moyens, des péchés de chaque jour dont ne peut se défendre l’humaine fragilité. Ne méprise pas ces péchés parce qu’ils sont petits  ; redoute-les parce qu’ils sont nombreux.

Soyez attentifs, mes frères. Ces péchés sont petits, ils ne sont pas graves. Tous les animaux n’ont pas la taille du lion, pour pouvoir égorger d’un coup de dent. Mais n’arrive-t-il pas souvent aux plus faibles insectes de donner la mort quand ils sont en grand nombre  ? Qu’un homme soit jeté dans un lieu rempli de moustiques, n’y meurt-il pas  ? Ces insectes sont faibles  ; mais faible est aussi la nature humaine et elle peut succomber sous les atteintes de ces chétifs insectes. Ainsi en est-il des péchés légers. Vous dites qu’ils sont légers  : songez qu’ils sont multipliés. Qu’y a-t-il de plus léger que les grains de sable ? Jetez-en abondamment dans un navire, il coule à fond. Qu’y a-t-il de plus petit que les gouttes de pluie  ? Néanmoins elles remplissent les fleuves et renversent nos demeures. Ne méprisez donc pas les péchés légers.

Vous direz  : Qui peut en être préservé dans cette vie  ? Il est vrai, personne ne peut en être exempt. Dieu toutefois t’interdit ce langage, car en considération de notre fragilité, il a, dans sa miséricorde, préparé des remèdes. Quels sont-ils ? L’aumône, le jeûne, la prière  : trois. Mais pour rendre sincère ta prière, tu dois faire de parfaites.aumônes. En quoi consistent les aumônes parfaites  ? A donner de ton abondance à qui n’a pas  ; à pardonner à qui te blesse.

18. Néanmoins, frères, gardez-vous de croire que l’on doive chaque jour commettre l’adultère, pour l’expier chaque jour par l’aumône. L’aumône de chaque jour ne suffit pas à effacer ces sortes de fautes. Autre chose est ce que tu dois changer dans ta vie  ; et autre chose ce que tu dois y tolérer. Que dois-tu changer  ? Si tu étais adultère, ne le sois plus  ; fornicateur, ne le sois plus  ; homicide, ne le sois plus ; si tu fréquentais l’astrologue et les autres misérables également sacrilèges  ; assez  ! Penses-tu qu’en continuant tu pourrais expier ces crimes par l’aumône de chaque jour  ? J’entendais, par péchés de chaque jour, ceux qui se commettent aisément par la langue  ; ainsi une parole dure, un rire immodéré, des légèretés de ce genre où l’on tombe chaque jour.

Les péchés se glissent même dans les œuvres permises. N’avoir pas uniquement en vue la génération des enfants, lorsqu’on s’unit à son épouse, c’est péché  ; car c’est s’écarter du but assigné au mariage par la loi civile elle-même. Pour engendrer des enfants, dit-elle. Vouloir donc user du mariage au delà de ce que nécessite la génération, c’est péché, et ce sont des péchés de cette sorte qu’effacent les aumônes de chaque jour. Sans aucun doute les aliments sont permis  ; néanmoins il y a péché à excéder la mesure, à prendre au delà du nécessaire. Ces fautes se renouvellent chaque jour  ; elles n’en sont pas moins des fautes, et leur multitude ne permet pas de les regarder comme légères  ; et parce qu’elles se reproduisent chaque jour en grand nombre, il faut redouter la ruine qu’elles entraîneraient, non par leur gravité, mais par (50) leur quantité. C’est de ces péchés que nous disons, mes frères, qu’on peut les expier par les aumônes de chaque jour. Faites donc des aumônes sans interruption. Considérez combien de péchés, je dis de péchés légers, souillent chaque jour votre vie.

19. Or quand tu fais l’aumône, n’y mets point d’orgueil ; ne prie pas non plus comme priait ce Pharisien. Que dit-il alors ? « Je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de ce que je possède[20]. » Mais le sang du Seigneur n’était point alors répandu. Pour nous qui avons reçu un si haut prix, nous ne donnons même pas ce que donnait le Pharisien. Le Seigneur toutefois dit ailleurs en termes exprès : « Si votre justice n’est plus abondante que celle des Scribes et des Pharisiens, vous n’entrerez point dans  le royaume des cieux[21]. » Ainsi, ceux-là donnent la dîme, et si tu donnes la centième partie tu te vantes d’avoir fait quelque chose de grand ! Tu considères ce qu’un autre ne fait pas, au lieu de te rappeler ce que Dieu exige. Tu te juges en te comparant à un pire, non en te rappelant les ordres d’un meilleur. Si ce pire ne fait rien, s’ensuit-il que tu fasses quelque chose de grand  ? Telle est, hélas  ! votre stérilité, que les moindres actes de votre part inspirent de la joie et parce qu’on est heureux du peu que vous faites, vous êtes comme en sûreté, vous vous flattez de quelques petites aumônes et vous perdez de vue des montagnes de péchés ! Peut-être as-tu fait paraître je ne sais quelle petite bonne œuvre qu’un autre n’a point produite ou qu’il n’a point montrée après l’avoir faite. De grâce, ne considère point qui n’a pas fait son devoir, mais ce que Dieu exige de toi.

Pourquoi enfin, quand il s’agit des intérêts de ce siècle, ne vous suffit-il pas de devancer ceux qui ont moins que vous  ? Pourquoi voulez-vous être riches, riches comme sont les plus riches que vous  ? Vous ne considérez pas combien de pauvres vous surpassez  ; vous voulez vaincre ceux dont la fortune l’emporte sur la vôtre : Dans les aumônes, on garde, hélas  ! autrement la mesure. Combien j’en fais  ! dit-on en parlant des aumônes  ; et l’on ne dit pas, en parlant des riches  : Combien mon opulence l’emporte sur la fortune de plusieurs  ! On ne considère pas les besoins d’innombrables indigents, on ne regarde pas quelles troupes de pauvres l’on devance  ; on voit plutôt le petit nombre des riches qui l’emportent sur soi. Pourquoi en fait de bonnes œuvres ne considère-t-on pas ce Zachée qui donna aux pauvres la moitié de ses biens[22]  ? Mais nous sommes réduits à souhaiter que l’on fasse attention à ce Pharisien qui donnait la dîme de tout ce qu’il possédait.

20. Ne ménage pas tes trésors périssables, tes vains trésors. Ne travaille point à accroître ta fortune sous prétexte de piété. Je la conserve pour mes enfants ; on s’excuse souvent ainsi  : Je la conserve pour mes enfants. Voyons  : ton père conserve pour toi, tu conserves, toi, pour tes enfants, tes enfants pour leurs enfants et ainsi de suite sans qu’aucun pratique les commandements divins. Pourquoi plutôt ne pas tout offrir à Celui qui t’a fait de rien ? N’est-ce pas lui qui te nourrit, toi et tes enfants, de ce qu’il a créé lui-même ? Impossible de léguer à tes fils un meilleur patrimoine que ton Créateur. Les hommes souvent sont donc menteurs. Es rougissent de paraître avares ; ils veulent se couvrir du nom de la piété, se justifier et paraître garder pour leurs enfants ce que ; réellement ils gardent par avarice.

Vous pouvez vous convaincre que la plupart du temps il en est ainsi. On dit de quelqu’un : Pourquoi ne fait-il pas l’aumône ? C’est qu’il conserve pour ses enfants. Il en perd un  ; si donc il conservait réellement pour eux, qu’il envoie la part à celui-là. Pourquoi la conserve-t-il dans sa bourse et oublie-t-il le défunt ? Donne-lui ce qui est à lui ; donne-lui ce que tu conservais pour. lui. Il est mort, répond-il. Mais il est près de Dieu, ; tu dois sa part aux pauvres, tu la dois à Celui près de qui il t’a précédé  ; tu la dois au Christ, car c’est près de lui qu’il est maintenant et le Christ a dit lui-même  : « Ce que l’on fait à l’un de ces derniers, on me le fait ; et ce que l’on ne fait pas à l’un d’eux, on ne me le fait pas[23]. » Que réponds-tu ? Je garde pour ses frères. Si l’autre était vivant, ne partagerait-il pas avec ceux-ci ? Quelle foi morte ! Oui, ton fils est mort, et quoique tu en dises, tu lui dois après sa mort ce que tu lui gardais pendant sa vie. Mon fils est mort, et je conserve sa part pour ses frères. Tu crois donc qu’il est mort  ? Il est mort, si le Christ n’est pas mort pour lui ; mais si tu as la foi, ton fils est vivant. Il vit sans aucun doute ; il n’est point perdu, il est en avant.

De quel front paraîtras-tu devant lui, après ne lui avoir pas envoyé sa portion, dans le ciel ? Ne peut-on en effet l’y envoyer  ? On le peut sûrement. Écoute le Seigneur lui-même  : « Amassez-vous des trésors dans le ciel.[24] » Si dans le ciel le trésor est mieux en sûreté, ne faut-il pas l’envoyer à ton fils ? Si tu l’envoies il ne sera point perdu et on le conservera ici où il peut se perdre, sans l’envoyer là haut où le Christ en sera le gardien  ? Tu confies à tes hommes d’affaires la part de ce fils qui est parti, et tu ne la confies pas au Christ près de qui il est  ? Jugerais-tu ton procureur plus sûr que le Christ ?

29. Vous le voyez, frères, c’est un mensonge de dire  : Je conserve pour mes enfants. Oui, mes frères, c’est un mensonge ; ces hommes sont avares. Qu’ils rougissent au moins maintenant de taire, ce qu’ils sont, et qu’ils fassent l’aveu qui leur répugne  : qu’ils répandent, qu’ils vomissent en quelque sorte ce qu’ils ont sur le cœur. Leur conscience est chargée d’iniquité ; qu’ils vomissent en le confessant, mais qu’ils n’imitent point cet animal qui reprend ce qu’il a vomi.

Soyez chrétiens, c’est peu d’en porter le nom. Combien donnez-vous pour des histrions ? Combien pour des gladiateurs  ? Combien pour des femmes d’ignominie  ? Vous leur donnez pour vous tuer. Si vous luttiez follement à qui conservera davantage, vous ne seriez point pardonnables. Lutter follement à qui conservera davantage, c’est avarice ; à qui donnera davantage, c’est profusion. Dieu ne te veut ni avare ni prodigue. Il veut que tu places ton avoir, non que tu le jettes. Vous luttez à qui l’emportera dans le mal, sans avouer quel est le plus mauvis d’entre vous, et vous dites  : Nous sommes chrétiens. Pour capter la faveur du peuple vous prodiguez vos biens ; vous les gardez contre les ordres du Christ.

Voyez, le Christ ne commande pas, il prie, il est dans le besoin. « J’ai eu faim, dit-il, et vous ne m’avez pas donné à mener[25]. » Pour l’amour de nous il a voulu être dans le besoin ; il a voulu vous obtenir la grâce de semer en quelque sorte ses dons terrestres, afin que vous puissiez moissonner la vie éternelle. Ne vous laissez aller ni à la paresse ni à une fausse sécurité. Corrigez vos mœurs, rachetez vos péchés, et après l’avoir fait, rendez grâces à Dieu qui vous a accordé de vivre chrétiennement. Mais en lui rendant grâces, gardez-vous d’insulter à quine vit pas encore convenablement  : encouragez-le plutôt par votre conduite.

A ces conditions votre justice sera aussi parfaite qu’elle peut l’être dans ce monde. Vivez dans les bonnes œuvres, dans la prière, dans le jeûne, dans l’aumône, pour effacer les péchés légers ; et abstenez-vous des péchés graves dont nous avons parlé  : ainsi vous vous accorderez avec votre adversaire et vous pourrez dire sans crainte  : « Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés[26]. » Si vous avez chaque jour à pardonner, vous avez besoin aussi qu’on vous pardonne chaque jour. En marchant d’un pas assuré dans la voie véritable, vous ne redouterez point les attaques du diable  : car c’est le Christ qui s’est fait lui-même la voie et la grande route par laquelle il nous conduit à la patrie. Là on jouit d’une plaine sécurité, d’un entier repos  : il n’y aura plus d’œuvres de miséricorde, car il n’y aura plus tee malheureux à secourir. Ce sera donc le Sabbat des sabbats, et nous y trouverons ce que nous cherchons ici. Ainsi soit-il.



[1] Ex 20, 1-17 – Ps 143, 9.

[2] Ps 85, 16 ; 154, 8.

[3] Is 42, 14.

[4] Mt 5, 25.

[5] Ep 2,6-11 ; Hb 1,2-4 ; Jn 1,1-18. Jn 5,18 ; Jn 10,30-38.

[6] Ex 20, 1-14.

[7] Ep 5, 23.

[8] Rm 8, 20.

[9] Ps 143, 9.

[10] 2 Co 1, 22.

[11] Gn 2, 3.

[12] Mt 22, 37-40.

[13] Ex 13, 12.

[14] Ep 6, 2.

[15] Ep 4, 22-25.

[16] Ps 143, 1.

[17] Tb 4, 15.

[18] 1 Co 3, 16-17.

[19] Tb 4, 15.

[20] Lc 18, 12.

[21] Mt 5, 20.

[22] Lc 19, 8.

[23] Mt 25, 40.46.

[24] Mt 6, 20.

[25] Mt 25, 42.

[26] Mt 6, 12.

Par Olivier Rolland - Publié dans : Commentaires de l'Ecriture
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Samedi 16 mai 2009 6 16 /05 /2009 13:09

Veni Sancte Spiritus

 

Viens, Esprit-Saint, en nos cœurs,

et envoie du haut du ciel

un rayon de ta lumière.

 

Viens en nous, père des pauvres,

viens, dispensateur des dons,

viens, lumière de nos cœurs.

 

Consolateur souverain,

hôte très doux de nos âmes

adoucissante fraîcheur.

 

Dans le labeur, le repos,

dans la fièvre, la fraîcheur,

dans les pleurs, le réconfort.

 

O lumière bienheureuse,

viens remplir jusqu'à l'intime

le cœur de tous tes fidèles.

 

Sans ta puissance divine,

il n'est rien en aucun homme,

rien qui ne soit perverti.

 

Lave ce qui est souillé,

baigne ce qui est aride,

guéris ce qui est blessé.

 

Assouplis ce qui est raide,

réchauffe ce qui est froid,

rends droit ce qui est faussé.

 

A tous ceux qui ont la foi

et qui en toi se confient

donne tes sept dons sacrés.

 

Donne mérite et vertu,

donne le salut final

donne la joie éternelle.

Amen

Par Olivier Rolland - Publié dans : prier
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Samedi 16 mai 2009 6 16 /05 /2009 13:01

Une Société à réformer sans cesse

(conférence prononcée par le Cardinal Ratzinger au meeting de Rimini – août 1990)

 

1. Le mécontentement vis-à-vis de l’Église

 

Point n’est besoin de beaucoup d’imagination pour deviner que la société dont je veux parler, c’est l’Église. Peut-être, dans le titre, le terme « Église » a-t-il été évité uniquement pour cette raison qu’il provoque immédiatement des réactions de défense chez la plupart de nos contemporains. Ils pensent : « L’Église, nous en avons déjà par trop entendu parler, et, le plus souvent, il s’agissait plutôt de quelque chose de désagréable. » La voix de l’Église, sa réalité, sont tombées en discrédit. Aussi une réforme permanente paraît-elle ne rien pouvoir changer. Ou peut-être le problème vient-il seulement de ce que l’on n’a pas découvert jusqu’ici le type de réforme qui pourrait faire de l’Église une société qui en vaille véritablement la peine.

Interrogeons-nous d’emblée : pourquoi l’Église apparaît-elle importune à tant de gens, et même à des croyants, des personnes que l’on pouvait récem­ment encore compter parmi les plus fidèles, ou qui le sont aujourd’hui encore d’une certaine façon, quoique dans la souffrance ? Les raisons en sont fort diverses, opposées même, selon les cas : d’aucuns souffrent de ce que l’Église se soit par trop confor­mée aux paramètres de ce monde, d’autres sont contrariés de l’en voir toujours aussi étrangère. Pour la majorité, le mécontentement vis-à-vis de l’Église provient du fait qu’étant une institution comme beaucoup d’autres, elle aussi limite leur liberté. La soif de liberté est la forme dans laquelle sexprime aujourd’hui le désir de libération et le sentiment de non-liberté, d’aliénation. L’invocation de la liberté aspire à une existence qui ne soit pas limitée par ce qui est déjà donné, par ce qui vient faire obstacle à mon plein épanouissement, en me présentant de lextérieur la route que je devrais suivre. Mais surtout, je me heurte à des barrières, à des barrages routiers qui m’arrêtent et m’empêchent de passer outre. Ces barrages élevés par l’Église apparaissent par conséquent comme doublement pénibles parce qu’ils pénètrent jusque dans ma sphère la plus per­sonnelle et la plus intime. De fait, les règles de vie de l’Église sont bien plus qu’une espèce de code de la route permettant à la société d’éviter autant que possible les collisions. Elles concernent mon che­minement intérieur, me disent comment je dois comprendre et former ma liberté. Elles exigent de ma part des décisions qui ne peuvent être prises sans la souffrance du renoncement. Peut-être veut-on me refuser les plus beaux fruits du jardin de la vie ?

Peut-être est-il vrai que l’étroitesse de tous ces commandements et de toutes ces interdictions me barre la route d’un grand horizon ? Ma pensée n’est-elle pas entravée, de même que ma volonté ? La libération ne doit-elle pas nécessairement être la sortie d’une pareille tutelle spirituelle ? Enfin l’unique véritable réforme ne consisterait-elle pas à refuser tout cela? Mais alors, que subsisterait-il encore de cette société ?

L’amertume ressentie envers l’Église a cepen­dant aussi une raison particulière. De fait, au sein d’un monde gouverné par des règles dures et des contraintes inexorables, s’élève encore et toujours vers elle une muette espérance : au milieu de cela, elle pourrait apparaître comme une petite île de vie meilleure, une petite oasis de liberté, où l’on pourrait se retirer de temps à autre. L’irritation contre l’Église, la déception à son égard, ont donc un caractère spécifique, puisque l’on attend d’elle plus que des autres institutions terrestres. En elle devrait se réaliser le rêve d’un monde meilleur. L’on vou­drait du moins savourer en elle le goût de la liberté, le sentiment d’être libéré ; d’être sorti de la caverne dont parle Grégoire le Grand en se référant à Platon.

Toutefois, à partir du moment où, dans son aspect concret, l’Église s’est tellement éloignée de semblables rêves, adoptant elle aussi l’allure d’une institution et de tout ce qui est humain, il s’élève contre elle une colère particulièrement amère. Et cette colère ne pourra s’éteindre, précisément parce que ne peut s’éteindre le rêve que nous nourrissions en nous tournant vers elle avec espérance. Puisque l’Église n’est pas telle qu’elle apparaît dans nos rêves, nous cherchons désespérément à la rendre telle que nous la désirons : le lieu où puissent s’exprimer toutes les libertés, lespace où soient abattues nos limites, et où nous expérimenterions cette utopie qui doit quand même bien exister quelque part. De même que dans le domaine politique l’on voudrait finalement construire un monde meil­leur, ainsi pense-t-on que la première étape en serait peut-être l’instauration d’une Église meilleure : une Église pleinement humaine, ayant le sens de la fraternité, de la créativité généreuse, et une demeure de réconciliation de tout et pour tous.

 

2. Une réforme inutile

 

Mais comment cela se produirait-il ? Comment semblable réforme pourrait-elle réussir ? Eh bien, commençons toujours, disons-nous. Et, souvent, c’est dit avec la présomption ingénue de l’esprit éclairé, persuadé que les générations précédentes n’ont pas bien saisi le problème, ou qu’elles se sont montrées trop pusillanimes et bien peu éclairées. Nous, en revanche, nous possédons finalement aussi bien le courage que l’intelligence. Quelle que soit la résistance que les réactionnaires et les fondamenta­listes pourront opposer à cette noble entreprise, elle sera mise en œuvre. Du moins, il y a une recette extrêmement éclairante au départ : l’Église n’est pas une démocratie. A ce qu’il paraît, elle n’a pas encore intégré dans sa constitution interne ce patrimoine de droits de la liberté élaboré par le siècle des Lumières, et reconnu depuis lors comme loi fondamentale par les formations sociales politiques. Ainsi semble-t-il être la chose la plus ordinaire du monde que de récupérer une bonne fois tout ce qui avait été laissé de côté, et de commencer à constituer ce patrimoine fondamental de structures de liberté. Comme on dit, ce chemin va d’une Église paterna­liste et distributrice de biens à une Église-communauté : personne ne devrait plus se contenter de recevoir passivement les dons qui le font chrétien. Au contraire, chacun doit devenir un acteur de la vie chrétienne.

L’Église ne doit plus venir d’en haut. Non ! C’est nous qui faisons l’Église, et nous la faisons toujours neuve. C’est ainsi qu’elle deviendra finalement notre Église, et nous, ses sujets actifs et res­ponsables. Son côté passif le cède au côté actif. L’Église surgit à travers les débats, les accords et les décisions. Des discussions émerge ce qui, aujourd’hui encore, peut être exigé, ce qui peut être, aujourd’hui encore, reconnu par tous comme appartenant à la foi, ou comme ligne directrice morale. L’on forge de nouvelles formules de foi abrégées. En Allemagne, à un niveau relativement élevé, on a déclaré que la liturgie ne doit plus correspondre, elle non plus, à un schéma déjà donné, mais qu’elle doit au contraire surgir sur place, dans une situation donnée, être l’œuvre de la communauté pour laquelle on célèbre. Elle non plus ne doit plus être préconstituée en rien, elle doit au contraire être quelque chose qui vienne de soi, l’expression de soi-même. Sur ce chemin, la Parole de lÉcriture se révèle être en général un peu un obstacle, car on ne peut quand même y renoncer tout à fait. Il faut alors l’affronter dans une grande liberté de choix. Mais il n’y a pas tellement de textes qui se prêtent ainsi à l’adaptation, sans perturber cette autoréalisation que semble aujourd’hui viser la liturgie.

Mais dans cette œuvre de réforme, où, au sein de l’Église même, lautogestion vient se substituer à la direction, surgissent bientôt des questions : qui a ici proprement le droit de prendre les décisions ? Sur quelle base cela se fait-il ? En démocratie politique, cette question est résolue par le système de la représentation : pour les élections, chacun choisit ses représentants et ces derniers prennent les déci­sions pour lui. Cette charge est limitée dans le temps, son contenu est circonscrit aussi dans ses grandes lignes, par le système des partis, et elle concerne uniquement les domaines d’action politique que la Constitution a assignés aux entités nationales représentatives.

Mais à ce propos aussi subsistent des ques­tions : la minorité doit s’incliner devant la majorité, et cette minorité peut être importante. En outre, il n’est pas toujours garanti que le représentant que j’ai élu agisse et parle vraiment de mon sens, de sorte que, si l’on y regarde de près, ici encore la majorité victorieuse ne peut absolument pas être considérée intégralement comme le sujet actif de l’action politique. Au contraire, elle doit accepter aussi des décisions prises par d’autres, afin, tout au moins, de ne pas mettre en danger le système tout entier.

Pour la question qui nous intéresse, il est toutefois un problème général plus important : tout ce que des hommes font risque d’être défait par d’autres. Tout ce qui émane d’une appréciation humaine peut ne pas plaire à d’autres. Tout ce qu’une majorité décide peut être abrogé par une autre majorité. Une Église qui repose sur les déci­sions d’une majorité devient une Église purement humaine. Elle se voit réduite au niveau du faisable et du plausible, de tout ce qui résulte de l’action, des intuitions et des opinions personnelles. L’opinion vient se substituer à la foi. Et effectivement, dans les formules de foi forgées spontanément que je connais, l’expression « je crois » ne signifie jamais rien d’autre que « nous pensons ». L’Église faite par nous a finalement une saveur de nous-mêmes, jamais agréable pour les autres nous-mêmes, et révélant bientôt sa propre étroitesse. Elle s’est can­tonnée dans le domaine de l’empirique, et l’idéal qu’elle représentait s’est dissous lui aussi comme un rêve.

 

3. L’essence de la véritable réforme

 

L’activiste, celui qui veut tout construire par lui-même, est l’opposé de celui qui admire (l’admirateur – Le titre du meeting où s’est tenue cette conférence était : « L’Admirateur Thomas Becket, Einstein »). Il restreint le domaine de sa raison propre et perd ainsi de vue le Mystère. Dans l’Église, plus on étend le domaine des choses que l’on décide et réalise de soi-même, plus elle devient étroite pour nous tous. Sa dimension de grandeur et de libération n’est pas constituée par ce que nous réalisons nous-mêmes, mais par ce qui nous est donné à tous, ce qui ne vient pas de notre volonté et de notre inventivité, mais au contraire de ce qui est plus grand que notre cœur, de ce qui nous précède et qui vient à nous, inimaginable. La reformatio nécessaire à notre temps ne consiste pas dans le fait que nous soyons capables de remodeler indéfiniment notre Église, à volonté, et de l’inventer, mais bien au contraire dans le fait que nous ne cessions de balayer nos propres échafaudages, afin de laisser place à la lumière très pure qui vient d’en-haut et qui est aussi irruption de la pure liberté.

Permettez-moi d’exprimer ce que je veux dire par une image que j’ai trouvée chez Michel-Ange et qui, en ce domaine, reprend pour sa part d’antiques conceptions de la mystique et de la philosophie chrétiennes. Avec son regard d’artiste, Michel-Ange voyait déjà dans la pierre qu’il avait sous les yeux le modèle attendant secrètement d’être libéré et mis en lumière. Selon lui, la tâche de l’artiste consistait uniquement à ôter ce qui recouvrait encore l’image, et le véritable acte artistique à remettre en lumière et en liberté, et non point à produire.

Or cette même idée, appliquée au domaine anthropologique, se trouvait déjà chez saint Bona­venture, qui explique le chemin par lequel l’homme devient véritablement lui-même, et qui s’appuie sur la comparaison du tailleur d’images, du sculpteur donc. Le sculpteur ne fait pas quelque chose, déclare le grand théologien franciscain ; au contraire, il opère une ablatio, qui consiste à élimi­ner, à ôter ce qui n’est pas authentique. Ainsi, grâce à l’ablatio émerge la nobilis forma, la forme pré­cieuse. Pareillement, l’homme aussi, pour que resplendisse en lui l’image de Dieu, doit avant tout et par-dessus tout accueillir cette purification par laquelle le sculpteur, c’est-à-dire Dieu, le libère de toutes les scories qui obscurcissent son véritable aspect et le font apparaître simplement comme un grossier bloc de pierre, alors qu’il est habité par la forme divine.

Si nous avons bien compris cette image, nous pouvons aussi l’utiliser comme guide pour la réforme ecclésiale. Certes, l’Église aura toujours besoin de nouvelles structures humaines pour s’étayer, pour pouvoir parler et œuvrer à chaque époque de l’histoire. Ces institutions ecclésiastiques — et les aspects juridiques qu’elles comportent — , loin de représenter quelque chose de mauvais, sont au contraire dans une certaine mesure simplement nécessaires et indispensables. Mais, en vieillissant, elles risquent d’apparaître primordiales et de détourner les regards de l’essentiel. C’est la raison pour laquelle elles doivent sans cesse être suppri­mées, tels des échafaudages devenus superflus. Une réforme, c’est toujours une nouvelle ablatio : sup­primer, pour qu’apparaisse la nobilis forma, le visage de l’Épouse, en même temps que celui de l’Époux, le Seigneur vivant. Cette ablatio, cette théologie négative, est un chemin qui mène au positif absolu. C’est de cette façon seulement que pénètre le divin et que surgit une congregatio : une assemblée, un rassemblement, une purification, cette communauté à laquelle nous aspirons et dans laquelle un « je » ne s’oppose plus à un autre « je », un « soi » à un autre « soi » : communauté où le fait de se donner, de se livrer en toute confiance — ce qui appartient à l’amour — devient plutôt l’accueil réciproque de tout bien et de tout ce qui est pur. C’est alors que vaut pour chacun de nous cette parole du Père prodigue rappelant à son fils aîné jaloux le fond de toute liberté et de tout rêve devenu réalité : « Tout ce qui est à moi est à toi... » (Lc 15, 31 ;cf. Jn 17, 10).

Une réforme véritable est donc une ablatio qui devient comme telle congregatio. Tâchons de saisir cette idée de base d’une manière un peu plus concrète. Dans une première approche, nous avions opposé l’admirateur à l’activiste et nous nous étions exprimés en faveur du premier. Mais quel est le sens d’une telle opposition ? L’activiste, qui toujours veut agir, place sa propre activité au-dessus de tout. Il limite donc son horizon au domaine du faisable, de ce qui peut devenir objet de son action. A proprement parler, il ne voit que des objets. Il n’est nullement en mesure de percevoir ce qui est plus grand que lui, puisque cela mettrait une limite à son activité. Il restreint le monde à ce qui est empirique. L’homme est alors amputé. L’activiste se construit une prison contre laquelle lui-même ensuite proteste à haute voix.

Le véritable étonnement au contraire est un « non » opposé à la limitation au domaine empirique, à ce qui n’est qu’en-deçà. Il dispose l’homme à l’acte de foi qui lui ouvre tout grand l’horizon sur l’éternel et sur l’infini. Seul l’illimité est suffisam­ment grand pour notre nature, lui seul convient à notre vocation propre. Lorsque disparaît cet horizon, tout reliquat de liberté devient insuffisant, et toutes les libérations que l’on pourrait alors propo­ser ne sont qu’un insipide succédané toujours insuf­fisant. L’ablatio première et fondamentale, nécessaire à l’Église, c’est l’acte de foi toujours neuf : il fait éclater les limites du fini et ouvre ainsi l’espace qui nous permettra d’atteindre jusqu’à l’infini. La foi nous conduit « loin, dans des terres illimitées », comme disent les Psaumes. La pensée scientifique moderne n’a cessé de nous emprisonner toujours davantage dans le positivisme, nous condamnant ainsi au pragmatisme. Grâce à elle, on peut atteindre beaucoup de choses, voyager jusque sur la Lune, et plus loin encore, dans l’infini du cosmos. Malgré cela, pourtant, on en reste toujours au même point parce que la vraie frontière au sens strict, celle du quatitatif et du faisable, n’est pas franchie. Albert Camus a décrit l’absurdité de cette forme de liberté dans son personnage de l’empereur Cali­gula : il a tout à sa disposition, mais rien ne lui suffit. Dans son désir fou de posséder toujours plus et plus grand, il s’écrie : Je veux la lune, donnez-moi la lune ! Depuis, il nous est devenu pratiquement pos­sible de l’atteindre. Mais tant que la véritable fron­tière, la frontière entre terre et ciel, entre Dieu et le monde, n’est pas ouverte, la lune elle-même n’est encore qu’un autre petit bout de terre de plus ; le fait de l’atteindre ne nous rapproche pas d’un pouce de la liberté et de la plénitude que nous désirons.

La libération fondamentale que l’Église peut nous apporter, c’est de nous placer devant l’horizon de l’éternel, et de nous faire sortir des limites de notre savoir et de notre pouvoir. La foi elle-même, dans toute sa grandeur et son amplitude, est donc la réforme essentielle sans cesse renouvelée dont nous avons besoin. C’est à partir d’elle que nous devons toujours remettre à l’épreuve les institutions que nous-mêmes avons érigées dans l’Église. Cela signi­fie que l’Église doit être le pont de la foi et qu’elle ne peut devenir sa propre fin — particulièrement dans sa vie associative dici-bas. Aujourd’hui, çà et là, et même dans des milieux ecclésiastiques de haut niveau, est répandue l’idée que l’on est d’autant plus chrétien que l’on se trouve plus engagé dans des activités dÉglise. L’on pousse à une sorte de théra­pie ecclésiastique qui consiste à agir et à se donner du mal : à chacun on cherche à assigner un comité ou tout au moins un quelconque engagement au sein de l’Église. D’une façon ou de l’autre, pense-t-on, il faut toujours qu’il y ait une activité dans l’Église, il faut parler d’elle, faire quelque chose pour elle en elle. Mais un miroir qui ne reflète que lui-même n’est plus un miroir ; une fenêtre n’a plus sa raison d’être si, au lieu de libérer le regard vers de lointains horizons, elle vient s’interposer comme un écran entre lobservateur et le monde. Il se peut qu’une personne exerce à longueur de temps des activités dans des associations ecclésiales, sans être en fait chrétienne. A l’inverse, il peut se trouver qu’une autre personne vive simplement de la Parole et de l’Eucharistie, et pratique la charité qui naît de la foi, sans jamais avoir figuré dans un comité d’Église, sans s’être jamais préoccupée d’innovations en politique ecclésiale, sans avoir fait partie de synodes, ni y avoir voté, et que cette personne soit vraiment chrétienne.

Ce n’est pas d’une Église plus humaine dont nous avons besoin, mais d’une Église plus divine au contraire ; c’est alors seulement qu’elle sera aussi vraiment humaine. Et c’est pourquoi toutes les réali­sations de l’homme au sein de l’Église doivent être considérées comme des services, et laisser passer au premier plan ce qui compte le plus et qui est l’essen­tiel. La liberté à laquelle nous nous attendons avec raison de la part de l’Église, et en elle, n’est pas réalisée par le fait que nous y introduisons le prin­cipe de la majorité. Elle ne dépend pas du fait que la plus grande majorité possible prévaut sur la plus petite minorité possible. Au contraire, elle dépend du fait que personne ne peut imposer sa propre volonté aux autres, mais que tous se reconnaissent liés à la parole et à la volonté de l’Unique, qui est notre Seigneur et notre liberté. Dans l’Église, l’atmosphère devient angoissante et étouffante si les ministres oublient que le sacrement n’est pas un partage de pouvoir, mais au contraire une désappro­priation de moi-même en faveur de Celui en la personne de qui je dois parler et agir. Lorsqu’à une responsabilité toujours plus importante correspond une désappropriation personnelle toujours plus grande, alors personne n’est l’esclave de personne ; alors c’est le Seigneur qui préside, alors est valable ce principe : « Le Seigneur est l’Esprit même. Et là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté » (2 Co 3, 17).

Plus nous échafaudons de structures, aussi modernes soient-elles, et moins il y a de place pour lEsprit et pour le Seigneur, et donc moins il y a de liberté. A cet égard, je suis d’avis que nous devrions entamer, à tous les niveaux dans lÉglise, un examen de conscience sans réserves. A tous les niveaux, cet examen devrait avoir des effets très concrets et entraîner une ablatio qui laisserait transparaître à nouveau le visage authentique de l’Église. Il pourrait nous rendre à tous le sens de la liberté, nous faire sentir chez nous d’une façon totalement renouvelée.

 

4. Morale, pardon et expiation : centre personnel de la réforme

 

Avant de poursuivre, considérons un instant tout ce que nous venons de mettre en lumière. Nous avons parlé d’une double ablation, d’un acte de libération à deux aspects : purificateur et rénova­teur. Tout dabord il sagissait de la foi qui brise le mur du fini et libère le regard vers une dimension d’éternité, et non seulement le regard, mais aussi la route. Effectivement, croire, ce n’est pas seulement reconnaître, mais œuvrer ; ce n’est pas seulement une brèche dans le mur, mais une main qui sauve, qui tire hors de la caverne. Nous en avons conclu, pour les institutions, que le système de base essen­tiel de l’Église a bien besoin d’être élargi concrètement en de nouvelles formes — afin que sa vie puisse se développer à une époque donnée — , mais que ces formes ne peuvent devenir lessentiel. De fait, l’Église n’existe pas dans le but de nous occuper comme n’importe quelle association terrestre et de se maintenir en vie par elle-même, elle est là au contraire pour permettre à chacun d’entre nous d’avoir accès à la vie éternelle.

Il nous faut maintenant effectuer un pas supplé­mentaire et appliquer tout cela non plus à un niveau général et objectif, comme nous l’avons fait jusqu’ici, mais à celui des personnes. Ici aussi, en effet, sur le plan personnel, nous avons besoin d’une ablation pour nous libérer, car il est vraiment rare que la « forme précieuse » nous apparaisse en pre­mier, l’image de Dieu inscrite en nous. C’est au contraire l’image d’Adam, l’image de l’homme, non point totalement détruit, mais néanmoins toujours déchu. Nous voyons les poussières et les saletés venues s’y incruster. Nous avons tous besoin du vrai Sculpteur pour ôter ce qui défigure cette image ; nous avons besoin du pardon, noyau de toute véri­table réforme. Ce n’est certainement pas un hasard si, dans les trois étapes décisives de l’édification de l’Église que nous relatent les Évangiles, la rémission des péchés joue un rôle essentiel.

Nous avons tout d’abord la remise des clefs à Pierre. Ce pouvoir qui lui est confié de lier et de délier, d’ouvrir et de fermer, dont il est question, consiste essentiellement à faire accéder, à accueillir, à pardonner (Mt 16, 19). Nous trouvons la même chose à la Cène qui inaugure la nouvelle commu­nauté à partir du corps du Christ et dans ce corps. Cette communauté est réalisée du fait que le Seigneur verse son sang « pour la multitude, en rémission des péchés » (Mt 26, 28). Enfin, lors de sa première apparition aux onze, le Ressuscité crée la commu­nion dans sa paix en leur donnant le pouvoir de pardonner (Jn 20, 19-23). L’Église n’est pas la communauté de ceux qui « n’ont pas besoin du médecin », mais bien plutôt des pécheurs convertis vivant de la grâce du pardon et la transmettant à leur tour.

Si nous lisons attentivement le Nouveau Testament, nous découvrons que le pardon n’a rien de magique en soi. Il ne s’agit absolument pas de faire semblant d’oublier, de faire comme si de rien n’était, c’est au contraire un processus de trans­formation de toute la réalité accomplie par le Sculp­teur. Le fait d’ôter la faute supprime vraiment quelque chose ; la venue du pardon en nous est exprimée par la pénitence. En ce sens, le pardon est un processus à la fois actif et passif : la puissance de la parole créatrice de Dieu sur nous cause la souffrance de la conversion et devient par là transformation active. Pardon et pénitence, grâce et conversion personnelle ne sont pas contradictoires, ce sont au contraire les deux faces d’un unique et même événe­ment. Cette fusion de l’actif et du passif est l’expres­sion essentielle de l’existence humaine. En fait, toute notre activité créatrice commence par le fait d’être créés et de participer à l’activité créatrice de Dieu.

Vous voilà parvenus à un point véritablement central : de fait, je pense que le noyau de la crise spirituelle actuelle vient de ce que l’on a obscurci la grâce du pardon. Mais remarquons-en tout d’abord l’aspect positif : depuis peu, la dimension morale revient progressivement à l’honneur. On reconnaît et on tient même pour évident que tout progrès technique reste douteux et finalement destructif s’il n’est pas accompagné d’une croissance morale. On reconnaît qu’il n’y a pas de réforme de l’homme et de l’humanité sans renouveau moral. Mais la réfé­rence à la morale reste néanmoins sans effet parce que ses paramètres disparaissent sous un fatras de discussions. En effet, l’homme ne peut supporter la morale pure et simple, il ne peut vivre d’elle : elle devient une loi qui provoque chez lui le désir de la contredire et engendre le péché. C’est pourquoi, lorsque le pardon, le véritable pardon efficace, n’est plus reconnu ni accrédité, la morale est alors tellement disloquée qu’on ne parvient jamais à reconnaître qu’un seul individu ait réellement péché. On pourrait dire à grands traits que la dis­cussion morale aujourd’hui tend à disculper les hommes, en faisant en sorte que jamais ne soient réunies les conditions qui rendent la faute possible. Le mot caustique de Pascal nous vient à l’esprit : Ecce patres, qui tollunt peccata mundi ! « Voici les pères qui enlèvent les péchés du monde ». D’après ces « moralistes », il n’y a tout simplement plus aucune faute.

Mais cette façon de libérer le monde de la faute est évidemment trop facile. En eux-mêmes, les hommes ainsi libérés savent très bien que tout cela est faux, que le péché existe, qu’ils sont pécheurs et qu’il doit bien y avoir une manière effective de vaincre le péché. De fait, Jésus lui-même n’appelle pas ceux qui sont déjà libérés et qui pensent n’avoir pas besoin de lui, mais il appelle au contraire ceux qui se savent pécheurs et qui pour cette raison ont besoin de lui.

La morale ne reste sérieuse que s’il y a pardon, un pardon réel et efficace, sans lequel elle retombe dans le conditionnel pur et vide. Mais il n’est de pardon véritable que s’il y a un prix d’achat, un équivalent dans l’échange, que si la faute a été expiée et que l’expiation existe. Les rapports cir­culaires entre morale, pardon et expiation ne peuvent être dissociés : s’il manque un élément, le reste s’écroule. De l’unité de ce circuit dépend l’existence ou l’inexistence de la rédemption de l’homme. Dans la Torah, les cinq livres de Moïse, ces trois éléments sont totalement noués les uns aux autres. De ce noyau dur qui fait partie du canon de l’Ancien Testament, il n’est donc pas possible de détacher une loi morale toujours valide, comme l’ont fait les philosophes des Lumières, et d’aban­donner tout le reste au passé. Cette façon morali­sante d’actualiser l’Ancien Testament aboutit forcément à un échec. C’était précisément l’erreur de Pélage, qui compte aujourd’hui beaucoup plus de disciples qu’il ne paraît à première vue. Jésus au contraire a accompli toute la Loi et pas seulement une partie. Aussi l’a-t-il renouvelée à la base. Ayant souffert pour expier toute faute, il est lui-même à la fois expiation et pardon, et donc également le fon­dement unique, sûr et toujours valide de notre morale.

On ne peut séparer la morale de la christologie puisqu’on ne peut la séparer de l’expiation et du pardon. Toute la Loi étant accomplie dans le Christ, la morale est donc devenue pour nous une véritable exigence à laquelle nous pouvons répondre. À partir du noyau de la foi, le chemin du renouveau reste ainsi toujours ouvert pour chaque homme, pour l’Église dans son ensemble et pour l’humanité.

 

5. La souffrance, le martyre et la joie de la Rédemption

 

Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet, mais je tâcherai de ne mentionner — très brièvement pour conclure — que ce qui m’apparaît là encore essentiel à notre contexte. Le pardon — et sa réalisation en moi par une vie de pénitence avec tout ce qu’elle entraîne — est d’abord au centre de tout renouvellement de la personne. Mais précisément parce qu’il concerne la personne en son noyau le plus intime, le pardon est en mesure de rassembler dans l’unité et d’être aussi le centre du renouvellement de la communauté. Si, de fait, j’ôte la poussière et les saletés qui rendent méconnaissable en moi l’image de Dieu, alors vraiment je deviens par là semblable à l’autre, qui lui aussi est image de Dieu ; et surtout je deviens semblable au Christ, image parfaite de Dieu, modèle selon lequel nous avons tous été créés. Saint Paul exprime ce processus en termes fort raides : la vieille image s’en est allée, une nouvelle a surgi ; « ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20). Il s’agit d’un processus de mort et de naissance. Je suis arraché à mon isolement et accueilli dans une nouvelle communauté-sujet. Mon « je » s’insère dans le « je » du Christ, il est donc uni à celui de tous mes frères. Ce n’est qu’à partir de ce profond renouvellement de la personne que naît lÉglise, la commu­nauté qui unit et soutient dans la vie et la mort. Ce n’est que lorsque nous prenons tout cela en considé­ration que nous voyons l’Église, dans sa véritable grandeur.

L’Église : elle n’est pas seulement le petit groupe d’activistes qui se retrouvent ensemble en un certain lieu pour démarrer une vie communautaire. Elle n’est pas non plus simplement la grande troupe de ceux qui se réunissent le dimanche pour célébrer lEucharistie. Et enfin, elle est bien davantage que le pape, les évêques et les prêtres, ceux qui sont investis du ministère sacramentel. Tous ceux que nous avons nommés font partie de l’Église, mais le rayon de la société dans laquelle nous entrons par le biais de la foi s’étend plus loin, et même au-delà de la mort. En font partie tous les saints depuis Abel et Abraham, et tous les témoins de l’espérance dont nous parle l’Ancien Testament, en passant par Marie, la Mère du Seigneur, et ses apôtres, par Thomas Becket et Thomas More, pour en arriver à Maximilien Kolbe, Edith Stein et Piergiorgio Fras­sati. En font partie tous les inconnus et les anonymes dont seul Dieu connaît la foi. En font partie les hommes de tous les temps et de tous les lieux dont le cœur plein d’espérance et d’amour se penche vers le Christ, « l’auteur et le consommateur de la foi », comme lappelle la lettre aux Hébreux (12, 2). Ce ne sont pas les majorités occasionnelles qui se forment ici et là dans l’Église pour décider de son chemin et du nôtre. Ce sont eux, les saints, la véritable majorité décisive d’après laquelle nous nous orientons. C’est à celle-là que nous nous en tenons ! Les saints mani­festent le divin dans l’humain et l’éternel dans le temps. Ils sont nos maîtres en humanité, ils ne nous abandonnent ni dans la souffrance ni dans la solitude, et même à l’heure de la mort ils cheminent à nos côtés.

Nous touchons ici un point essentiel : une vision du monde incapable de donner un sens et une valeur à la souffrance aussi, ne sert de rien. Elle échoue là précisément où surgit le problème capital de l’existence. Ceux qui, au sujet de la souffrance, n’ont rien d’autre à dire si ce n’est qu’il faut la combattre se trompent. Bien sûr, il faut tout faire pour soulager la douleur et limiter la souffrance de tant d’innocents. Mais il n’y a pas de vie humaine sans souffrance, et celui qui n’est pas capable de l’accepter se soustrait à ces purifications qui seules nous acquièrent la maturité.

Dans la communion au Christ, la souffrance prend toute une signification, non seulement pour moi-même, en tant que processus d’ablatio par lequel Dieu supprime en moi les scories qui obs­curcissent son image, mais également au-delà de moi, elle est utile pour tous, de sorte que nous pouvons tous dire avec saint Paul : « C’est pourquoi je me réjouis des souffrances que j’endure pour vous, et ce qui manque aux souffrances du Christ, je l’achève dans ma chair pour son corps qui est l’Église » (Col 1, 24). Thomas Becket qui, avec l’« Admirateur » et Einstein, nous a guidés dans nos réflexions de ces journées, nous encourage à aller plus loin encore : la vie dépasse notre existence biologique. Lorsqu’il n’y a plus de raison valable de mourir, alors la vie non plus ne vaut pas la peine d’être vécue. Là où la foi nous a ouvert les yeux et agrandi le cœur, c’est là que prend alors toute sa force et sa lumière cette autre phrase de saint Paul : « Nul ne vit pour lui-même et nul ne meurt pour lui-même ; car si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Que nous vivions ou que nous mourions, nous sommes au Seigneur » (Rm 14, 7-8). Plus nous serons enracinés dans la société avec Jésus-Christ et avec tous ceux qui lui appartiennent, et plus notre vie sera soutenue par cette confiance rayonnante que saint Paul, lui encore, a ainsi exprimée : « Je suis certain que ni mort, ni vie, ni anges, ni princi­pautés, ni présent, ni futur, ni puissances, ni hau­teur, ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra jamais nous séparer de l’amour de Dieu qui s’est affirmé dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 8, 38 sqq).

Chers amis, c’est par cette foi-là que nous devons nous laisser envahir ! Alors l’Église comme communion grandira sur le chemin de la vraie vie, alors elle se renouvellera de jour en jour. Alors elle deviendra la grande maison qui contient tant de demeures, alors les dons de l’Esprit pourront agir en elle à profusion, alors nous verrons « comme il est bon et doux pour des frères de vivre ensemble... Ainsi la rosée de l’Hermon qui descend sur les monts de Sion. C’est là que le Seigneur envoie sa bénédiction et sa vie à jamais » (Ps 133, 1.3).

Par Olivier Rolland - Publié dans : Textes de grands auteurs
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