Les annonces de la semaine

La Consécration à Marie est proposée à ceux qui veulent

le lundi 8 décembre de cette année 2008

(année du 150ème anniversaire des apparitions de Lourdes)

Réunion d'information et de préparation

le samedi 29 novembre à 11h30

à la chapelle St Désir

Pour tout renseignement complémentaire,

contacter le père Olivier Rolland (06 63 89 66 65)

 

Textes de grands auteurs

Mardi 26 janvier 2010 2 26 /01 /2010 16:05

Pour moi, vivre, c’est le Christ

 

 

Nous avons tout dans le Christ

Si tu brûles de fièvre,
Il est la Source qui rafraîchit;

Si tu es oppressé par tes fautes,
Il est la Délivrance;

Si tu as besoin d’aide,
Il est la Force;

Si tu as peur de la mort,
Il est la Vie;

Si tu désires le ciel,
Il est la Voie;

Si tu fuis les ténèbres,
Il est la Lumière;

Si tu as besoin de nourriture,
Il est l’Aliment.

(St Ambroise, 340-397)

 

Conduis-moi, douce lumière

Conduis-moi, douce lumière,
A travers les ténèbres qui m’encerclent.
Conduis-moi, toi, toujours plus avant !
Garde mes pas : je ne demande pas à voir déjà
Ce qu’on doit voir là-bas :

un seul pas à la fois
C’est bien assez pour moi.
Je n’ai pas toujours été ainsi
Et je n’ai pas toujours prié pour que

tu me conduises, toi, toujours plus avant.
J’aimais choisir et voir mon sentier;
mais maintenant :
Conduis-moi, toi, toujours plus avant !
Si longuement ta puissance m’a béni !
Sûrement elle saura encore
Me conduire toujours plus avant
Par la lande et le marécage,
Sur le rocher abrupt et le flot du torrent
Jusqu’à ce que la nuit s’en soit allée...
Conduis-moi, douce lumière,
Conduis-moi, toujours plus avant !

(J.H. Newman, 1801-1890)

 

Sans l’Esprit Saint …

 

Saint Curé d'Ars (1786-1859)

"Sans le Saint-Esprit nous sommes comme une pierre du chemin. Prenez dans une main une éponge imbibée d'eau, et dans l'autre un petit caillou; pressez-les également. Il ne sortira rien du caillou, et de l'éponge vous ferez sortir de l'eau en abondance. L'éponge, c'est l'âme remplie du Saint-Esprit, et le caillou, c'est le cœur froid et dur où le Saint-Esprit n'habite pas.

C'est le Saint-Esprit qui forme les pensées dans le cœur des justes et qui engendre les paroles dans leur bouche. Ceux qui ont le Saint-Esprit ne produisent rien de mauvais; tous les fruits du Saint-Esprit sont bons."   (Catéchisme)

 

St Cyrille de Jérusalem (315-387)

L'eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. C'est une eau toute nouvelle, vivante, et jaillissante, jaillissant pour ceux qui en sont dignes. Pour quelle raison le don de l'Esprit est-il appelé une "eau" ? C'est parce que l'eau est à la base de tout ; parce que l'eau produit la végétation et la vie ; parce que l'eau descend du ciel sous forme de pluie ; parce qu'en tombant sous une seule forme, elle opère de façon multiforme. [...] Elle est différente dans le palmier, différente dans la vigne, elle se fait toute à tous. Elle n'a qu'une seule manière d'être, et elle n'est pas différente d'elle-même. La pluie ne se transforme pas quand elle descend ici ou là mais, en s'adaptant à la constitution des êtres qui la reçoivent, elle produit en chacun ce qui lui convient.

L'Esprit Saint agit ainsi. Il a beau être un, simple et indivisible, il distribue ses dons à chacun, selon sa volonté. De même que le bois sec, associé à l'eau, produit des bourgeons, de même l'âme qui vivait dans le péché, mais que la pénitence rend capable de recevoir le Saint-Esprit, porte des fruits de justice. Bien que l'Esprit soit simple, c'est lui, sur l'ordre de Dieu et au nom du Christ, qui anime de nombreuses vertus.

Il emploie la langue de celui-ci au service de la sagesse : il éclaire par la prophétie l'âme de celui-là ; il donne à un autre le pouvoir de chasser les démons ; à un autre encore celui d'interpréter les divines Écritures. Il fortifie la chasteté de l'un, il enseigne à un autre l'art de l'aumône, il enseigne à celui-ci le jeûne et l'ascèse, à un autre il enseigne à mépriser les intérêts du corps, il prépare un autre encore au martyre. Différent chez les différents hommes, il n'est pas différent de lui-même, ainsi qu'il est écrit : Chacun reçoit le don de manifester l'Esprit en vue du bien de tous.

(Catéchèse sur le Saint-Esprit : Extraits de la Catéchèse 18 sur le Symbole de la Foi, 23-25)

 

 

« Sans l’Esprit Saint,

Dieu est lointain,

Christ reste dans le passé,

l’Évangile est lettre morte,

l'Église une simple organisation,

l’autorité serait domination,

la mission une propagande,

le culte une évocation

et l’agir chrétien une morale d’esclaves.

Mais, avec la présence de l’Esprit,

le cosmos est soulevé

et gémit dans l’enfantement du Royaume,

Christ ressuscité est présent,

l'Évangile est puissance de vie,

l’Église est signe de la communion trinitaire,

l’autorité est un service de libération,

la mission est une Pentecôte,

la liturgie est mémoire et anticipation,

l’agir humain est déifié ».

 

Ignace de Lattaquié, discours au Conseil Mondial des Églises à Uppsala, 1968


Prière à Marie

 

Sainte Marie, Mère de Dieu,

gardez-moi un cœur d'enfant,

pur et transparent comme une source,

obtenez-moi un cœur simple,

qui ne savoure pas les tristesses,

un cœur magnifique à se donner,

tendre à la compassion,

un cœur fidèle et généreux,

qui n'oublie aucun bien

et ne tienne rancune d'aucun mal.

Faites-moi un cœur doux et humble,

aimant sans demander de retour,

joyeux de s'effacer dans un autre cœur,

devant votre divin Fils.

Un cœur grand et indomptable,

qu'aucune ingratitude ne ferme,

qu'aucune indifférence ne lasse,

un cœur tourmenté

de la gloire de Jésus-Christ,

blessé de son amour,

et dont la plaie ne guérisse qu'au ciel.

 

Père Léonce de Grandmaison (1868-1927)

 

Par Olivier Rolland - Publié dans : Textes de grands auteurs
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Mardi 6 octobre 2009 2 06 /10 /2009 18:49

Première Parole.
 

Jésus, hostie, sacrifice, bienfait et grâce de salut; Jésus, confiance assurée, refuge inébranlable : pour racheter le genre humain de sa captivité, pour anéantir les crimes dont nous étions coupables, pour nous unir à Dieu et nous combler de ses dons, vous n'avez point refusé de souffrir les chaînes, les fouets, les meurtrissures. Vous avez accepté la croix et ses ignominies, ses tourments et ses plaies. Et alors qu'elle vous recevait, alors que vos ennemis frémissaient contre vous, que le marteau frappait et que les clous déchiraient votre chair, que la douleur se faisait sentir plus atroce, que votre sang adorable coulait en abondance, que la souffrance vous oppressait et que votre angoisse s'aggravait, vous avez supplié votre Père de pardonner à vos ennemis, à ceux qui vous attachaient; vous l'avez conjuré en faveur de leur ignorance, et vous lui avez dit : Mon Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font (Lc 23).


Prière.

 O douce patience ! ô mansuétude ineffable, clémence infinie, bonté sans limites ! Comme une brebis pleine de douceur, vous ne laissez échapper aucune plainte; comme une mère pleine de tendresse, vous excusez l'injure dont on vous couvre ; comme l'âme dont la bonté est inépuisable, vous gardez toute votre bienveillance; comme celui dont la volonté est d'une tendresse sans bornes, vous ne mettez en avant que la miséricorde. L'espérance de nos cœurs se tourne vers vous ; vers vous montent nos soupirs, vers vous coulent nos larmes, vers vous s'élèvent nos désirs, et nous crions avec confiance : Seigneur, daignez nous pardonner.

 
Seconde Parole.

Jésus, auteur de tout pardon, consolation de ceux qui pleurent ; Jésus, gloire de notre repentir, espoir des pénitents : alors que, suspendu sur la croix, vous étiez associé au supplice de deux scélérats, l'un d'eux s'élevait contre vous, vous blasphémait injurieusement, et vous disait (Lc 23) : « Si tu es le Fils de Dieu, sauve-toi et sauve-nous en même temps ; exerce à ton égard la puissance que tu montras en sauvant les autres. » L'autre le reprenait, lui montrait sa folie, se déclarait coupable et vous suppliait en disant : « Souvenez-vous de moi lorsque vous serez parvenu en votre royaume, en ce royaume plein de douceur, lorsque vous vous montrerez roi. »  

Et vous, Seigneur, qui aimez le repentir et y attirez les cœurs par votre grâce, vous ne vous êtes point contenté de lui promettre un souvenir, mais vous l'avez assuré de votre gloire, et vous lui avez dit : « Oui, je vous le promets, vous serez avec moi dans la gloire. »

 
Prière.

O charité empressée de mon Dieu! miséricorde diligente, libéralité sans retard, munificence vraiment prompte, c'est vers vous que s'élance notre ferveur, vers vous que se, tourne notre pensée, devant vous que nous confessons nos fautes et que nous ouvrons le fond de nos cœurs.

Nous vous supplions avec confiance, vous qui, seul, êtes sans péché et pur de tout crime, et nous vous disons : Souvenez-vous de nous, Seigneur , dans votre patience.

 
Troisième Parole.

Jésus , lumière éclatante, Roi de gloire, Fils de Dieu et Fils de l'homme; Jésus, fleur de la pureté virginale, Fils de la Vierge Marie; cette Vierge très-sainte, cette Vierge accablée d'amertumes, cette Mère pleine d'amour et brisée par tant de douleurs, votre Mère bien-aimée, qui entoura votre enfance de soins si diligents, se tenait inondée de ses larmes et anéantie par ses sanglots au pied de votre croix, vous y voyait suspendu, contemplait vos tourments, et, dans l'excès de son affliction, elle semblait prête à défaillir. Mais vous, Seigneur, vous avez abaissé un regard sur cette Mère dans les pleurs, en proie à l'amertume, votre Mère vénérable, digne de la suprême béatitude; vous avez considéré votre Disciple bien-aimé, ce Disciple si digne de votre amour, Jean, le serviteur fidèle de Dieu, l'homme dont la vie est demeurée sans tache, et votre parole s'est adressée, pleine de douceur et avec un accent prophétique, à Marie et à Jean; vous avez recommandé tendrement votre Mère au Disciple, et vous avec dit : Femme voilà votre Fils ; et ensuite au Disciple : Voilà votre Mère (Jn 19).

 
Prière.

Oh ! quel changement ! quel partage inégal ! quelle désolation ! quelle tristesse profonde pour une mère, alors que pour soutien c'est le Disciple qui lui est donné à la place du Maître, alors qu'au lieu de Dieu c'est un homme qui devient son appui ; qu'au lieu du loi, c'est un simple serviteur qui demeure à Marie ! Et moi aussi, ô Jésus ! je me recommande humblement à votre grâce, et je m'abandonne pour toujours à votre providence, afin qu'aidé des prières que la Vierge vous adressera pour moi avec amour, je puisse être en tout temps à l'abri des orages du péché.

 
Quatrième Parole.

Jésus, vertu, sagesse du Père incréé ; Jésus, force et soutien de toute créature : par votre puissance admirable vous aviez multiplié les pains; avec une force non moins grande, faible enfant, vous aviez conduit l'étoile qui guidait les Mages; vous aviez rappelé les morts à la vie, vous aviez opéré des merveilles sans nombre, vous aviez guéri les malades, vous aviez tiré le monde du néant, vous aviez chassé les démons par la terreur de votre parole, vous aviez, au jardin des Olives, renversé vos ennemis par la force de cette même parole ; et voilà que vous êtes attaché à la croix pour obéir à votre Père; voilà que vous êtes, par sa volonté, en proie aux angoisses; voilà que, pour accomplir ses ordres, vous êtes enchaîné et vous souffrez comme un Criminel, et qu'il ne vous permet point de faire usage de votre puissance pour vous soustraire aux tourments. Alors, vous inclinant sous le poids des douleurs qui vous oppressent, vous faites entendre un cri, et vous dites, en pleurant, d'une voix lamentable : Eli, Eli, lamina sabachtani, c'est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné (Mt 27) ?

 
Prière.

O cri miraculeux, qui opère le salut du monde ! O cœur innocent et humble ! Vous pleurez les peines méritées par nos crimes; la compassion m'entraîne vers vous; je sens que vous souffrez pour moi; je me prosterne devant vous, je mêle mes pleurs aux vôtres; et ces pleurs me sont avantageux : ils me consolent, car ils seront pour moi une source de récompense et de joie éternelle.

 
Cinquième Parole.

Jésus, dont le souvenir est si doux et dont l'amour pénètre d'ardeur; Jésus, ma tendre confiance, vous qui êtes la nourriture qui réjouit mon âme : alors qu'étendu sur l'autel de la croix, vous accomplissiez, en vous immolant, la rédemption des hommes, le monde vous contemplait nu et dépouillé comme un objet de spectacle; la terre faisait entendre contre vous un cri de mort; vos ennemis vous lançaient leurs injures; vos proches vous fuyaient ; les clous perçaient vos membres; vos nerfs se contractaient sous l'excès de la douleur; vos plaies se gonflaient ; votre sang coulait à grands flots; votre chair devenait palpitante; vos forces s'épuisaient. Alors, Seigneur, vous avez été embrasé d'une soif dévorante, d'une soif qui languissait d'amour, d'une soif désireuse des vertus et avide de notre salut. Vous avez dit avec tendresse (Jn 19) : J'ai soif : je désire la foi chez tous les hommes, je soupire après leur salut, et je m'offre encore à de nouveaux tourments, afin de l'obtenir.

 
Prière.

O soif vraiment salutaire qui ne demandez que notre amour ! ô soif intime du cœur qui brisez nos ardeurs perverses ! Faites, ô mon Dieu, que j'aie soif de vous, que je brûle de cette soif, que je fuie la soif du mal, jusqu'à ce que j'arrive à la fontaine de vie, que je m'y désaltère, que j'y sois heureux pour toujours, et, qu'entré dans la sainte patrie, j'y contemple mon Dieu à jamais.

 
Sixième Parole.

Jésus, notre rédempteur, sauveur de tous les hommes ; Jésus, notre amour, salut de ceux qui croient : alors que vous accomplissiez avec un zèle ardent par le mystère de la Croix l'œuvre de notre rachat, afin d'être ainsi notre libérateur ; alors que vous vous soumettiez au supplice pour nous en arracher, consommant le sacrifice de votre chair et de votre sang, en même temps que le combat terrible qui devait mettre le sceau à notre paix ; terminant la course passagère de cette vie fugitive et achevant le grand acte de notre rédemption, au moment où l'heure de la mort approchait, où la vie vous abandonnait, où vous touchiez au terme de vos souffrances, et où tout allait se trouver conduit à sa fin, pour exprimer toutes choses en un mot vous vous écriâtes (Jn 19) : Tout est consommé ! En effet, Jésus est crucifié, l'Agneau est immolé, son sang est répandu , le prix du salut est payé, le démon est vaincu, la guerre est terminée , la sentence de condamnation est détruite et l'homme est racheté.

 
Oraison.

O bon Jésus ! bonté suprême qui êtes notre justice ; ô vrai jésus ! vérité souveraine qui êtes notre science; ô doux Jésus ! charité ineffable et notre rédemption; ô saint Jésus ! sainteté sans tache et notre sanctification ; consommez en nous la grâce, consommez la justice, consommez notre conscience, consommez notre joie.

 
Septième Parole.

Jésus, voie de toute droiture et porte du salut; Jésus, refuge inébranlable et protecteur de tous les hommes ; Jésus, vérité salutaire et lumière brillante des âmes ; Jésus, félicité de la vie et douceur enivrante des cœurs: alors que vous livriez les derniers combats, afin de détacher votre âme de votre corps sacré, et que vous abandonniez cette terre pour descendre aux enfers, voulant nous montrer la voie que nous devions parcourir, instruire les hommes formés d'une vile poussière, et nous faire reconnaître le défenseur en qui doivent se confier ceux que la mort environne, vous avez recommandé votre âme vénérable à votre Père très-saint et vous lui avez dit en gémissant dans un langage d'amour : Mon Père, je remets mon âme entre vos mains (Lc 23). Et ensuite, inclinant la tête, toujours attaché au gibet de la Croix, couvert de plaies cruelles, honteuses et injustes, vous avez rendu l'esprit. Mais en même temps vous imprimâtes à l'univers un tel frémissement que tous ceux qui furent témoins de vos tourments versèrent des larmes abondantes ; que les éléments se troublèrent, les rochers se fendirent, les sépulcres laissèrent aller leurs morts, la terre trembla, le voile du temple se déchira, la lune recula en arrière, le soleil se couvrit de ténèbres, le monde gémit, et la nature désolée s'écria : Hélas ! voici mon dernier jour, ou bien le Dieu qui m'a créée est à cette heure en proie aux souffrances.

 
Prière.

O mort digne de larmes, que toute créature a pleurée ! O mort lamentable, sur laquelle les êtres insensibles se sont désolés ! mort admirable, où les morts ont puisé la vie ; mort toute aimable, qui as exalté le courage des forts ; mort sacrée, mort glorieuse, qui as été la ruine des crimes ; mort pieuse, mort profitable, en qui nous avons trouvé des récompenses, fais que ton souvenir ne nous abandonne jamais ; qu'il excite notre âme et transperce en tout temps notre cœur; qu'il verse la lumière en nos pensées et nous dirige en toutes nos démarches ; qu'il nous délivre de nos fautes et nous accorde le bienfait de la vie céleste. Ainsi soit-il.

 

Par Olivier Rolland - Publié dans : Textes de grands auteurs
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Mardi 6 octobre 2009 2 06 /10 /2009 15:53

I. Marie figurée par la fontaine qui s'élevait de la terre dans le Paradis terrestre et en arrosait la surface.

II. Marie figurée par l'arbre de vie planté au milieu du Paradis.

III. Marie figurée par le Paradis lui-même, arrosé par un fleuve de délices.

IV. Marie figurée par l'arche de Noé, qui sauva la race humaine au temps du déluge.

V. Marie figurée par l'arc-en-ciel que Dieu donna à Noé.

VI. Marie figurée par l'échelle que Jacob vit en songe.

VII. Marie figurée par le buisson qui brûlait sans se consumer.

VIII. Marie figurée par le vase où la manne fut conservée.

IX. Marie figurée par le bâton d'Aaron, qui a porté du fruit contre l'ordre de la nature.

X. Marie figurée par l'étoile et le bâton dont parle Balaam.

XI. Marie figurée par la toison de Gédéon.

XII. Marie figurée par le temple bâti par Salomon et rempli de la gloire de Dieu.

XIII. Marie figurée par Abigaïl, qui rétablit la paix entre Nabal et David.

XIV. Marie figurée par Judith, qui donne la mort à Holopherne et délivre son peuple.

XV. Marie figuré par Esther , qui fit mourir Aman et délivra Mardochée et son peuple.

XVI. Marie figurée par la colombe qui apporta dans l'arche une branche d'olivier à Noé et à ses enfants.

XVII. Marie figurée par l'arbre auquel fut attaché le serpent d'airain dans le désert.

XVIII. Marie figurée par la porte fermée par laquelle nul homme n'a passé.

XIX. Marie figurée par la femme que vit saint Jean dans l'Apocalypse.

CONCLUSION.

 

 

Salut! Lys céleste, Rose épanouie, mère de l'humilité, Reine des anges, Sanctuaire de la divinité. En cette vallée de larmes, donnez-nous le courage, venez à notre secours, vous que le ciel nous offrit pour avocate au milieu de nos crimes.

Tendre Vierge, vous êtes incomparable, car vous avez mérité d'entendre la voix de l'Ange, et de concevoir le Fils de Dieu sous le souffle sacré de l'Esprit-Saint. Vierge avant d'avoir conçu, vous l'êtes encore après. Refuge vraiment unique, hélas ! dans cette vie si inconstante, daignez consoler ceux qui vous servent.

La terre est dans l'étonnement en vous voyant Vierge et Mère à la fois. Notre fragilité ne peut comprendre des merveilles d'une puissance aussi magnifique. Il faut que notre foi s'élève jusqu'aux célestes hauteurs ; et là elle confesse dans la vérité que vous êtes la Mère du Christ , qu'en vous la divinité s'est revêtue de notre chair.

O Mère ! vous avez engendré un fils par excellence ; née dans le temps, vous avez mis au jour celui qui fut votre Père; simple étoile, vous avez produit le soleil; faible créature vous avez donné la vie à celui qui est incréé ; petit ruisseau, vous avez fait jaillir la fontaine qui vous alimente; vase fragile, vous avez formé le potier qui vous créa, et vous êtes demeurée toujours vierge, toujours immaculée; et par vous, Mère du Christ, la vie que nous avions perdue, nous l'avons recouvrée.

Oh! qu'elles sont glorieuses ces entrailles qui devinrent le temple sacré du Seigneur! Qu'elles sont saintes ces mamelles qu'il daigna sucer ! Qu'il est suave ce lait dont il voulut être nourri ! Mère vraiment digne d'un salut de grâce, vous qui régnez au plus haut des cieux , délivrez-nous de la malédiction de la mort éternelle; délivrez-nous de tout malheur.

Rose pure, rose d'innocence, rose nouvelle et sans épine, rose épanouie et féconde, rose devenue pour nous un bienfait de Dieu, vous avez été établie Reine des cieux ; il n'est personne qui puisse jamais vous être comparé; vous êtes le salut du coupable, vous êtes le soutien de toutes nos entreprises.

La loi vous a montrée en ses figures; les pages saintes du Testament ancien vous ont annoncée par de nombreuses énigmes, et l'alliance nouvelle vous a rendue grande entre toutes les femmes; elle vous a élevée au-dessus de toute créature.

Avant l'origine du monde le Seigneur vous a choisie, alors que dans sa sagesse il jetait les fondements du ciel. Dès ce jour il arrêta, dans le secret de ses pensées , de combler par vous, Vierge et Mère, l'abîme ouvert par le péché de notre premier père.

Réjouissez-vous, ô Vierge ! ô Mère ! réjouissez-vous. C'est par vous que le monde voit ses ruines se réparer. Mêlez les accents de votre joie u ceux dont le ciel retentit. C'est à vous que la gloire est donnée de payer à Dieu sans réserve le prix de notre rançon; à vous qu'il a été accordé de délivrer l'homme des malheurs de la ruse infernale dont il fut la victime ; et cette gloire est au-dessus de tout éloge.

 
I. Marie figurée par la fontaine qui s'élevait de la terre dans le Paradis terrestre et en arrosait la surface.

Vous répandez sur le monde une rosée toute nouvelle. Le prodige inouï de votre fécondité montre à nos yeux des choses ineffables, sous un aspect inconnu jusqu'alors. Tout en vous brille d'une splendeur admirable. Par un effet de la céleste bonté, vous vous élevez avec honneur comme une fontaine jaillissante; vous arrosez la terre des feux de votre charité, et vous allez croissant en l'amour de votre Dieu.

 
II. Marie figurée par l'arbre de vie planté au milieu du Paradis.

Vous êtes l'arbre de vie, le bois spirituel planté au milieu du Paradis, cet arbre dont le fruit répand l'allégresse en tous les cœurs. Non , jamais il n'y eut sur la terre un arbre semblable et si précieux; jamais aussi nous ne le verrons disparaître du milieu de nous.

III. Marie figurée par le Paradis lui-même, arrosé par un fleuve de délices.

Vierge sans tache, un fleuve de délices a répandu ses eaux en vous lorsque le Fils de Dieu fixa sa demeure en votre sein. C'est alors que notre terre produisit son fruit avec abondance , et que Dieu réforma notre nature en la comblant de ses dons.

Le Seigneur a placé son Fils, devenu homme, dans le jardin de délices; il en a établi gardien votre corps vénérable et sacré. Lorsqu'il vint vous visiter par l'entremise de Gabriel, il nous montra Jésus comme notre Rédempteur glorieux.

IV. Marie figurée par l'arche de Noé, qui sauva la race humaine au temps du déluge.

Noé se fit une arche de bois soigneusement assemblés, et il y entra pour se sauver, ainsi que sa femme et ses enfants. Le Seigneur, ô Marie! vous a formée pour être sa Mère, du sang de parents vénérables, et entrant en vous, il vous préserva des atteintes du péché.

V. Marie figurée par l'arc-en-ciel que Dieu donna à Noé.

Aux jours anciens, Dieu promit à nos pères qu'en signe d'alliance il ferait briller par sa vertu divine son arc au milieu des nuages. Telle est la promesse céleste adressée à l'univers; une paix assurée est donnée à tous les hommes.

La crainte et la douleur s'enfuient quand l'are d'alliance brille à nos yeux. L'espérance et la joie naissent au cœur du pécheur infortuné lorsque, repentant de son crime , il élève ses regards vers ce signe auguste; il sent la consolation se répandre en son âme en voyant le gage promis des cieux.

L'azur qui resplendit au sein de l'arc, c'est l'image de la virginité; la pourpre dont il se teint nous re-présente la charité, et l'eau qui le pénètre nous rappelle, ô Marie, votre pureté sans tache, et cette humilité que le Seigneur aima par-dessus tout en vous.

Vous êtes l'arc qui brille dans les cieux , l'arc qui nous illumine, l'arc qui éclaire ceux dont le cœur est dépravé. A tous vous offrez un modèle qui ravit.

Vous êtes la ruine de toute erreur; et l'hérétique trouve en vous sa perte assurée, quand vous nous donnez le ciel et la terre réunis en Jésus.

Arc insurmontable, arc puissant et fort, are plein de douceur et d'amour, arc ouvert aux faveurs du Ciel, ô Vierge vénérable, quand nous aurons subi les coups inévitables de la mort , faites donc que noua puissions entrer en possession de votre gloire.

VI. Marie figurée par l'échelle que Jacob vit en songe.

Jacob s'endormit, et, durant son sommeil , il vit une échelle qui s'élevait jusqu'aux cieux. Sur son extrémité le Seigneur se tenait appuyé, et les anges descendaient vers la terre. Alors il reçut du Très-Haut la promesse que la Terre-Sainte deviendrait son partage; alors il fut béni.

O Marie! cette échelle, c'est vous; ou plutôt, vous êtes plus élevée encore : l'Ange s'incline devant vous, et vous devenez la Mère du Dieu qui se fait homme. Vous êtes placée par les anges au-dessus de toutes les vertus célestes : « c'est vous qui délivrez le genre humain; votre bonheur l'emporte donc sur toute félicité.

VII. Marie figurée par le buisson qui brûlait sans se consumer.

O Mère! votre virginité nous est montrée par le buisson de la montagne d'Horeb, dont la verdeur fut au-dessus des atteintes du feu. Ainsi votre intégrité virginale demeure inaltérable , alors que le Seigneur vient s'unir en votre sein à notre humanité.

VIII. Marie figurée par le vase où la manne fut conservée.

Quand la manne fut donnée à Israël , un vase en reçut une portion pour être conservée, et ce vase n'en fut point altéré. En vous, ô Marie, Jésus-Christ est conçu par l'action de l'Esprit-Saint, et la gloire de votre virginité n'a rien perdu de son éclat. Vous nous avez conservé d'une manière ineffable la manne miraculeuse , la manne qui met un terme aux ombres, la manne vraiment et miséricordieusement figurée par celle qu'il répandait chaque jour pour être le soutien d'Israël.

La grâce nouvelle dont vous êtes comblée a mis un terme à la première manne. Les figures anciennes ont disparu; une lumière inconnue jusqu'alors s'est répandue sur ceux qui se soumettent à ses lois. Les ténèbres ont cessé ; cette clarté ineffable a pénétré , purifié et dissipé l'obscurité des premiers temps.

L'Auteur suprême de toutes choses a fait de vous un vase glorieux , un vase d'excellence et vraiment admirable, un vase digne de notre amour et de nos louanges, un vase que tous vos serviteurs contemplent avec respect, afin que vous fussiez digne de servir aux hommes une nourriture délectable, la pain qui sustente les habitants des cieux.

Oui! vous servez aux hommes le véritable pain des anges, ce pain qui est né de vos entrailles pour être le salut des pécheurs. C'est là le pain du voyageur, qui ne doit point être la pâture des chiens; il est le salut du malheureux et il l'emporte sur tout autre aliment.

Il est le pain délicieux, le pain qui ravit nos cœurs, le pain qui engraisse nos âmes et mérite tout notre amour; le pain par excellence et digne de nos hommages ; l'aliment qu'il faut préférer à tout et dont la douceur est incomparable.

Il répare nos forces, il réjouit et renouvelle notre cœur. Il est pour notre âme un attrait; il la dirige et se l'unit. Il augmente en nous tout bien, il éloigne tout mal. Il est vainqueur, il règne, il commande, il fait croître, il nourrit et conduit à un état parfait.

Il est le pain vivant, le principe de nos forces, la voie, la vérité, la vie; il est le pain de l'immortalité et sa bonté est infinie. C'est lui qui environne de sa splendeur la nouvelle Epouse qu'il s'est choisie, tandis que la Synagogue disparaît et que les ombres de la loi s'évanouissent.

La manne a cessé, et le pain venu du ciel nous est offert; un pain véritable et vivifiant nous vient des célestes hauteurs. Mais ce pain mystique n'est accordé qu'aux seuls chrétiens; le vrai pain des anges devient pour eux la nourriture de chaque jour.

IX. Marie figurée par le bâton d'Aaron, qui a porté du fruit contre l'ordre de la nature.

Moïse voulant faire connaître celui que Dieu avait élevé au ministère de ses autels, plaça dans le tabernacle le bâton d'Aaron. Elle poussa des tiges , se couvrit de fleurs et porta des fruits par un miracle éclatant du ciel. Ainsi le sacerdoce d'Aaron fut établi dans Israël.

C'est là, en effet , une chose admirable , un prodige vraiment nouveau : une branche desséchée se conforme de fleurs; un bois impuissant et stérile se charge de fruits. Non , jamais jusqu'à ce jour, rien de semblable n'avait frappé les regards de l'homme.

Mais ce bâton brillant de fleurs, ce bâton chargé de fruits en dehors des lois de la terre, et par une pure faveur de Dieu, il nous annonçait qu'un jour, par un prodige nouveau, vous deviez concevoir, ô Vierge, et donner à la terre un fruit vraiment inconnu jusqu'alors; et que, devenue mère , votre virginité persévérerait immaculée.

O Vierge-Mère ! vous avez vraiment produit la fleur qui orne nos campagnes, lorsque vous mîtes au monde le Verbe de Dieu le Père. Vous avez donné à la terre celui qui doit la racheter, et votre pureté s'est toujours conservée glorieuse et sans tache alors que vous répandiez sur la terre cette rosée de charité qui rafraîchit le monde desséché.

X. Marie figurée par l'étoile et le bâton dont parle Balaam.

La voix prophétique nous annonce qu'une étoile nouvelle doit sortir un jour de Jacob; elle nous montre un bâton qui doit naître d'Israël et frapper Moab.

Vous êtes, ô Marie! ce bâton d'où la nature, pleine d'étonnement, verra naître le Christ.

Cette étoile brillante dont le rayon ne saurait altérer la pureté; cette étoile dont la lumière se répand sans nuage plus éclatante que le cristal le plus éblouissant, c'est vous, Vierge toujours immaculée , que votre Fils laissa pure et sans tache lorsqu'il naquit de votre sein virginal.

Vous êtes le bâton fleuri, le bâton prophétique qui croit au milieu d'Israël; vous êtes la Vierge glorieuse promise par le ciel; c'est mystérieusement qu'on vous donne le nom de bâton. Vous vous élancez puissante et forte de la tige de Jessé; vierge et mère à la fois, vous donnez à la terre une fleur merveilleuse.

Vous êtes le bâton, vous êtes l'étoile, vous êtes le fleuve de la grâce. Vous êtes la demeure sans tache de la divinité. Vous êtes la Mère de celui que nous appelons la fleur, le rayon qui répand des célestes hauteurs le miel de la charité, et qui préserve le monde des tempêtes de la douleur.

Salut! Tige plus fertile que tous les arbres de la terre. Salut! Etoile plus brillante que les astres du firmament; Vierge qui l'emportez par vos actions, vos vertus, vos paroles, sur toutes les créatures ; gardienne et protectrice plus sûre que tous les hommes réunis.

XI. Marie figurée par la toison de Gédéon.

Vous êtes la toison que le ciel, dans sa bonté, offrit â Gédéon, toute humide et remplie d'une rosée divine; la toison qu'il pressa sous ses doigts. Les eaux dont vous fûtes arrosée sont demeurées toujours inaltérables, et vous êtes devenue la consolation de ceux que le malheur éprouve, alors que la terre entière se trouvait desséchée.

La rosée véritable , descendue du fleuve céleste, a pénétré le manteau de votre pureté, alors que, par la faveur du Dieu suprême, vous fûtes remplie du soleil de justice; que vous devîntes la Mère de Dieu et de l'homme, et que la fleur de votre virginité réunit sans les altérer ses parfums à ceux de la maternité.

XII. Marie figurée par le temple bâti par Salomon et rempli de la gloire de Dieu.

La gloire du Roi suprême remplit le temple que la sagesse de Salomon éleva en l'honneur du Seigneur. Ainsi, Vierge Marie, la grâce céleste vous remplit lorsque la voix de Gabriel vous proclama la Mère que Dieu consacrait à son Fils.

Salomon, le roi pacifique, est ici la figure du Fils de Dieu, qui, comme un artiste céleste, s'est élevé un trône vraiment royal, lorsque l'Ange envoyé des cieux, aidant à notre salut, vint lui préparer une demeure sur la terre, et annoncer aux hommes des joies véritables.

Marie, mère de la grâce, mère et source de bonté, mère de miséricorde , fontaine et fournaise de la charité ; Marie, sanctuaire de la divinité, mère du soleil de justice, accordez-nous la lumière des splendeurs éternelles, la lumière de la céleste gloire.

XIII. Marie figurée par Abigaïl, qui rétablit la paix entre Nabal et David.

L'épouse de Nabal calme David par des présents, et par ses prières pleines de bénignité, elle rétablit une paix durable entre lui et son époux , alors que ce dernier, par ses discours et ses actes insensés, avait mérité de finir honteusement sa vie au milieu des tourments.

Nabal, se livrant avec les siens aux joies de splendides festins, soupirant après les biens et les honneurs de la terre, s'adonnant aux plaisirs de la table, nous offre l'exemple du pécheur qui se répand en injures contre les serviteurs de Dieu , et dont les crimes ont mérité la mort.

David, dont la beauté réjouit les cœurs; David, roi incomparable, puissant et belliqueux, plein de clémence, de tendresse et d'amour, c'est Jésus-Christ, roi immuable, roi toujours glorieux et toujours admirable en ses saints.

Et vous, Marie, vous êtes la sage Abigaïl qui portez vos présents à David et formez , par vos prières, alliance entre lui et Nabal , lorsque vous offrez avec amour à Jésus le lait de votre sein, qui doit le sustenter. C'est ainsi que par vos mérites vous rendez tolérables le crime du pécheur.

Vierge reine , issue du sang des rois, née de la race de David , vous êtes la Mère et la fille de Dieu ; vous donnez le jour à Jésus, et le Sauveur obéit à votre voix; vous êtes notre mère; vous êtes l'allégresse et la félicité de notre loi , le bouclier invulnérable du pécheur , son éclat, son honneur et sa gloire.

En vous seule repose l'espérance du genre humain ; par vous seule est détruit le péché du vieil Adam. Vous êtes pour les malheureux le port de la vie ; par vous on obtient le salut. Et celui qui vous suit avec amour, est étranger aux souillures du crime.

Heureux donc celui qui se soumet à vos lois; celui qui , disposant son cœur à la vertu , se conduit selon vos désirs ; car ceux qui vous servent s'élèvent sûrement vers les cieux, et mis en possession de la vie , ils règnent avec vous pour toujours.

XIV. Marie figurée par Judith, qui donne la mort à Holopherne et délivre son peuple.

Le prince barbare des Assyriens voulant soumettre le monde à son empire, rassemble une armée sanguinaire, et déjà il assiége dans Béthulie la grande nation des juifs, résolu dans sa pensée impie de livrer à une mort cruelle tous ses habitants.

Alors la pieuse Judith se prépare à sauver son peuple. Durant la nuit elle sort de sa demeure, appelle sa servante et s'avance sans retard ; elle se présente à Holopherne pour conjurer le péril de sa race, le frappe à mort , et délivre ses frères du glaive suspendu sur leurs têtes.

Béthulie, c'est la ville assiégée par la dissension , par la perfidie de l'enfer et les piéges de l'hérésie; c'est l'Eglise, notre mère. Unie à votre Fils, ô Marie! vous la préservez par la force de votre bras, vous la fortifiez par la puissance de votre grâce.

Vous êtes la vraie Judith éclatante de beauté, vous qui délivrez l'Eglise de la cruauté d'Holopherne, vous qui brisez par la grâce du ciel la perfidie de l'erreur, et répandez dans l'âme de vos enfants une espérance inébranlable.

Dans sa miséricorde, l'Esprit de sagesse et de douceur, l'Esprit de conseil et de science, l'Esprit de crainte et de force, le flambeau de la divinité vous a remplie de toute grâce, afin que vous soyez pour l'homme la source du pardon.

XV. Marie figuré par Esther , qui fit mourir Aman et délivra Mardochée et son peuple.

Esther est unie à Assuérus par les liens sacrés du mariage; elle entre dans le palais des rois, y reçoit la couronne et se voit établie au-dessus de tous. Vasthi est déposée; elle perd le trône et la puissance; la superbe Vasthi est rejeté bien loin, et Esther voit tout assujéti à son empire.

Esther est la figure du cœur humble et brisé par la douleur, du cœur doux et aimable, du cœur qui aime dans la vérité et s'élève par la contemplation ; Vasthi, au contraire , est l'image du cœur fragile qui s'exalte pour son malheur, du cœur superbe et indocile.

Où trouver, ô Marie, dans toute l'étendue de la terre, une âme qui vous soit comparable par son humilité ? Qui égalera jamais en douceur, en tendresse , celle qui fait cesser et détruit tout schisme et toute inimitié. Les Livres saints nous l'annoncent : vous êtes en grâce incomparable , et votre pureté l'emporte sur toute pureté.

C'est donc vous qu'Esther nous désigne, vous, la plus humble, la plus belle, la plus suave, la plus aimable, la plus douce de toutes les créatures, et ainsi la plus élevée que le ciel offre à nos hommages.

La perversité d'Aman, excitée par l'envie, s'agite contre le peuple juif ; sa perfidie cruelle et pleine de fourberie dicte la sentence de mort; mais la bénignité de Mardochée adresse à Esther un langage plein d'amour , afin que les décrets barbares approuvés par le roi soient révoqués sans retard.

A ce récit, Esther s'attendrit sur les enfants issus de sa race; elle va trouver le roi , dont les méchants ont surpris la bonne foi ; les crimes d'Aman sont dévoilés ; il en reçoit le prix, et ses complices sont livrés à la mort.

Vous êtes cette Esther, vous qui réprimez avec puissance la perfidie d'Aman; vous dissipez avec amour les malheurs qui pèsent sur ceux qui vous servent. Divinement fiancée par la grâce au Roi suprême, couronnée pour l'éternité, vous avez en vos mains une puissance vraiment royale.

Aman, c'est l'ennemi du genre humain, c'est le serpent impur et cruel, chassé avec justice des hauteurs célestes, condamné aux tourments des enfers; c'est l'accusateur inique que vous foulez et broyez sous vos pieds, alors que vous calmez la colère de Dieu.

Vous conservez comme la prunelle de vos yeux vos serviteurs. Vous êtes en ce monde la consolation des enfants du Roi suprême, et le refuge de votre troupeau. Epouse glorieuse du Maître souverain, vous brisez la tête du méchant. Vous êtes le vrai livre de de la loi et l'arche du tabernacle.

Vous êtes la fleur du printemps, la fleur embaumée du lis , la fleur des fleurs , la gloire de la virginité, la source inépuisable de la force , la gardienne des hommes. La douceur de vos parfums a attiré le Seigneur, l'Ange du grand conseil, et l'a porté à mettre un terme à nos malheurs.

XVI. Marie figurée par la colombe qui apporta dans l'arche une branche d'olivier à Noé et à ses enfants.

Lorsqu'après le déluge la colombe rapporte en son bec un rameau couvert de feuilles et de fleurs, elle ramena la joie dans l'âme de Noé et des siens , en faisant. briller à leurs eux attristés par les malheurs de la terre l'espérance du salut.

XVII. Marie figurée par l'arbre auquel fut attaché le serpent d'airain dans le désert.

Au milieu du désert un arbre reçut le serpent d'airain , afin que le juif blessé par une morsure envenimée, élevant ses regards jusqu'à lui, y trouvai le salut par un bienfait admirable de Dieu, car une vertu secrète combattait le poison des serpents envoyés par le ciel.

Vous êtes, ô Marie, plus simple que la colombe; vous êtes la défense des humbles et le salut infaillible des hommes; vous avez apporté la joie à la terre lorsque vous donnâtes au monde le Fils de Dieu ; vous êtes plus puissante que le venin le plus mortel ; vous êtes la médecine du péché, et vos effets sont plus rapides que ceux produits par le serpent du désert.

XVIII. Marie figurée par la porte fermée par laquelle nul homme n'a passé.

Vous êtes la porte fermée dont parle le Prophète , la porte qui ne s'ouvrit jamais pour donner un passage à l'homme. Par cette porte la sagesse seule de Dieu est entrée et sortie sans effort, et sans en rompre les sceaux.

Votre virginité est cette porte dont l'éclat a pénétré les cieux ; et celui qui descend sans abandonner les célestes hauteurs , c'est le Messie , le Fils de Dieu. Il est conçu, il se revêt d'une faible chair, il prend un corps exempt de tout péché; et c'est en vous qu'il accomplit ces merveilles, Vierge par excellence.

De même que l'astre s'anime lorsque le soleil y projette sa lumière, et que la clarté qui s'en échappe ne saurait nuire à son intégrité , ainsi le Christ est conçu, et votre corps demeure toujours pur ; il naît miraculeusement , et votre virginité persévère immaculée.

XIX. Marie figurée par la femme que vit saint Jean dans l'Apocalypse.

Jean vit dans les cieux un signe mystérieux et admirable, un signe prophétique et frappant. Jamais rien de semblable ne s'offrit aux regards des Prophètes: jamais rien de si merveilleux n'avait annoncé à l'avance les bienfaits du Seigneur.

En présence de la cour céleste était une femme revêtue de la lumière du soleil ; elle pressait la lune sous ses pieds; une couronne de douze étoiles environnait son front, et elle portait en son sein un fruit tout divin.

A nulle autre qu'à vous, ô Marie, ce tableau que le Prophète déroule à nos yeux ne saurait convenir aussi bien. C'est en vous qu'est conçu , c'est de vous que naît le vrai soleil de justice, et c'est par lui que brille à nos yeux le royaume de la patrie bienheureuse.

La lune est placée sous vos pieds et la milice des cieux est soumise à votre empire. La gloire des douze Patriarches a été bénie par vous ; elle orne votre front, et les triomphes des apôtres forment votre diadème.

Vous êtes remplie de la plénitude de toutes les grâces. En vous se trouve l'abondance de toutes les vertus et de la pénitence; vous êtes la beauté par excellence . la lumière exempte de la tache du péché ; la splendeur de la gloire qui embellit le monde de l'éclat de ses rayons.

Tout ce que la voix des Prophètes et les énigmes de la loi ont annoncé de vous , ô Vierge, s'accomplit. Tout ce que la parole de l'Ange vous a promis après les prophètes et la loi , tout s'exécute fidèlement à la face du monde.

Salut! Consolation des hommes, étoile brillante de la mer. Salut! Remède de nos crimes, Vierge vraiment unique. Etrangère à l'homme, vous avez conçu et donné au monde le Seigneur; vous êtes la pierre angulaire qui met un terme aux figures de la loi.

Elevée au-dessus des cieux , vous régnez à la droite de Dieu; près de votre Fils et reine de son empire, vous êtes toute-puissante. C'est de là que vous affermissez les âmes sans vertu, et que vous leur prodiguez vos secours ; c'est de là que votre providence s'étend sur vos enfants, et que vous leur obtenez les grâces du salut.

En effet, la simple raison nous enseigne que là où se trouve environnée de gloire cette chair innocente que le Fils de Dieu prit en vous, là aussi doit se trouver le trône de votre splendeur, placé au milieu d'une  gloire incomparable. C'est là, ô Mère, qu'élevée au-dessus de toute créature, unie à votre Fils. Nous jouissez dans la céleste patrie , des entretiens de l'adorable Trinité; là votre grâce bienfaisante nous offre une couronne de bonheur ineffable, la gloire et la récompense des saints.

CONCLUSION.

Méditez ces louanges, vous qui mettez votre bonheur en la Vierge sacrée. Vénérez la tendre Marie, et efforcez-vous de la célébrer dignement.

En méditant ces figures, qui vous rappellent la Vierge immaculée, gardez-vous de passer sans lui dire : Je vous salue, ô Marie!

Vous trouverez grâce et miséricorde toutes les fois qu'en présence de la Vierge vous vous écrierez : Je vous salue, Marie, pleine de grâce, etc.

Homme formé d'une vile poussière, secouez-les ténèbres de la mort, maintenant que l'espérance brille encore à vos regards; hâtez-vous de sortir du danger.

Secouez cette poussière, aujourd'hui qu'il est temps encore de courir au remède; levez-vous, marchez pour saisir la couronne , alors qu'elle s'offre encore à vos efforts.

Cherchez la voie que vous avez quittée; souvenez-vous des malheurs passés; retournez à votre patrie avec le fils prodigue et pénitent.
 

source: http://www.abbaye-saint-benoit.ch/bibliotheque.htm

 

Par Olivier Rolland - Publié dans : Textes de grands auteurs
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Samedi 16 mai 2009 6 16 /05 /2009 13:01

Une Société à réformer sans cesse

(conférence prononcée par le Cardinal Ratzinger au meeting de Rimini – août 1990)

 

1. Le mécontentement vis-à-vis de l’Église

 

Point n’est besoin de beaucoup d’imagination pour deviner que la société dont je veux parler, c’est l’Église. Peut-être, dans le titre, le terme « Église » a-t-il été évité uniquement pour cette raison qu’il provoque immédiatement des réactions de défense chez la plupart de nos contemporains. Ils pensent : « L’Église, nous en avons déjà par trop entendu parler, et, le plus souvent, il s’agissait plutôt de quelque chose de désagréable. » La voix de l’Église, sa réalité, sont tombées en discrédit. Aussi une réforme permanente paraît-elle ne rien pouvoir changer. Ou peut-être le problème vient-il seulement de ce que l’on n’a pas découvert jusqu’ici le type de réforme qui pourrait faire de l’Église une société qui en vaille véritablement la peine.

Interrogeons-nous d’emblée : pourquoi l’Église apparaît-elle importune à tant de gens, et même à des croyants, des personnes que l’on pouvait récem­ment encore compter parmi les plus fidèles, ou qui le sont aujourd’hui encore d’une certaine façon, quoique dans la souffrance ? Les raisons en sont fort diverses, opposées même, selon les cas : d’aucuns souffrent de ce que l’Église se soit par trop confor­mée aux paramètres de ce monde, d’autres sont contrariés de l’en voir toujours aussi étrangère. Pour la majorité, le mécontentement vis-à-vis de l’Église provient du fait qu’étant une institution comme beaucoup d’autres, elle aussi limite leur liberté. La soif de liberté est la forme dans laquelle sexprime aujourd’hui le désir de libération et le sentiment de non-liberté, d’aliénation. L’invocation de la liberté aspire à une existence qui ne soit pas limitée par ce qui est déjà donné, par ce qui vient faire obstacle à mon plein épanouissement, en me présentant de lextérieur la route que je devrais suivre. Mais surtout, je me heurte à des barrières, à des barrages routiers qui m’arrêtent et m’empêchent de passer outre. Ces barrages élevés par l’Église apparaissent par conséquent comme doublement pénibles parce qu’ils pénètrent jusque dans ma sphère la plus per­sonnelle et la plus intime. De fait, les règles de vie de l’Église sont bien plus qu’une espèce de code de la route permettant à la société d’éviter autant que possible les collisions. Elles concernent mon che­minement intérieur, me disent comment je dois comprendre et former ma liberté. Elles exigent de ma part des décisions qui ne peuvent être prises sans la souffrance du renoncement. Peut-être veut-on me refuser les plus beaux fruits du jardin de la vie ?

Peut-être est-il vrai que l’étroitesse de tous ces commandements et de toutes ces interdictions me barre la route d’un grand horizon ? Ma pensée n’est-elle pas entravée, de même que ma volonté ? La libération ne doit-elle pas nécessairement être la sortie d’une pareille tutelle spirituelle ? Enfin l’unique véritable réforme ne consisterait-elle pas à refuser tout cela? Mais alors, que subsisterait-il encore de cette société ?

L’amertume ressentie envers l’Église a cepen­dant aussi une raison particulière. De fait, au sein d’un monde gouverné par des règles dures et des contraintes inexorables, s’élève encore et toujours vers elle une muette espérance : au milieu de cela, elle pourrait apparaître comme une petite île de vie meilleure, une petite oasis de liberté, où l’on pourrait se retirer de temps à autre. L’irritation contre l’Église, la déception à son égard, ont donc un caractère spécifique, puisque l’on attend d’elle plus que des autres institutions terrestres. En elle devrait se réaliser le rêve d’un monde meilleur. L’on vou­drait du moins savourer en elle le goût de la liberté, le sentiment d’être libéré ; d’être sorti de la caverne dont parle Grégoire le Grand en se référant à Platon.

Toutefois, à partir du moment où, dans son aspect concret, l’Église s’est tellement éloignée de semblables rêves, adoptant elle aussi l’allure d’une institution et de tout ce qui est humain, il s’élève contre elle une colère particulièrement amère. Et cette colère ne pourra s’éteindre, précisément parce que ne peut s’éteindre le rêve que nous nourrissions en nous tournant vers elle avec espérance. Puisque l’Église n’est pas telle qu’elle apparaît dans nos rêves, nous cherchons désespérément à la rendre telle que nous la désirons : le lieu où puissent s’exprimer toutes les libertés, lespace où soient abattues nos limites, et où nous expérimenterions cette utopie qui doit quand même bien exister quelque part. De même que dans le domaine politique l’on voudrait finalement construire un monde meil­leur, ainsi pense-t-on que la première étape en serait peut-être l’instauration d’une Église meilleure : une Église pleinement humaine, ayant le sens de la fraternité, de la créativité généreuse, et une demeure de réconciliation de tout et pour tous.

 

2. Une réforme inutile

 

Mais comment cela se produirait-il ? Comment semblable réforme pourrait-elle réussir ? Eh bien, commençons toujours, disons-nous. Et, souvent, c’est dit avec la présomption ingénue de l’esprit éclairé, persuadé que les générations précédentes n’ont pas bien saisi le problème, ou qu’elles se sont montrées trop pusillanimes et bien peu éclairées. Nous, en revanche, nous possédons finalement aussi bien le courage que l’intelligence. Quelle que soit la résistance que les réactionnaires et les fondamenta­listes pourront opposer à cette noble entreprise, elle sera mise en œuvre. Du moins, il y a une recette extrêmement éclairante au départ : l’Église n’est pas une démocratie. A ce qu’il paraît, elle n’a pas encore intégré dans sa constitution interne ce patrimoine de droits de la liberté élaboré par le siècle des Lumières, et reconnu depuis lors comme loi fondamentale par les formations sociales politiques. Ainsi semble-t-il être la chose la plus ordinaire du monde que de récupérer une bonne fois tout ce qui avait été laissé de côté, et de commencer à constituer ce patrimoine fondamental de structures de liberté. Comme on dit, ce chemin va d’une Église paterna­liste et distributrice de biens à une Église-communauté : personne ne devrait plus se contenter de recevoir passivement les dons qui le font chrétien. Au contraire, chacun doit devenir un acteur de la vie chrétienne.

L’Église ne doit plus venir d’en haut. Non ! C’est nous qui faisons l’Église, et nous la faisons toujours neuve. C’est ainsi qu’elle deviendra finalement notre Église, et nous, ses sujets actifs et res­ponsables. Son côté passif le cède au côté actif. L’Église surgit à travers les débats, les accords et les décisions. Des discussions émerge ce qui, aujourd’hui encore, peut être exigé, ce qui peut être, aujourd’hui encore, reconnu par tous comme appartenant à la foi, ou comme ligne directrice morale. L’on forge de nouvelles formules de foi abrégées. En Allemagne, à un niveau relativement élevé, on a déclaré que la liturgie ne doit plus correspondre, elle non plus, à un schéma déjà donné, mais qu’elle doit au contraire surgir sur place, dans une situation donnée, être l’œuvre de la communauté pour laquelle on célèbre. Elle non plus ne doit plus être préconstituée en rien, elle doit au contraire être quelque chose qui vienne de soi, l’expression de soi-même. Sur ce chemin, la Parole de lÉcriture se révèle être en général un peu un obstacle, car on ne peut quand même y renoncer tout à fait. Il faut alors l’affronter dans une grande liberté de choix. Mais il n’y a pas tellement de textes qui se prêtent ainsi à l’adaptation, sans perturber cette autoréalisation que semble aujourd’hui viser la liturgie.

Mais dans cette œuvre de réforme, où, au sein de l’Église même, lautogestion vient se substituer à la direction, surgissent bientôt des questions : qui a ici proprement le droit de prendre les décisions ? Sur quelle base cela se fait-il ? En démocratie politique, cette question est résolue par le système de la représentation : pour les élections, chacun choisit ses représentants et ces derniers prennent les déci­sions pour lui. Cette charge est limitée dans le temps, son contenu est circonscrit aussi dans ses grandes lignes, par le système des partis, et elle concerne uniquement les domaines d’action politique que la Constitution a assignés aux entités nationales représentatives.

Mais à ce propos aussi subsistent des ques­tions : la minorité doit s’incliner devant la majorité, et cette minorité peut être importante. En outre, il n’est pas toujours garanti que le représentant que j’ai élu agisse et parle vraiment de mon sens, de sorte que, si l’on y regarde de près, ici encore la majorité victorieuse ne peut absolument pas être considérée intégralement comme le sujet actif de l’action politique. Au contraire, elle doit accepter aussi des décisions prises par d’autres, afin, tout au moins, de ne pas mettre en danger le système tout entier.

Pour la question qui nous intéresse, il est toutefois un problème général plus important : tout ce que des hommes font risque d’être défait par d’autres. Tout ce qui émane d’une appréciation humaine peut ne pas plaire à d’autres. Tout ce qu’une majorité décide peut être abrogé par une autre majorité. Une Église qui repose sur les déci­sions d’une majorité devient une Église purement humaine. Elle se voit réduite au niveau du faisable et du plausible, de tout ce qui résulte de l’action, des intuitions et des opinions personnelles. L’opinion vient se substituer à la foi. Et effectivement, dans les formules de foi forgées spontanément que je connais, l’expression « je crois » ne signifie jamais rien d’autre que « nous pensons ». L’Église faite par nous a finalement une saveur de nous-mêmes, jamais agréable pour les autres nous-mêmes, et révélant bientôt sa propre étroitesse. Elle s’est can­tonnée dans le domaine de l’empirique, et l’idéal qu’elle représentait s’est dissous lui aussi comme un rêve.

 

3. L’essence de la véritable réforme

 

L’activiste, celui qui veut tout construire par lui-même, est l’opposé de celui qui admire (l’admirateur – Le titre du meeting où s’est tenue cette conférence était : « L’Admirateur Thomas Becket, Einstein »). Il restreint le domaine de sa raison propre et perd ainsi de vue le Mystère. Dans l’Église, plus on étend le domaine des choses que l’on décide et réalise de soi-même, plus elle devient étroite pour nous tous. Sa dimension de grandeur et de libération n’est pas constituée par ce que nous réalisons nous-mêmes, mais par ce qui nous est donné à tous, ce qui ne vient pas de notre volonté et de notre inventivité, mais au contraire de ce qui est plus grand que notre cœur, de ce qui nous précède et qui vient à nous, inimaginable. La reformatio nécessaire à notre temps ne consiste pas dans le fait que nous soyons capables de remodeler indéfiniment notre Église, à volonté, et de l’inventer, mais bien au contraire dans le fait que nous ne cessions de balayer nos propres échafaudages, afin de laisser place à la lumière très pure qui vient d’en-haut et qui est aussi irruption de la pure liberté.

Permettez-moi d’exprimer ce que je veux dire par une image que j’ai trouvée chez Michel-Ange et qui, en ce domaine, reprend pour sa part d’antiques conceptions de la mystique et de la philosophie chrétiennes. Avec son regard d’artiste, Michel-Ange voyait déjà dans la pierre qu’il avait sous les yeux le modèle attendant secrètement d’être libéré et mis en lumière. Selon lui, la tâche de l’artiste consistait uniquement à ôter ce qui recouvrait encore l’image, et le véritable acte artistique à remettre en lumière et en liberté, et non point à produire.

Or cette même idée, appliquée au domaine anthropologique, se trouvait déjà chez saint Bona­venture, qui explique le chemin par lequel l’homme devient véritablement lui-même, et qui s’appuie sur la comparaison du tailleur d’images, du sculpteur donc. Le sculpteur ne fait pas quelque chose, déclare le grand théologien franciscain ; au contraire, il opère une ablatio, qui consiste à élimi­ner, à ôter ce qui n’est pas authentique. Ainsi, grâce à l’ablatio émerge la nobilis forma, la forme pré­cieuse. Pareillement, l’homme aussi, pour que resplendisse en lui l’image de Dieu, doit avant tout et par-dessus tout accueillir cette purification par laquelle le sculpteur, c’est-à-dire Dieu, le libère de toutes les scories qui obscurcissent son véritable aspect et le font apparaître simplement comme un grossier bloc de pierre, alors qu’il est habité par la forme divine.

Si nous avons bien compris cette image, nous pouvons aussi l’utiliser comme guide pour la réforme ecclésiale. Certes, l’Église aura toujours besoin de nouvelles structures humaines pour s’étayer, pour pouvoir parler et œuvrer à chaque époque de l’histoire. Ces institutions ecclésiastiques — et les aspects juridiques qu’elles comportent — , loin de représenter quelque chose de mauvais, sont au contraire dans une certaine mesure simplement nécessaires et indispensables. Mais, en vieillissant, elles risquent d’apparaître primordiales et de détourner les regards de l’essentiel. C’est la raison pour laquelle elles doivent sans cesse être suppri­mées, tels des échafaudages devenus superflus. Une réforme, c’est toujours une nouvelle ablatio : sup­primer, pour qu’apparaisse la nobilis forma, le visage de l’Épouse, en même temps que celui de l’Époux, le Seigneur vivant. Cette ablatio, cette théologie négative, est un chemin qui mène au positif absolu. C’est de cette façon seulement que pénètre le divin et que surgit une congregatio : une assemblée, un rassemblement, une purification, cette communauté à laquelle nous aspirons et dans laquelle un « je » ne s’oppose plus à un autre « je », un « soi » à un autre « soi » : communauté où le fait de se donner, de se livrer en toute confiance — ce qui appartient à l’amour — devient plutôt l’accueil réciproque de tout bien et de tout ce qui est pur. C’est alors que vaut pour chacun de nous cette parole du Père prodigue rappelant à son fils aîné jaloux le fond de toute liberté et de tout rêve devenu réalité : « Tout ce qui est à moi est à toi... » (Lc 15, 31 ;cf. Jn 17, 10).

Une réforme véritable est donc une ablatio qui devient comme telle congregatio. Tâchons de saisir cette idée de base d’une manière un peu plus concrète. Dans une première approche, nous avions opposé l’admirateur à l’activiste et nous nous étions exprimés en faveur du premier. Mais quel est le sens d’une telle opposition ? L’activiste, qui toujours veut agir, place sa propre activité au-dessus de tout. Il limite donc son horizon au domaine du faisable, de ce qui peut devenir objet de son action. A proprement parler, il ne voit que des objets. Il n’est nullement en mesure de percevoir ce qui est plus grand que lui, puisque cela mettrait une limite à son activité. Il restreint le monde à ce qui est empirique. L’homme est alors amputé. L’activiste se construit une prison contre laquelle lui-même ensuite proteste à haute voix.

Le véritable étonnement au contraire est un « non » opposé à la limitation au domaine empirique, à ce qui n’est qu’en-deçà. Il dispose l’homme à l’acte de foi qui lui ouvre tout grand l’horizon sur l’éternel et sur l’infini. Seul l’illimité est suffisam­ment grand pour notre nature, lui seul convient à notre vocation propre. Lorsque disparaît cet horizon, tout reliquat de liberté devient insuffisant, et toutes les libérations que l’on pourrait alors propo­ser ne sont qu’un insipide succédané toujours insuf­fisant. L’ablatio première et fondamentale, nécessaire à l’Église, c’est l’acte de foi toujours neuf : il fait éclater les limites du fini et ouvre ainsi l’espace qui nous permettra d’atteindre jusqu’à l’infini. La foi nous conduit « loin, dans des terres illimitées », comme disent les Psaumes. La pensée scientifique moderne n’a cessé de nous emprisonner toujours davantage dans le positivisme, nous condamnant ainsi au pragmatisme. Grâce à elle, on peut atteindre beaucoup de choses, voyager jusque sur la Lune, et plus loin encore, dans l’infini du cosmos. Malgré cela, pourtant, on en reste toujours au même point parce que la vraie frontière au sens strict, celle du quatitatif et du faisable, n’est pas franchie. Albert Camus a décrit l’absurdité de cette forme de liberté dans son personnage de l’empereur Cali­gula : il a tout à sa disposition, mais rien ne lui suffit. Dans son désir fou de posséder toujours plus et plus grand, il s’écrie : Je veux la lune, donnez-moi la lune ! Depuis, il nous est devenu pratiquement pos­sible de l’atteindre. Mais tant que la véritable fron­tière, la frontière entre terre et ciel, entre Dieu et le monde, n’est pas ouverte, la lune elle-même n’est encore qu’un autre petit bout de terre de plus ; le fait de l’atteindre ne nous rapproche pas d’un pouce de la liberté et de la plénitude que nous désirons.

La libération fondamentale que l’Église peut nous apporter, c’est de nous placer devant l’horizon de l’éternel, et de nous faire sortir des limites de notre savoir et de notre pouvoir. La foi elle-même, dans toute sa grandeur et son amplitude, est donc la réforme essentielle sans cesse renouvelée dont nous avons besoin. C’est à partir d’elle que nous devons toujours remettre à l’épreuve les institutions que nous-mêmes avons érigées dans l’Église. Cela signi­fie que l’Église doit être le pont de la foi et qu’elle ne peut devenir sa propre fin — particulièrement dans sa vie associative dici-bas. Aujourd’hui, çà et là, et même dans des milieux ecclésiastiques de haut niveau, est répandue l’idée que l’on est d’autant plus chrétien que l’on se trouve plus engagé dans des activités dÉglise. L’on pousse à une sorte de théra­pie ecclésiastique qui consiste à agir et à se donner du mal : à chacun on cherche à assigner un comité ou tout au moins un quelconque engagement au sein de l’Église. D’une façon ou de l’autre, pense-t-on, il faut toujours qu’il y ait une activité dans l’Église, il faut parler d’elle, faire quelque chose pour elle en elle. Mais un miroir qui ne reflète que lui-même n’est plus un miroir ; une fenêtre n’a plus sa raison d’être si, au lieu de libérer le regard vers de lointains horizons, elle vient s’interposer comme un écran entre lobservateur et le monde. Il se peut qu’une personne exerce à longueur de temps des activités dans des associations ecclésiales, sans être en fait chrétienne. A l’inverse, il peut se trouver qu’une autre personne vive simplement de la Parole et de l’Eucharistie, et pratique la charité qui naît de la foi, sans jamais avoir figuré dans un comité d’Église, sans s’être jamais préoccupée d’innovations en politique ecclésiale, sans avoir fait partie de synodes, ni y avoir voté, et que cette personne soit vraiment chrétienne.

Ce n’est pas d’une Église plus humaine dont nous avons besoin, mais d’une Église plus divine au contraire ; c’est alors seulement qu’elle sera aussi vraiment humaine. Et c’est pourquoi toutes les réali­sations de l’homme au sein de l’Église doivent être considérées comme des services, et laisser passer au premier plan ce qui compte le plus et qui est l’essen­tiel. La liberté à laquelle nous nous attendons avec raison de la part de l’Église, et en elle, n’est pas réalisée par le fait que nous y introduisons le prin­cipe de la majorité. Elle ne dépend pas du fait que la plus grande majorité possible prévaut sur la plus petite minorité possible. Au contraire, elle dépend du fait que personne ne peut imposer sa propre volonté aux autres, mais que tous se reconnaissent liés à la parole et à la volonté de l’Unique, qui est notre Seigneur et notre liberté. Dans l’Église, l’atmosphère devient angoissante et étouffante si les ministres oublient que le sacrement n’est pas un partage de pouvoir, mais au contraire une désappro­priation de moi-même en faveur de Celui en la personne de qui je dois parler et agir. Lorsqu’à une responsabilité toujours plus importante correspond une désappropriation personnelle toujours plus grande, alors personne n’est l’esclave de personne ; alors c’est le Seigneur qui préside, alors est valable ce principe : « Le Seigneur est l’Esprit même. Et là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté » (2 Co 3, 17).

Plus nous échafaudons de structures, aussi modernes soient-elles, et moins il y a de place pour lEsprit et pour le Seigneur, et donc moins il y a de liberté. A cet égard, je suis d’avis que nous devrions entamer, à tous les niveaux dans lÉglise, un examen de conscience sans réserves. A tous les niveaux, cet examen devrait avoir des effets très concrets et entraîner une ablatio qui laisserait transparaître à nouveau le visage authentique de l’Église. Il pourrait nous rendre à tous le sens de la liberté, nous faire sentir chez nous d’une façon totalement renouvelée.

 

4. Morale, pardon et expiation : centre personnel de la réforme

 

Avant de poursuivre, considérons un instant tout ce que nous venons de mettre en lumière. Nous avons parlé d’une double ablation, d’un acte de libération à deux aspects : purificateur et rénova­teur. Tout dabord il sagissait de la foi qui brise le mur du fini et libère le regard vers une dimension d’éternité, et non seulement le regard, mais aussi la route. Effectivement, croire, ce n’est pas seulement reconnaître, mais œuvrer ; ce n’est pas seulement une brèche dans le mur, mais une main qui sauve, qui tire hors de la caverne. Nous en avons conclu, pour les institutions, que le système de base essen­tiel de l’Église a bien besoin d’être élargi concrètement en de nouvelles formes — afin que sa vie puisse se développer à une époque donnée — , mais que ces formes ne peuvent devenir lessentiel. De fait, l’Église n’existe pas dans le but de nous occuper comme n’importe quelle association terrestre et de se maintenir en vie par elle-même, elle est là au contraire pour permettre à chacun d’entre nous d’avoir accès à la vie éternelle.

Il nous faut maintenant effectuer un pas supplé­mentaire et appliquer tout cela non plus à un niveau général et objectif, comme nous l’avons fait jusqu’ici, mais à celui des personnes. Ici aussi, en effet, sur le plan personnel, nous avons besoin d’une ablation pour nous libérer, car il est vraiment rare que la « forme précieuse » nous apparaisse en pre­mier, l’image de Dieu inscrite en nous. C’est au contraire l’image d’Adam, l’image de l’homme, non point totalement détruit, mais néanmoins toujours déchu. Nous voyons les poussières et les saletés venues s’y incruster. Nous avons tous besoin du vrai Sculpteur pour ôter ce qui défigure cette image ; nous avons besoin du pardon, noyau de toute véri­table réforme. Ce n’est certainement pas un hasard si, dans les trois étapes décisives de l’édification de l’Église que nous relatent les Évangiles, la rémission des péchés joue un rôle essentiel.

Nous avons tout d’abord la remise des clefs à Pierre. Ce pouvoir qui lui est confié de lier et de délier, d’ouvrir et de fermer, dont il est question, consiste essentiellement à faire accéder, à accueillir, à pardonner (Mt 16, 19). Nous trouvons la même chose à la Cène qui inaugure la nouvelle commu­nauté à partir du corps du Christ et dans ce corps. Cette communauté est réalisée du fait que le Seigneur verse son sang « pour la multitude, en rémission des péchés » (Mt 26, 28). Enfin, lors de sa première apparition aux onze, le Ressuscité crée la commu­nion dans sa paix en leur donnant le pouvoir de pardonner (Jn 20, 19-23). L’Église n’est pas la communauté de ceux qui « n’ont pas besoin du médecin », mais bien plutôt des pécheurs convertis vivant de la grâce du pardon et la transmettant à leur tour.

Si nous lisons attentivement le Nouveau Testament, nous découvrons que le pardon n’a rien de magique en soi. Il ne s’agit absolument pas de faire semblant d’oublier, de faire comme si de rien n’était, c’est au contraire un processus de trans­formation de toute la réalité accomplie par le Sculp­teur. Le fait d’ôter la faute supprime vraiment quelque chose ; la venue du pardon en nous est exprimée par la pénitence. En ce sens, le pardon est un processus à la fois actif et passif : la puissance de la parole créatrice de Dieu sur nous cause la souffrance de la conversion et devient par là transformation active. Pardon et pénitence, grâce et conversion personnelle ne sont pas contradictoires, ce sont au contraire les deux faces d’un unique et même événe­ment. Cette fusion de l’actif et du passif est l’expres­sion essentielle de l’existence humaine. En fait, toute notre activité créatrice commence par le fait d’être créés et de participer à l’activité créatrice de Dieu.

Vous voilà parvenus à un point véritablement central : de fait, je pense que le noyau de la crise spirituelle actuelle vient de ce que l’on a obscurci la grâce du pardon. Mais remarquons-en tout d’abord l’aspect positif : depuis peu, la dimension morale revient progressivement à l’honneur. On reconnaît et on tient même pour évident que tout progrès technique reste douteux et finalement destructif s’il n’est pas accompagné d’une croissance morale. On reconnaît qu’il n’y a pas de réforme de l’homme et de l’humanité sans renouveau moral. Mais la réfé­rence à la morale reste néanmoins sans effet parce que ses paramètres disparaissent sous un fatras de discussions. En effet, l’homme ne peut supporter la morale pure et simple, il ne peut vivre d’elle : elle devient une loi qui provoque chez lui le désir de la contredire et engendre le péché. C’est pourquoi, lorsque le pardon, le véritable pardon efficace, n’est plus reconnu ni accrédité, la morale est alors tellement disloquée qu’on ne parvient jamais à reconnaître qu’un seul individu ait réellement péché. On pourrait dire à grands traits que la dis­cussion morale aujourd’hui tend à disculper les hommes, en faisant en sorte que jamais ne soient réunies les conditions qui rendent la faute possible. Le mot caustique de Pascal nous vient à l’esprit : Ecce patres, qui tollunt peccata mundi ! « Voici les pères qui enlèvent les péchés du monde ». D’après ces « moralistes », il n’y a tout simplement plus aucune faute.

Mais cette façon de libérer le monde de la faute est évidemment trop facile. En eux-mêmes, les hommes ainsi libérés savent très bien que tout cela est faux, que le péché existe, qu’ils sont pécheurs et qu’il doit bien y avoir une manière effective de vaincre le péché. De fait, Jésus lui-même n’appelle pas ceux qui sont déjà libérés et qui pensent n’avoir pas besoin de lui, mais il appelle au contraire ceux qui se savent pécheurs et qui pour cette raison ont besoin de lui.

La morale ne reste sérieuse que s’il y a pardon, un pardon réel et efficace, sans lequel elle retombe dans le conditionnel pur et vide. Mais il n’est de pardon véritable que s’il y a un prix d’achat, un équivalent dans l’échange, que si la faute a été expiée et que l’expiation existe. Les rapports cir­culaires entre morale, pardon et expiation ne peuvent être dissociés : s’il manque un élément, le reste s’écroule. De l’unité de ce circuit dépend l’existence ou l’inexistence de la rédemption de l’homme. Dans la Torah, les cinq livres de Moïse, ces trois éléments sont totalement noués les uns aux autres. De ce noyau dur qui fait partie du canon de l’Ancien Testament, il n’est donc pas possible de détacher une loi morale toujours valide, comme l’ont fait les philosophes des Lumières, et d’aban­donner tout le reste au passé. Cette façon morali­sante d’actualiser l’Ancien Testament aboutit forcément à un échec. C’était précisément l’erreur de Pélage, qui compte aujourd’hui beaucoup plus de disciples qu’il ne paraît à première vue. Jésus au contraire a accompli toute la Loi et pas seulement une partie. Aussi l’a-t-il renouvelée à la base. Ayant souffert pour expier toute faute, il est lui-même à la fois expiation et pardon, et donc également le fon­dement unique, sûr et toujours valide de notre morale.

On ne peut séparer la morale de la christologie puisqu’on ne peut la séparer de l’expiation et du pardon. Toute la Loi étant accomplie dans le Christ, la morale est donc devenue pour nous une véritable exigence à laquelle nous pouvons répondre. À partir du noyau de la foi, le chemin du renouveau reste ainsi toujours ouvert pour chaque homme, pour l’Église dans son ensemble et pour l’humanité.

 

5. La souffrance, le martyre et la joie de la Rédemption

 

Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet, mais je tâcherai de ne mentionner — très brièvement pour conclure — que ce qui m’apparaît là encore essentiel à notre contexte. Le pardon — et sa réalisation en moi par une vie de pénitence avec tout ce qu’elle entraîne — est d’abord au centre de tout renouvellement de la personne. Mais précisément parce qu’il concerne la personne en son noyau le plus intime, le pardon est en mesure de rassembler dans l’unité et d’être aussi le centre du renouvellement de la communauté. Si, de fait, j’ôte la poussière et les saletés qui rendent méconnaissable en moi l’image de Dieu, alors vraiment je deviens par là semblable à l’autre, qui lui aussi est image de Dieu ; et surtout je deviens semblable au Christ, image parfaite de Dieu, modèle selon lequel nous avons tous été créés. Saint Paul exprime ce processus en termes fort raides : la vieille image s’en est allée, une nouvelle a surgi ; « ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20). Il s’agit d’un processus de mort et de naissance. Je suis arraché à mon isolement et accueilli dans une nouvelle communauté-sujet. Mon « je » s’insère dans le « je » du Christ, il est donc uni à celui de tous mes frères. Ce n’est qu’à partir de ce profond renouvellement de la personne que naît lÉglise, la commu­nauté qui unit et soutient dans la vie et la mort. Ce n’est que lorsque nous prenons tout cela en considé­ration que nous voyons l’Église, dans sa véritable grandeur.

L’Église : elle n’est pas seulement le petit groupe d’activistes qui se retrouvent ensemble en un certain lieu pour démarrer une vie communautaire. Elle n’est pas non plus simplement la grande troupe de ceux qui se réunissent le dimanche pour célébrer lEucharistie. Et enfin, elle est bien davantage que le pape, les évêques et les prêtres, ceux qui sont investis du ministère sacramentel. Tous ceux que nous avons nommés font partie de l’Église, mais le rayon de la société dans laquelle nous entrons par le biais de la foi s’étend plus loin, et même au-delà de la mort. En font partie tous les saints depuis Abel et Abraham, et tous les témoins de l’espérance dont nous parle l’Ancien Testament, en passant par Marie, la Mère du Seigneur, et ses apôtres, par Thomas Becket et Thomas More, pour en arriver à Maximilien Kolbe, Edith Stein et Piergiorgio Fras­sati. En font partie tous les inconnus et les anonymes dont seul Dieu connaît la foi. En font partie les hommes de tous les temps et de tous les lieux dont le cœur plein d’espérance et d’amour se penche vers le Christ, « l’auteur et le consommateur de la foi », comme lappelle la lettre aux Hébreux (12, 2). Ce ne sont pas les majorités occasionnelles qui se forment ici et là dans l’Église pour décider de son chemin et du nôtre. Ce sont eux, les saints, la véritable majorité décisive d’après laquelle nous nous orientons. C’est à celle-là que nous nous en tenons ! Les saints mani­festent le divin dans l’humain et l’éternel dans le temps. Ils sont nos maîtres en humanité, ils ne nous abandonnent ni dans la souffrance ni dans la solitude, et même à l’heure de la mort ils cheminent à nos côtés.

Nous touchons ici un point essentiel : une vision du monde incapable de donner un sens et une valeur à la souffrance aussi, ne sert de rien. Elle échoue là précisément où surgit le problème capital de l’existence. Ceux qui, au sujet de la souffrance, n’ont rien d’autre à dire si ce n’est qu’il faut la combattre se trompent. Bien sûr, il faut tout faire pour soulager la douleur et limiter la souffrance de tant d’innocents. Mais il n’y a pas de vie humaine sans souffrance, et celui qui n’est pas capable de l’accepter se soustrait à ces purifications qui seules nous acquièrent la maturité.

Dans la communion au Christ, la souffrance prend toute une signification, non seulement pour moi-même, en tant que processus d’ablatio par lequel Dieu supprime en moi les scories qui obs­curcissent son image, mais également au-delà de moi, elle est utile pour tous, de sorte que nous pouvons tous dire avec saint Paul : « C’est pourquoi je me réjouis des souffrances que j’endure pour vous, et ce qui manque aux souffrances du Christ, je l’achève dans ma chair pour son corps qui est l’Église » (Col 1, 24). Thomas Becket qui, avec l’« Admirateur » et Einstein, nous a guidés dans nos réflexions de ces journées, nous encourage à aller plus loin encore : la vie dépasse notre existence biologique. Lorsqu’il n’y a plus de raison valable de mourir, alors la vie non plus ne vaut pas la peine d’être vécue. Là où la foi nous a ouvert les yeux et agrandi le cœur, c’est là que prend alors toute sa force et sa lumière cette autre phrase de saint Paul : « Nul ne vit pour lui-même et nul ne meurt pour lui-même ; car si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Que nous vivions ou que nous mourions, nous sommes au Seigneur » (Rm 14, 7-8). Plus nous serons enracinés dans la société avec Jésus-Christ et avec tous ceux qui lui appartiennent, et plus notre vie sera soutenue par cette confiance rayonnante que saint Paul, lui encore, a ainsi exprimée : « Je suis certain que ni mort, ni vie, ni anges, ni princi­pautés, ni présent, ni futur, ni puissances, ni hau­teur, ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra jamais nous séparer de l’amour de Dieu qui s’est affirmé dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 8, 38 sqq).

Chers amis, c’est par cette foi-là que nous devons nous laisser envahir ! Alors l’Église comme communion grandira sur le chemin de la vraie vie, alors elle se renouvellera de jour en jour. Alors elle deviendra la grande maison qui contient tant de demeures, alors les dons de l’Esprit pourront agir en elle à profusion, alors nous verrons « comme il est bon et doux pour des frères de vivre ensemble... Ainsi la rosée de l’Hermon qui descend sur les monts de Sion. C’est là que le Seigneur envoie sa bénédiction et sa vie à jamais » (Ps 133, 1.3).

Par Olivier Rolland - Publié dans : Textes de grands auteurs
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Mercredi 29 octobre 2008 3 29 /10 /2008 22:17

« Sans l’Esprit Saint,

Dieu est lointain,

Christ reste dans le passé,

l’Évangile est lettre morte,

l'Église une simple organisation,

l’autorité serait domination,

la mission une propagande,

le culte une évocation

et l’agir chrétien une morale d’esclaves.

Mais, avec la présence de l’Esprit,

le cosmos est soulevé

et gémit dans l’enfantement du Royaume,

Christ ressuscité est présent,

l'Évangile est puissance de vie,

l’Église est signe de la communion trinitaire,

l’autorité est un service de libération,

la mission est une Pentecôte,

la liturgie est mémoire et anticipation,

l’agir humain est déifié ».

 

 

Ignace de Lattaquié,

discours au Conseil Mondial des Églises à Uppsala, en 1968

Par Olivier Rolland - Publié dans : Textes de grands auteurs
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